DES ALCALINS DANS LA GOUTTE
l'on peut, à juste titre, leur attribuer une action thérapeutique de premier ordre. Quand ils sont très dilués, ils sont rapidement absorbés et sont éliminés surtout par les reins. On donne la préférence aux sels de potasse, d'ammoniaque, de lilhine et de soude, surtout aux deux premiers. On fait surtout usage des carbonates, des bicarbonates, des citrates ainsi que des phosphates de soude et d'ammoniaque, les carbonates et bicarbonates neutralisant les acides libres du tube digestif avant d'être éliminés par les reins. Les citrates neutres et les tartrates sont éliminés comme les carbonates, de même que les phosphates. Les sels de potasse possèdent des propriétés diurétiques et forment des combinaisons plus solubles, surtout avec l'acide urique. On voit des goutteux qui ne peuvent prendre des sels de soude sans voir aggraver leur état. Les citrate, acétate et bicarbonate sont les sels les plus utiles dans la goutte aiguë. On pourra prescrire pour exemple la formule suivante :
Bicarbonate de potasse 80 centigramme*
Vin de colchique 13 gouttes
Eau de menttie 30 grammes
A prendre trois fois par jour.
Les doses de ces sels varient de 80 centigrammes à 1 gramme 50 de chaque et l'on doit toujours les administrer bien dilués. On peut, quand on prescrit des alcalins, ordonner en même temps de l'eau distillée ou carbonatée pour les diluer. On peut aussi les associer au colchique, aux salicylates ou à tous autres médicaments, dans la goutte aiguë. L'ingestion de l'eau aide énormément à éliminer les urates du sang et est un adjuvant de tous les procédés employés dans ce but.
Le but que l'on doit poursuivre dans tout traitement d'un état goutteux, c'est de faire disparaître l'excès des urates ou leur rétention et d'en favoriser l'élimination par toutes les voies possibles. Parker a constaté que le citrate de potasse déterminait chez les goutteux une abondante élimination d'urée et d'acide phosphorique et un excès d'acide sulfurique.
Les sels de lilhine, introduits dans la thérapeutique par Garrod, en 1858, sont d'une grande valeur dans la goutte, mais n'empêchent pas les autres méthodes de traitement d'être instituées concurremment avec eux. Ils forment avec l'acide urique les combinaisons salines les plus solubles et possèdent un pouvoir neutralisant plus grand que ceux de tout autre alcalin. On peut donner 25 à 50 centigrammes de citrate ou de carbonate de lithine, associés aux sels de potasse. On
peut faire usage cUeau lithinée dans la proportion de 25 centigrammes de lithine pour 300 grammes d'eau, comme boisson ordinaire, à la dose de trois à quatre bouteilles par jour. On n'en a jamais constaté d'efTets nuisibles. En général, la lithine est plutôt un médicament de la goutte chronique que des phases aiguës de la maladie. Les goutteux doivent éviter avec grand soin les eaux crues. La chaux contenue dans la plupart d'entre elles est toujours nuisible et tend à former avec l'acide urique des sels insolubles. Les bons effets des eaux de Vittel et de Bath semblent contredire cette assertion, car elles contiennent du sulfate et du carbonate de chaux ; elles augmentent l'alcalinité du sang mais non celle de l'urine.
Les sels de magnésie sont évidemment utiles dans la goutte aiguë; mais quand l'attaque a cédé, il est bon d'en suspendre l'administration et de recourir aux sels de potasse, qui devront être donnés à jeun. Il est souvent utile de varier les alcalins employés dans le cours d'une manifestation goutteuse. Dans bien des cas, le colchique est un adjuvant très utile de ces agents.
Le phosphate de soude a une utilité très spéciale dans les états goutteux. C'est un dissolvant naturel excellent de l'acide urique; il est insipide et agit comme laxatif.
Haig a constaté qu'il était presque impossible de trouver des échantillons exempts de sulfate de soude et que cette impureté retardait considérablement les effets du sel qu'on en attendait. En se servant d'un sel chimiquement pur, il a obtenu de très bons résultats au point de vue de l'élimination de l'acide urique. La dose est de 50 centigrammes à 2 grammes, trois fois par jour.
Le phosphate d'ammoniaque agit sensiblement comme celui de soude, il sera préférable quand on voudra obtenir une action légèrement stimulante. On peut le donner aux doses de 50 centigrammes à 2 grammes trois fois par jour, largement dilué. Dans la glycosurie goutteuse, il est souvent très utile.
Une objection que l'on fait au traitement alcalin, c'est l'action déprimante qu'il exerce sur l'économie. Les sels alcalins, surtout ceux de potasse, agissent comme dépresseurs cardiaques. Il est donc bon d'abaisser les hautes doses nécessaires au début des périodes aiguës et d'employer les petites doses, associées aux sels d'ammoniaque. Pour prévenir leur action dépressive, il sera bon, dans certains cas, de les associer à la quinine ou au quinquina. Ce traitement quino-alcalin est particulièrement utile dans la goutte chronique et nous y reviendrons.
Les sels de soude sont mieux supportés lorsqu'il faut faire un