British médical journal, 19 uov. 1887, p
•Les dermatoses auxquelles le goutteux est surtout sujet sont l'eczéma et le psoriasis; nous en parlerons plus loin.
Les bourses séreuses articulaires, surtout celles des phalanges, peuvent être augmentées de volume et devenir le siège de dépôts uratiques. La bourse olécrânienne peut acquérir le volume d'une orange.
Ongles. — Les ongles sont gros, fibreux, striés, cannelés ou avec des lignes verticales (fîg. 13-16). Cette particularité est bien marquée chea la plupart des arthritiques. La substance de l'ongle est épaisse et cassante, surtout après les attaques de goutte ; et lorsqu'elles ont été violentes, ils peuvent tomber.
Les dépressions transverses, décrites par Beau et par Wilks, s'observent quelque temps après les affections goutteuses ; elles indiquent un état temporaire de décadence et de dépression de la nutrition générale. Comme un ongle entier met six mois à pousser, le siège de ces sillons indique la date de la dernière affection avec beaucoup d'exactitude.
Dents. — Les dents ont un aspect très remarquable, chez les goutteux. Elles sont en général bien développées, avec un émail fort et dur, de couleur plutôt jaune. Elles ne tombent pas facilement et sont très solides dans leurs alvéoles. Avec le temps elles s'usent, de sorte qu'on voit la cavité de la pulpe.
On voit souvent une des incisives centrales inférieures déjetée en dehors des autres ^
Vers l'âge moyen de la vie, les individus prédisposés à la goutte sont, plus que d'autres, sujets à des accès fugitifs de douleurs dans un certain nombre de dents saines, éprouvant une sensation comme si les dents sortaient de leurs alvéoles et de la sensibilité en mordant.
On peut observer certainement de grandes variétés dans les caractères que je viens d'exposer. Cela peut s'expliquer par ce fait que d'autres causes, n'ayant pas de relations avec la goutte, viennent exercer leur influence, et du mélange des diathèses naissent certaines prédispositions et certains effets particuliers.
Nous parlerons plus loin du grincement des dents particulier aux goutteux.
- Malgré l'assertion contraire, j'affirme qu'il n'existe pas de dépôtsuratiques en connexion avec les dents, les mâchoires et les gencives.
Yeux. — On observe l'iritis, dans la goutte, et on la considère comme
1. Duckworth, Du caractère des dents chez les arthritiques {Odontological Societyi of Great Britain journal, 1883, p. 193).
une manifestation de cette diathèse. Elle peut être très insidieuse et récidiver.
Hémorragie rétinienne. — On ne l'observe généralement que dans un œil et elle survient tout d'un coup, chez les goutteux. Il ne faut pas la confondre avec la rétinite albuminurique. On voit de petites plaques hémorragiques en forme de flamme disséminées en abondance sur le fond de la rétine. Celles qui sont ponctuées ont des bords striés et aucune ne ressemble à une tache. Les veines sont grosses, turgescentes et rendues peu distinctes par l'épanchement sanguin qui s'est fait dans leurs gaines. Les artères sont très petites. Sur lo cas d'Hutchinson, il y en eut 11 chez les hommes et 4 chez les femmes. Le malade le plus jeune avait quarante-quatre ans et le plus âgé soixante-douze, et sept dépassaient soixante ans. La goutte existait d'une façon certaine chez 6 et très probable chez 5 des autres. L'un d'eux était atteint de goutte saturnine avec une grande quantité d'albumine; chez un autre, on ne trouvait pas de goutte, mais il y avait du diabète qui était probablement la cause de la rétinite. Dans 10 cas il n'y avait qu'un œil affecté, dans o les deux. Dans un tiers des cas, on constatait une albuminurie légère. Pas d'hydropisie.
Il est difficile de séparer ce groupe de cas d'autres formes de rétinite associées à des affections rénales et au diabète, qui eux-mêmes sont si souvent des manifestations goutteuses. Les points principaux à retenir sont : le caractère unilatéral, portant le plus souvent sur l'œil gauche, la forme de flamme que prend la plaque hémorragique et l'absence de dépôts blancs. Ces hémorragies peuvent se reproduire pendant longtemps.
L'influence du système cardio-vascnlaire est un point à étudier dans ses relations avec la rétinite. Les hémorragies peuvent se produire sous l'influence d'un effort, comme lorsqu'on se baisse ou lorsqu'on tousse. Hutchinson attribue cette rétinite plutôt à une obstruction veineuse telle qu'une thrombose de la veine rétinienne qu'à une affection artérielle, la première étant une lésion reconnue comme goutteuse et expliquant mieux la soudaineté de l'attaque qu'une embolie ou un anévrysme artériel.
Je serais tenté de regarder ces hémorragies comme semblables aux hémorragies sous-conjonctivales, aux épistaxis et aux épanchements sanguins si fréquents chez les goutteux.
Hutchinson a observé chez les goutteux des irido-choroïdites aboutissant au glaucome.
La conjonctivite, l'épisclérite, lasclérotile s'observent comme mani-
festations de la goutte. Garrod a trouvé un dépôt uratique dans deux cas de conjonctivite.
Glaucome. — Brudenell Carter a signalé chez les arthritiques la tendance qu'avaient l'iritis et la kératite à gagner la zone vasculaire qui entoure la cornée. Pour lui, un grand nombre de cas d'ophtalmies supposées goutteuses ou rhumatismales ne sont rien autre chose que des formes de glaucome subaigu.
Cependant il faut noter que les arthritiques sont plus prédisposés à cette forme particulière que ceux qui ne le sont pas.
Névrite optique. — Il n'existe aucun fait qui démontre que la névrite optique puisse être d'origine goutteuse.
Stephen Paget * a mentionné un cas d'inflammation destructive du globe de l'œil chez un goutteux.
Brudenell Carter considère comme très fréquente dans la goutte l'obtruction des conduits des glandes de Meibomius, déterminant la projection de la face interne du cartilage tarse et par suite l'irritation de la conjonctive; la sécrétion ainsi retenue dans les glandes se trouve rendue plus irritante par des dépôts calcaires qui s'y font ^. Mais je ne crois pas que cela ait été prouvé chimiquement.
Oreille. — On sait peu de chose relativement à l'anatomie pathologique de l'oreille dans la goutte. Le méat auditif est parfois rouge, brillant, comme s'il était le siège d'un eczéma. D'après Hinton, « une irritation particulière du conduit auditif, avec coloration rouge foncé, gonflement et écoulement aqueux résistant aux remèdes locaux, est un signe très caractéristique de la goutte ». Hutchinson ^ préfère le terme de séborrhée pour les cas de ce genre. La forme chronique peut durer des années, amenant l'hypertrophie et par suite le rétrécissement du conduit au point qu'il admet à peine une petite sonde oculaire.
Le conduit auditif externe peut être le siège d'une attaque de goutte aiguë qui cède au traitement spécifique. Cette forme, d'après Dalby, ne gagne pas la membrane ni la caisse du tympan, mais le gonflement peut être assez prononcé pour obstruer le conduit presque complètement.
Nous avons déjà vu que des tophus pouvaient se former dans le lobule de l'oreille; ils siègent de préférence sur sa face antérieure. Si on examine à la lumière, par transparence, le lobule, on voit très
1. Paget, Clinical Society's Transactions, 1887, t. XX, p, 234.