‹ Traité de la goutteChapitre 138 sur 165 · TRAITEMENT DE L'INSOMNIE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE L'INSOMNIE

phosphate de soude, les sels de potasse, le chlorure d'ammonium. On stimulera les fonctions de la peau. On n'autorisera la viande de boucherie qu'avec grande modération et l'on conseillera plutôt le poisson, la graisse, les farineux, les légumes verts et le lait. L'exercice en plein air est nécessaire dès qu'on peut le pratiquer. Tout symptôme articulaire sera traité par le colchique ou le salicylate de soude. Dans la manie aiguë et dans la mélancolie, on placera les malades dans une maison de santé. Les degrés légers de l'hypocondrie et bien des phases de psychopathies seront soignés avec plus d'avantage à la maison ou en transportant le malade dans un autre lieu. Dans ces cas, on peut provoquer la goutte dans les extrémités par des pédiluves excitants, par des purgatifs mercuriels ou par une bonne dose de vin, quand le soulagement devra être à ce prix. Il faut toujours s'assurer de l'état des fonctions rénales, surtout au point de vue de l'emploi possible de l'opium.

Insomnie. — Quand elle dépend directement d'un état goutteux, il faut donner des médicaments appropriés. Le régime demande une attention spéciale, surtout au point de vue du dernier repas de la journée. Il ne faut pas qu'il s'écoule trop de temps entre le dernier repas et l'heure du coucher, mais l'on évitera aussi les repas trop copieux. On pourra prendre du bouillon ou du chocolat une heure avant de se coucher, si l'on a dîné de bonne heure. Quelquefois, il suffira, pour dormir, de prendre un peu d'extrait de viande liquide dans de l'eau froide. Les hypnotiques doivent être employés en dernier ressort, mais il ne faudra pas compter sur eux pour obtenir les meilleurs succès. Parmi eux, ce sont les bromures les moins nuisibles, mais il faut les donner dans la journée pour obtenir un effet soporifique le soir. Quand le cœur est faible, on pourra donner de la paraldéhyde à la dose de trente à quarante gouttes.

Quand il y a de la dyspepsie acide, de la lenteur dans les digestions, causes communes d'insomnie dans la goutte, on prescrira 4 grammes de poudre de rhubarbe composée dans de l'eau de menthe, au moment de se coucher. L'exercice en plein air, surtout les promenades en voiture, aident beaucoup au sommeil et l'on ne devra pas non plus se mettre au lit trop tôt. Souvent une lecture monotone faite à haute voix par quelqu'un invite doucement au sommeil. On évitera les opiacés, dont on peut du reste très bien se passer. Dans certains cas le hachisch seul ou associé à la jusquiame et aux bromures réussit très bien. On évitera autant que possible le chloral. On pourra avoir recours au monobromure de camphre à la dose de 10 à 15 centi-

grammes ou au bromure de lithium, à la dose de 75 cenligrammes à 1 gr. 50.

En hiver, si le malade a de la tendance à avoir froid aux pieds on placera une bouteille d'eau chaude dans son lit. Dans la plupart de ces cas, il ne faudra ajouter qu'une foi limitée à ce que raconte le malade, car généralement il jouit toujours de plus de sommeil qu'il ne le croit.

S'il y a des habitudes de morphinisrae, on devra chercher à les faire disparaître.

L'air de la chambre devra être frais et l'on n'y laissera pas accumuler un trop grand nombre de meubles. Le lit sera placé au milieu de la chambre, mais non en face de la fenêtre.

Si l'on veut réussir, il faut veiller aux moindres détails et, en pratique, on rendra souvent ainsi plus de services au malade qu'en lui administrant des drogues.

Épilepsie. — Quand il existe une tendance à cette névrose, on peut la combattre en modifiant le régime : on restreindra autant que possible la viande de boucherie et les aliments azotés; on les remplacera par du poisson, des graisses, des légumes, des farineux. On n'autorisera qu'un peu de viande tous les deux jours et même moins souvent. Dans certains cas, on se trouvera bien de provoquer une attaque de goutte franche.

Gomme traitement pharmaceutique, on donnera des bromures associés aux alcalins, tels que les sels de potasse, ou à l'hypophosphite de soude. On peut donner de 50 centigrammes à 1 gramme de bicarbonate de potasse associé à une dose égale de bromure de potassium ou d'ammonium ou d'hypophosphite de soude. On s'abstiendra des ferrugineux. On surveillera les fonctions intestinales. Le malade devra avoir une vie très régulière, active, en proportionnant d'une façon égale les travaux physiques et intellectuels.

Toutes les trois semaines, on donnera un purgatif mercuriel, qui pourrait à la rigueur prévenir une attaque.

