‹ Traité de la goutteChapitre 78 sur 165 · Copland, Dict. of medicine · texte numérisé non relu

Copland, Dict. of medicine

RAPPORTS DE LA GOUTTE AVEC LES MALADIES DOULOUREUSES 19o

Le caractère douloureux de la goutte est un de ceux qui dominent tout le tableau de cette maladie. Si la goutte n'était rien autre chose qu'un simple processus inflammatoire ou un état de gêne, de malaise sans douleurs, elle ne serait pas pour ses victimes une cause de trouble aussi marquée qu'elle l'est habituellement. Ainsi la plupart des manifestations goutteuses sont douloureuses, et certaines même le sont d'une façon excessive. Cela fait partie du caractère spécitique de la maladie. Une articulation atteinte de rhumatisme aigu n'est habituellement que peu douloureuse à moins qu'on ne la louche ou qu'on ne la remue ; tandis que si elle est atteinte par la goutte, elle est excessivement douloureuse, même quand on ne la touche pas. Tous ceux qui ont souffert de goutte et de rhumatisme savent très bien faire la distinction entre les deux. J'ai eu un cas de ce genre, dans mon service, et le malade savait très bien me dire qu'à tel moment il était plus goutteux et qu'à tel autre il était plus rhumatisant.

La douleur delà goutte n'est pas proportionnée au degré apparent de l'arthrite. Ce fait, d'après moi, tend à montrer qu'il y a, chez les goutteux, un état d'éréthisme nerveux spécial. Tous supportent mal la douleur. Toute source d'irritation est accrue dans ses effets non par les manifestations de la maladie, mais bien par sa nature essentielle.

Tels sont goutteux qui ne le seraient pas s'ils ne possédaient, comme faisant partie d'une disposition nerveuse innée, une susceptibilité particulièrement intensive et une tendance aux manifestations nerveuses, qui éclatent brusquement.

Paget a rapporté l'observation d'un goutteux atteint d'un abcès qui présentait des caractères très douloureux, et il croit que certains cas de cancer s'accompagnent de douleurs particulières par suite de poussées inflammatoires survenant chez les individus prédisposés à la goutte.

On voit, chez les goutteux, les plus petites choses s'accompagner d'un état douloureux marqué. Sans parler des névralgies si vives des goutteux, je me bornerai à rappeler l'hyperesthésie spéciale des dermatoses goutteuses, les douleurs si fortes des furoncles, les douleurs profondes siégeant dans le talon, dans la plante des pieds, dans le coccyx, dans les muscles, dans la langue, dans les dents, dans le cartilage ensiforme, et les crampes incoercibles des mollets.

Bail a rapporté l'observation d'un goutteux qui n'a jamais eu une douleur, même transitoire, sans qu'un tophus se forme à cet endroit.

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