‹ Traité de la goutteChapitre 35 sur 165 · Moxon, Transactions of t/ie Patholog. Society · texte numérisé non relu

Moxon, Transactions of t/ie Patholog. Society

distension flatulente très marquée, avec douleur intense, et cela, joint au collapsus, peut constituer le symptôme dominant de la goutte de l'estomac.

Pancréas. — On n'a signalé aucune lésion de cet organe. On a constaté parfois l'existence d'un cancer chez un goutteux.

Intestin. — Hayem a rapporté une observation d'entérite, où les villosités étaient parsemées de concrétions uratiques. Dans d'autres cas, les symptômes entériques ont paru dépendre d'une néphrite concomitante.

Des coliques violentes, de la distension tympanique, de l'entéralgie, de la diarrhée, tels sont les symptômes que l'on peut quelquefois attribuer très nettement à la goutte. Au point de vue anatomo-pathologique, on sait très peu de chose, car ces manifestations ne sont pas de nature à entraîner la mort.

Hémorroïdes. — Les hémorroïdes sont très communes; elles sont le résultat de la constipation et de la congestion du système porte.

Système cutané. — Peau. — La peau n'est pas atTectée d'une façon uniforme, chez les goutteux. CuUen s'exprime ainsi : « La goutte s'attaque surtout aux hommes robustes, grands, à tête volumineuse, corpulents, dont la peau est recouverte d'un réseau muqueux épais qui lui donne un aspect rugueux. » A une période avancée, la peau présente souvent un état satiné et lisse particulier, comme si l'on y avait fait une onction. Gela est très remarquable, même chez les hommes qui travaillent. Cet état lisse s'observe surtout sur les membres. Les téguments de la face peuvent être rugueux. Chez les individus au type arthritique vasculaire, les capillaires sont injectés, ils se remplissent rapidement après avoir été vidés. Les téguments du nez peuvent être épais, rugueux, onctueux, et anormalement vascularisés, avec de grosses veinules ramifiées, surtout chez les buveurs. Ce faciès est considéré comme caractéristique de l'Anglais mangeur de roastbeef et buveur de bière, sujet classique de la goutte. Chez un individu de soixante-deux ans, j'ai trouvé trois tophus dans la peau du nez ; il n'y en avait pas aux oreilles. Mais la goutte se greffe sur presque toutes les diathèses et chez les individus pâles, à teint jaunâtre ou bilieux (le teint olive arthritique [Laycock]) avec une vascularisalion cutanée peu marquée, ces lésions (goutte cachectique) ne suivent pas la même marche. On observe souvent, chez le goutteux, des inflammations folliculaires des ailes du nez, sans suppuration, mais récidivant continuellement. Quant aux dermatoses de nature goutteuse, nous en parlerons plus loin. Les oreilles sont souvent larges et leur carti-

lage est très dur, parfois de consistance osseuse, c'est ce que je serais

tenté d'appeler joorosvs. Il peut y avoir ou non des tophus dans ces cas.

D'après ma statistique, dans un tiers (49 sur 150) des cas de goutte bien tranchés, on trouve des tophus à Thelix, à l'anthelix et au lobule. Dans bien des cas où il y a des dépôts uratiques dans les articulations, il peut ne pas y avoir de tophus aux oreilles ou dans d'autres parties. Il est moins fréquent de trouver des dépôts dans la peau en dehors des jointures et alors ils se font au hasard. Ainsi on a vu des tophus dans les ailes du nez, sur le thorax, au périnée, sur le pénis, sur le tibia et ils sont assez communs sur la rotule et l'olécrâne. La région palmaire et la pulpe des doigts en sont assez souvent le siège.