La durée de sommeil ne devra pas dépasser sept à huit heures et on ne l'autorisera jamais après les repas.

Les excès vénériens sont particulièrement nuisibles. Les liqueurs alcooliques ne seront permises que d'une façon très modérée et on fera toujours mieux de s'en dispenser. On évitera les excès de travaux intellectuels et tout ce qui peut produire de l'excitation. Dans ces cas on déconseillera le mariage ou, tout au moins, on l'ajournera jusqu'à ce qu'il se soit écoulé plusieurs années sans manifestation épileptique.

TRAITEMENT DE LA MIGRAINE 3b3

Dans les cas d'épilepsie goutteuse, il est important de s'assurer de l'existence du saturnisme, car celui-ci peut en être une cause bien plus que la goutte.

CÉPHALALGiii:. — La céphalalgie d'origine goutteuse réclame un traitement qui doit être dirigé contre l'état général dont elle est une manifestation. Les purgatifs mercuriels ainsi que les médicaments salins et alcalins sont souvent utiles. Le colchique rend souvent aussi de grands services dans ces cas. L'exercice et la vie au grand air sont toujours indiqués. On donnera des purgatifs périodiques; on instituera un régime convenable et on donnera de temps en temps du chlorure d'ammonium.

-Migraine. — La migraine goutteuse est une des manifestations les plus douloureuses do la goutte incomplète. Le traitement doit être dirigé contre les accès et contre leur retour.

Les accès peuvent débuter à un âge précoce, mais heureusement ils tendent à devenir plus rares à mesure qu'on avance en âge et ils peuvent disparaître complètement ou devenir plus supportables après quarante ans.

Tout symptôme nettement goutteux doit être traité d'après certains principes généraux. Les conditions déterminantes des attaques sont connues habituellement des malades, et ils doivent par conséquent les éviter autant que possible. Les causes déterminantes varient beaucoup selon les individus.

Contre les accès, on prescrira le repos au lit dans une chambre obscure. On donnera des bains de pieds chauds. On pourra appliquer sur la tête des vessies de glace ou des lotions alcooliques. Un purgatif doux est souvent utile; on pourra, dans ce but, donner du calomel suivi de séné et de colchique. Si l'estomac est irritable, il vaudra mieux s'abstenir de toute alimentation et ne prendre que de l'eau gazeuse glacée. L'antipyrine,à la dose de 50 à 75 centigrammes répétée à deux heures d'intervalle, produit de très bons résultats. Dans certains cas, le thé est utile et peut procurer un peu de sommeil. Quelquefois, la veille d'une attaque, les malades sont pris le matin d'une somnolence anormale, à laquelle ils doivent résister. J'ai vu des attaques abrégées par une promenade à la campagne, et j'ai également constaté qu'une dose de vin un peu plus élevée que d'habitude, prise au dîner, dissipe les derniers élancements. La partie la plus importante du traitement consiste dans les soins consécutifs à l'accès, dans le but d'en éviter le retour. On conseillera la régularité dans la vie, l'absence de soucis, la suppression des bals, soirées,

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dîners en ville, et toutes les fatigues intellectuelles. On supprimera tout excès de tabac et on s'abstiendra de visites prolongées aux expositions de peinture. Les émotions violentes avec tension morale exagérée amènent une attaque en quelques heures. Les purgatifs mercuriels périodiques sont très utiles et une cure arsenicale sera des plus efficaces. Dans bien des cas les alcalins associés au chlorure d'ammonium seront indiqués. Le changement d'air et tout ce qui peut relever l'état général seront favorables. Ne quid nimis devra être la devise de tout migraineux , mais chaque cas présente des idiosyncrasies propres au point de vue des causes provoquantes ou déterminantes, ainsi que du traitement.

Névrite goutteuse. — La névrite goutteuse est une des manifestations les plus ennuyeuses et les plus pénibles de la goutte. Heureusement elle n'est pas très fréquente. Les calmants locaux ordinaires arrivent rarement à atténuer la douleur. On appliquera un vésicatoire le long du nerf enflammé et on l'entretiendra pendant quelques semaines avec du papier d'Albespeyre. Gela n'est pas si terrible que cela en a l'air, et c'est plus efficace que tout autre moyen. On pourra appliquer une pommade mercurielle sur le nerf affecté.

Si ces moyens ne sont pas applicables, on pourra faire des onctions avec des pommades ou des liniments contenant du chloral et du camphre ou du menthol et du camphre, dans la proportion d'une partie du premier pour deux du second. On pourra aussi faire des badigeonnages iodés le long des filets nerveux. D'autres fois un Uniment à la cocaïne sera utile.

