XVI. — Goutte et arthrite pyohémique
La pyohémie peut survenir parfois chez les goutteux, comme ctiez les autres individus, et les phénomènes qui l'accompagnent peuvent être assez embarrassants. Dans certains cas, la pyohémie peut se développer insidieusement, en partant d'un foyer purulent très petit et latent, puis donner lieu à des inflammations articulaires qu'il n'est que trop facile de considérer comme rhumatismales ou goutteuses, chez les sujets prédisposés. Il peut y avoir une fièvre très grande, plus élevée même que dans toutes les formes de goutte franche; mais il peut y avoir aussi absence de frissons caractéristiques et d'écarts marqués de température. Lorsque ceux-ci se produisent, le diagnoslic devient facile.
On voit se développer insidieusement de la cystite et des foyers de suppuration chez les goutteux chroniques et assez souvent chez les glycosuriques cachectiques.
A l'autopsie, on trouve parfois, dans ces cas, en même temps que du pus dans les articulations, les reins, etc., d'anciennes lésions articulaires dues à la goutte, telles que l'érosion des cartilages et l'encroûtement uratique avec de l'ostéite. Dans les cas malins, l'intervention thérapeutique est très limitée, mais l'on doit au moins en faire le diagnostic.
Les différentes questions présentées dans ce chapitre sur l'influence de la goutte sur les diverses constitutions et les divers étals diathésiques ont beaucoup attiré l'attention des médecins français; aussi, ont-ils cherché à classer la goutte en différentes variétés ou types. Les auteurs anglais, à l'exception de Laycock, n'ont pas accepté cette classification.
Quant à moi, j'ai hésité à adopter les idées de l'école française et je préfère traiter la question, très difficile, je l'avoue, d'une façon moins dogmatique.
Durand-Fardel donne une classification de la goutte dans laquelle il fait rentrer les individus à constitution sanguine, bilieuse, nerveuse et lymphatique. Lécorché décrit cinq types basés sur les localisations dominantes de la maladie, à savoir articulaires, néphrétiques, musculaires, nerveuses et gastro-hépatiques.
Au point de vue clinique, il peut être nécessaire de tenir compte des caractères dominants de la maladie dans un cas donné, mais dans tous, il y a une unité basique type. Le point important c'est de
reconnaître d'une façon exacte l'élément vraiment goutteux dans un cas donné.
En pratique, il n'est pas toujours facile de ranger chaque cas dans une catégorie particulière et il peut arriver que plusieurs types pathologiques soient réunis chez le même malade.
Il ne faut pas oublier que, dans le cours de la maladie, la goutte peut traverser des phases nouvelles. Par suite de variations dans la transmission héréditaire, par son union avec d'autres étals morbides, par les modifications que l'individu apporte à sa vie et à son régime, il est facile de concevoir que l'évolution de la maladie subit des changements qui en atténuent certains caractères considérés jusque-là comme classiques et qu'ainsi une forme nouvelle de goutte se présente à l'observateur. Paget a appelé l'attention sur cette vaste question et a signalé à propos de la goutte l'apparition de la phlébite comme pouvant apporter une variante dans la transmission de la diathèse.
On pourrait citer un exemple analogue pour les nodosités sous-cutanées qui autrefois passaient inaperçues et semblaient être de nouvelles manifestations de la diathèse arthritique.
En considérant les associations possibles et si diverses de la goutte, il ne faut pas oublier qu'elle peut se développer chez des individus en raison de l'hérédité arthritique à des degrés variables dont ils sont atteints, ou qu'elle peut apparaître chez des sujets qui ont d'autres diathèses. Nous trouvons donc toutes les variétés de goutte chez des personnes qui ne présentent aucun des caractères physiognomoniques de la maladie, connue chez les individus purement nerveux ou ceux qui sont sobres et ont une constitution délicate. Parmi ceux-ci nous citerons la goutte des pauvres et la goutte incomplète, cette dernière comprenant la goutte viscérale et celle qui a été si faussement appelée goutte nerveuse. La maladie peut n'être que légèrement indiquée chez un membre d'une famille goutteuse, chez une femme par exemple, tandis que le frère, plus robuste, aura une goutte plus franche.
Dans ces cas de goutte irrégulière ou incomplète, il existe une implantation ou une greffe de la maladie sur d'autres états diathésiques. Au point de vue du traitement, il est important de reconnaître ces associations de diathèses.