Ces tophus se rompent quelquefois et évacuent leur contenu où celui-ci peut être extrait, surtout des oreilles, sous forme de petites masses calcaires. Dans un cas, celles-ci disparurent des oreilles et ne se reformèrent qu'au bout de trois ans, le malade ayant renoncé à la bière pendant tout ce temps. Les tophus de l'oreille sont rares chez la femme. J'en ai rapporté un cas au Congrès de Londres en 1881. Dans un cas très remarquable que j'ai observé en 1888, ils avaient envahi la paupière et prenaient la forme de raies, ressemblant beaucoup au xanthome. On en fît l'analyse chimique qui démontra leur nature vraiment uratique. Lorsqu'on les trouve sur la face ou sur l'oreille, il faut prendre garde de les confondre avec des kystes miliaires ou sébacés. On a trouvé des tophus dans la sclérotique. Ils tendent à produire de l'irritation de la peau qui devient pourpre, mince, transparente, lustrée et finit par s'ulcérer. Le dépôt uratique repose sur une base fongueuse et ces ulcères se rencontrent aux mains, aux pieds, aux jambes, où ils peuvent se compliquer de varices et être très douloureux.

L'oreille est quelquefois le siège d'une goutte subaigùe et je serais tenté de croire que les indurations du cartilage que j'ai observées étaient le résultat d'attaques de cette sorte. Laycock décrit le lobule de l'oreille comme « soudé », c'est-à-dire non mobile. Il est souvent gros, vasculaire et le siège de tophus.

Cbeveux. — Les cheveux sont épais dans la jeunesse, mais ont souvent de la tendance à s'éclaircir sur le sommet de la tête avant l'âge de trente ans et peuvent laisser le crâne dénudé entouré seulement d'un cercle de cheveux. Dans quelques cas, les individus prédisposés à la goutte grisonnent de bonne heure et peuvent garder les cheveux gris toute leur vie. D'autres conservent une chevelure luxuriante brune ou

blonde jusqu'à l'âge de soixante-dix ou quatre-vingts ans, malgré l'existence de dépôts uratiques et d'affections articulaires. Ces faits reposent sur des observations nombreuses, aussi n'y a-t-il pas de type spécial en ce qui regarde la nutrition des cheveux. Les divergences qui existent peuvent être expliquées par les facteurs individuels ou héréditaires qui interviennent dans chaque cas. Le grisonnement coïncide avec une déchéance générale des tissus, car il faut bien savoir qu'il y a des individus chez qui certains tissus sont plus caducs que d'autres. Cela est également vrai en ce qui concerne les dents.

ToPHUS. — La composition de la matière tophacée ou gravelle cutanée, comme l'appelle Trousseau, est variable, mais les urates de soude ou de chaux en représentent oO pour 100; le chlorure de sodium s'y trouve dans la proportion de 10 pour 100. Le phosphate de chaux et des matières animales forment le reste. La consistance varie selon l'âge du tophus, elle peut être comme de la crème ou comme de la chaux ordinaire. Pour Garrod, les tophus sont constitués essentiellement d'urate de soude cristallisé qu'on peut dissoudre dans l'eau distillée et faire cristalliser à nouveau, et la chaux ne s'y trouve qu'à l'état de mélange accidentel. Dans les concrétions valvulaires des goutteux il semble qu'il n'y a qu'une légère imprégnation de sels de chaux avec les urates. Sir Andrew Clark m'a signalé un cas où la matière tophacée avait fourni une grande quantité d'oxalate de chaux et il croit que l'urate de chaux s'y trouve souvent. Dans un cas de tophus de la bourse pré-rotulienne, on ne trouva que de l'urate de soude avec de simples traces de chaux.

Sueur. — Habituellement les glandes sudoralessont très actives, bien qu'elles puissent être complètement inertes, dans les temps froids ou quand on fait moins d'exercice. Garrod a soutenu que les urates n'étaient pas éliminés par les glandes sudorales. Tichborne * affirme le contraire et a même indiqué un procédé pour déceler les urates dans la sueur. J'ai fait plusieurs expériences pour élucider cette question, mais sans succès. Le soulagement que les bains turcs procurent aux goutteux est attribué à la stimulation des fonctions cutanées : il en est probablement de même de l'exercice musculaire, qui pourrait probablement en tenir place, surtout s'il est suivi de frictions générales.

Golding Bird a trouvé de l'acide urique dans le contenu de vésicules eczémateuses et James Begbie a rapporté un cas où il constata de l'acide urique dans des bulles de pemphigus.

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