A l'intérieur, on donnera 15 à 25 centigrammes de quinine avec de l'iodure de potassium deux ou trois fois par jour. Dans les cas rebelles, on emploiera l'arsenic ou le sublimé. Je ne conseille pas d'avoir recours aux injections de morphine; elles ne donnent qu'un soulagement très temporaire et l'on ne peut en prolonger l'usage. Ces cas durent toujours un certain temps, même lorsqu'ils sont traités le plus judicieusement; mais si le traitement est mal institué, les douleurs peuvent persister pendant des semaines et des mois. On obtiendra de temps à autre quelque soulagement à l'aide des courants d'induction, à intermittences lentes, appliqués pendant cinq minutes; mais s'ils déterminaient une aggravation de la douleur, il faudrait les supprimer. A mesure que le gonflement du tronc nerveux cède, la douleur s'apaise graduellement; mais l'hyperesthésie peut subsister quelque temps dans les régions innervées par le nerf

TRAITEMENT DE LA SCIATIQUE 3o5

affecté. II faudra quelquefois se méfier et ne pas confondre une névrite goutteuse avec une névrite alcoolique périphérique, l'alcoolisme étant souvent un facteur commun dans les deux cas.

Névralgie goutteuse. — La névralgie est une expression de la diathèse goutteuse, qui réclame un traitement dirigé spécialement contre elle. On devra éviter avec soin les causes ordinaires des névralgies, en particulier les vents froids et humides qui en sont une des causes déterminantes les plus actives. Les troubles dyspeptiques et la constipation seront combattus par des alcalins et des purgatifs raercuriels. On pourra associer avec grand profit la quinine, les alcalins et le chlorure d'ammonium, à bonne dose. LocaleQient,on pourra procurer beaucoup de soulagement à Paide du courant voltaïque, en appliquant le pôle négatif sur la nuque ou la colonne et le pôle positif sur le trajet du nerf affecté. Pour les nerfs crâniens on n'emploiera que des courants faibles, par exemple, de six à huit éléments Leclanché.

On pourra appliquer des emplâtres de camphre et de menthol ou un Uniment à la vératrine. Dans les cas intenses, on fera des injections de morphine. Il est important d'arrêter le développement d'un accès le plus tôt possible. Quelquefois il suffit d'une bonne dose de calomel et de quinine pour couper court une série d'accès.

Les névralgies du zona, chez les goutteux qui ont dépassé l'âge moyen de la vie, sont souvent impossibles à combattre. On devra, outre les calmants, donner des toniques.

L'arsenic est très efficace et peut être donné concurremment avec les alcalins, pendant de longues périodes. Le changement de climat vient beaucoup en aide aux autres méthodes de traitement, surtout chez les individus qui habitent des maisons humides. L'application répétée de vésicatoires volants, non sur le nerf affecté, mais dans son voisinage, produit souvent un soulagement marqué.

SciATiQUE. — La sciatique est due parfois à de la périnévrite goutteuse du nerf grand sciatique. Dans d'autres cas, c'est une véritable névralgie, ou même un symptôme d'arthrite de l'articulation de la hanche. Celle-ci est rarement de nature uratique; elle est plus souvent causée par le rhumatisme chronique. On appliquera, à différentes reprises, des vésicatoires volants, qu'on pansera avec de la morphine. Dans les cas rebelles, on fera des injections hypodermiques de cette substance. A l'intérieur, on donnera de la quinine et des purgatifs. Quelquefois l'acupuncture m'a assez bien réussi.

Dans les névralgies post-herpétiques, l'exercice quotidien en plein

air, pratiqué jusqu'à ce que la peau soit en moiteur, sera très utile; mais on évitera avec soin les refroidissements. On supprimera toutes les causes d'épuisement et de dépression morale. Le régime devra être tonique et les matières grasses devront y entrer pour une bonne part. On fera prendre à un repas du porto ou tout autre vin alcoolique, sans craindre d'amener ainsi des manifestations goutteuses.

Il faut traiter le malade et non la maladie et, dans tous les cas, on examinera l'urine au point de vue de la glycosurie.

En été on se rendra dans une station située à une altitude assez élevée et l'hiver dans le midi de la France.

Paralysie goutteuse locale. — On peut rencontrer des paralysies liées à la névrite ou à la périnévrite goutteuse. Garrod a observé ainsi de la paralysie faciale qui disparut tout d'un coup sous l'influence d'une attaque de goutte. Le nerf radial peut ainsi être atteint de cette forme de paralysie; j'en ai observé plusieurs cas, qui ont tous guéri par un traitement convenable.

Crampes. — Les crampes des muscles du mollet sont souvent un symptôme très gênant de la goutte. Elles peuvent être les précurseurs d'une attaque articulaire ou indiquer un état goutteux plus marqué que d'habitude. On les combattra avantageusement avec les antiacides. La formule suivante de Munk remplit très bien ce but :

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