I. La dérivation consiste
1° A former un mot d’une racine : par exemple, de la racine <piX, qui exprime l’idée absolue et abstraite à’ amour, à' affection, se forme l’adjectif ami; '. . , .
2° A former un mot du radical d’un mot déjà formé’ : par exemple de <piXe, radical du verbe <pi- Xé-tu , aimer, se forment les adjectifs <piXn-Td; , aimé,
1. C’est surtout à cette seconde espèce de formation, c’est-àdire, à l’origine d'un mot tiré d’un autre mot, que s’applique le terme grammatical dérivation. Afin de ne pas trop multiplier les expressions techniques, nous l’avons appliqué en même temps à l’origine d’un mot tiré d’une racine, et nous en avons fait un terme générique. Il nous a semblé que le sens propre et l’étymologie du mot dérivation justifiaient cette extension de sens. Les Allemands donnent aussi cette double signification au mot Jbleitung, qui est tout à fait synonyme, et au propre et au figuré, du mot français dérivation.
<piXn--:to<; , é&m* aimé, les substantifs <piXvi-<nç, affection , (ptXn-Tifc, ami, etc.
Les mots formés d’une racine se nomment mots primitifs ou de formation primaire; les mots formés du radical d’un mot déjà formé s’appellent , par excellence , mots dérivés , ou mieux encore , mots de formation secondaire.
II. La composition consiste à former un mot de deux ou plusieurs mots. Par exemple, de vaù (ç), vaisseau, et de ptajr (opaM.) , combattre , on a formé le mot . unique vau-ftay eîv, combattre sur Un vaisseau ou sur mer; de auv, avec, ensemble, ix, de, hors de, et paivto, aller, marcher, on a formé le verbe <ruv-ex-ëat vw, sortir ensemble (aller ensemble hors dan heu).
III. Très-souvent il y a à la fois dérivation et composition. Par exemple, dans le mot
qui est ami de la gloire, nous trouvons : 1 0 le radical de <pi'Xo(;), ami ; 2° l’adjectif &d£o ç, qui n’existe pas à part et comme mot simple dans la langue grecque. Ainsi c,e mot est à la fois composé et dérivé. Il est composé de <ptXoç, ami, et de Sot;», gloire, et pour le faire passer à l’état d’un adjectif possessif, signifiant qui a la gloire aimée , qui aime la gloire, on a remplacé l’« de 86£a, parle suffixe d’adjectif o(;) : or, le remplacement d’un suffixe par un autre suffixe, ou l’addition d’un suffixe à un suffixe précédent sont des procédés qui appartiennent à la dérivation. De
DE LA FOHMATION DES MOTS
l'adjectif ç&oîoÇos, ainsi composé et dérivé, on a, par une dérivation nouvelle, formé le verbe çiXoSo^w, être ami de la gloire. On voit par là que plusieurs des règles que nous donnerons pour la dérivation des mots simples, s’appliqueront aussi aux mots composés.
Des langues synthétiques et des langues analytiques.
Toutes les langues n’ont pas au même degré la faculté de combiner et de fondre, en un seul mot, plusieurs idées principales les unes avec les autres, ou , des idées principales avec des idées accessoires et des idées de rapport. Le substantif xopax-o; se traduit en français par deux mots : de ou du corbeau ,• le verbe Xu-ôifoeTai. par deux ou trois mots : (il) sera dé-, lié ; l’adjectif >.u-tixo; par six mots : qui a la. vertu de délier ou de délivrer; le mot composé çiXô^oî, par quatre mots : ami de la gloire.
On voit par ces exemples que la flexion, la dérivation et la composition sont des procédés au moyen desquels on exprime des groupes d’idées par des , groupes de signes (de lettres, de syllabes et de mots), qu’on ne peut décomposer et détacher les uns des autres que par abstraction. Étudier ces divers procédés, c’est donc étudier la syntaxe intérieure des mots , considérés isolément et un à un , de même qu’étudier les règles de construction, d’accord, de régime, c’est étudier ce qu’on pourrait appeler la syntaxe extérieure des mots, en tant qu’ils exercent les uns sur les autres une action réciproque et sont mis en rapport les uns avec les autres.
Les langues où dominent cette faculté et cette ha-
bitude dont nous venons de parler, d’exprimer des groupes d’idées par des groupes de signes non détachés, non isolés, se nomment langues synthétiques (du grec ffuvôsTixoç, qui a la faculté de composer). Les langues qui affectent , au contraire, d’exprimer les diverses idées, et les rapports qui les modifient, par des mots et par des signes isolés, se nomment langues analytiques (du grec àyaAuTUMî, qui a la faculté de délier , de décomposer). Le grec et le latin sont des langues relativement synthétiques ; le français, si on le compare au sanscrit, aux deux langues classiques, à l’allemand même, est une langue analytique. Nous n’avons pas besoin de faire observer que les langues sont, en général, synthétiques et analytiques à la fois : seulement les unes gardent entre la synthèse et l’analyse un équilibre plus ou moins bien pondéré ; d’autres semblent avoir une préférence marquée pour la synthèse, et d’autres pour l’analyse , et on est convenu de tirer le nom de chacune d’elles de l’habitude et de la faculté qui y dominent, ou qui paraissent y dominer par comparaison avec d’autres idiomes.
Résumé des notions les plus essentielles contenues dans ce premier chapitre.
I. Les mots, considérés par rapport à la flexion, c’est-à-dire, par rapport à la déclinaison et à la conjugaison, se composent de radicaux et de désinences. Dans <pAo£ (<p Aôy-ç), flamme , çAoy-oç, de ( la ) flamme , Aû-w, (je) délie , Au-eiç, (tu) délies, les radicaux sont çAoy et Au ; les désinences, «, oj, w, eiç.
II. Les mots, considérés par rapport à la dérivation, se composent :
, ou de racines et de désineuces, ex. : Xu-w ; ou de racines, de suffixes et de désinences, ex. Xu-ro-ç ;
ou de radicaux (de mots déjà formés), de suffixes et de désinences, ex. : çiXm-oi-ç.
Au<«> se compose de la racine Xu, et de la désinence w ; Xutôç, de la racine Xu, du suffixe tu, et de la désinence ; ; <pîXn!<ïiç, de <piXn , radical modifié de (piXé-ta, du suffixe <n, et de la désinence ç.
III. Les mots se diviseut en mots simples et en mots composés. ~
La formation des mots simples se nomme dérivation, la formation des mots composés se nomme composition.