TRAITEMENT DE LA GOUTTE EN DEHORS DES ATTAQUES
mais n'est maintenu que par l'observance d'une foule de petits détails. Aussi, pour traiter la prédisposition goutteuse ou l'état goutteux avec succès, faut-il apporter une attention très minutieuse à la plupart des points qui concernent la vie aussi bien le jour que la nuit. Il suffît d'en négliger un qui semble insignifiant, pour supprimer tout le bénéfice qu'on pouvait espérer d'un traitement.
Pour les individus prédisposés à la goutte, la grande ligne du traitement doit être dirigée en vue de diminuer la formation d'acide urique dans l'économie et d'entraîner dans le torrent circulatoire pour le faire disparaître tout excès ou toute rétention de cet acide. En outre, l'on doit surveiller attentivement les processus de nutrition générale et en particulier l'évolution de l'énergie nerveuse. Je me propose de discuter ces différentes questions plus à fond au chapitre du traitement préventif.
La conduite à tenir après une attaque aiguë demande à appeler notre attention. Dans bien des cas on considérera comme nécessaire de modifier les habitudes de vie existantes, surtout au point de vue du travail intellectuel, du régime et de l'exercice. Quand les attaques ont débuté à un âge précoce, avec une tendance héréditaire marquée, il est important d'interdire toute espèce de liqueurs alcooliques. Cependant il est impossible, dans ces cas, d'instituer une règle uniforme, car plus d'un de ces malades est loin d'être robuste et peut avoir un cœur faible, une circulation languissante et une nutrition précaire. Quand il y a une circulation énergique ou un état voisin de la pléthore et que l'appétit est bon, on pourra essayer de supprimer l'alcool pendant un an ou deux, en maintenant le malade en observation. Plus tard, il sera bon de reprendre l'usage d'un peu de vin. On devra se coucher de bonne heure et se lever de bonne heure, faire régulièrement de l'exercice à pied sur une distance de cinq à six kilomètres ou de l'équitation, environ une heure par jour. En hiver, on prendra des bains de siège froids ordinaires suivis d'une vigoureuse friction et d'un déjeuner. Dans la matinée, on prendra un peu d'exercice et on se livrera à quelque occupation après le repas de midi. La nature de celui-ci variera selon l'exercice, le travail intellectuel et la quantité d'ahments prise au repas du matin. Si celui-ci est léger, le repas de midi devra être substantiel. En général, les femmes mangent plus volontiers à midi et les hommes le matin. On ne mangera de la viande de boucherie qu'une fois par jour, plutôt le soir. Au repas de midi il n'est pas nécessaire de prendre du vin ou de l'alcool. Les occupations et les exercices devront avoir lieu dans l'après-
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midi et le dîner ne sera pas trop tard. Après celui-ci on ne prendra plus aucune nourriture, mais seulement du thé faible, de l'eau pure ou une eau minérale deux heures après. Pas de café le soir. On ne restera pas au lit moins de sept heures et plus de huit. La réduction des heures de sommeil est très nuisible aux goutteux, de même que le séjour prolongé au lit. On maintiendra autant que possible la régularité de la vie. Les gens riches auront toujours la tentation de la rompre et les habitudes de luxe ont une influence des plus néfastes qu'il faudra combattre. Toute espèce d'excès est à coup sûr nuisible pour les goutteux, aussi bien dans les choses insignifiantes que dans celles qui sont préjudiciables. Des études, ou des efli'orts intellectuels trop prolongés sont aussi mauvais que la paresse. Ne quid nimis devra être la devise du goutteux dans sa manière d'être. La modération en tout^ dans le travail comme dans le plaisir, dans l'alimentation, dans la boisson et dans l'exercice, devra être la recommandation capitale du médecin aux individus prédisposés à la goutte. Toute rupture de la régularité de la vie entrame avec elle un châtiment, sous forme de troubles morbides qui demanderont quelquefois un long temps avant de disparaître. Il faut avoir grand soin de se modérer aussi bien quand on dîne chez soi que chez des amis. L'habitude de dîner en ville favorise beaucoup le développement de la goutte ou la goutte acquise. Dans ces cas, un homme sage et intelligent saura faire un choix dans le menu et évitera surtout de manger trop de viande, de boire trop de vin et d'ingérer trop de sucreries. S'il s'est laissé aller à quelque écart de régime, il devra l'expier les jours suivants par une abstinence plus sévère. On ne devra pas autoriser plus d'un dîner en ville par semaine et si les nécessités de la vie publique obligent à une fréquence plus grande à certaines époques, on s'astreindra, chaque fois qu'on le pourra, à une abstinence d'une rigidité extrême.
A la vérité, le meilleur régime est celui qui convient le mieux pour le goutteux dyspeptique. La viande doit être cuite à point. On évitera tout ce qui est bouilli, cuit au four ou à l'étuve. La pâtisserie est une mauvaise chose. On usera modérément de toute espèce d'aliments gras quand ils sont grillés ou rissolés; en dehors de cela, les graisses ne sont pas nuisibles aux goutteux. La graisse et le lard sont les aliments gras les moins mauvais. Les poissons et le gibier huileux sont préjudiciables. Les grillades et les rôtis sont les procédés culinaires qu'il faut préférer. Le poisson blanc peut être pris impunément, mais il ne faut pas en prolonger l'usage au détriment