‹ Traité de la goutteChapitre 81 sur 165 · Syers, Lancel, 30 juin · texte numérisé non relu

Syers, Lancel, 30 juin

manière d'être, les éléments divers qui indiquent l'existence de l'arthritisme. C'est ce que les auteurs envisagent habituellement sous la dénomination de goutte irrégulière.

Goutte et folie. — On a observé des accès de manie survenant lors de la cessation d'une attaque de goutte et cédant quand celle-ci reparaissait.

Rayner soutient l'opinion de Berthier qui tend à prouver que la goutte peut produire toutes les formes de folie. Il rapporte une observation à l'appui et Garrod en cite d'autres. Dans la goutte articulaire atonique, avec affaiblissement général, il a noté deux cas où il y avait eu des hallucinations de l'ouïe et de la vue très suspectes, qui disparurent après une attaque de goutte. Dans ces cas de goutte incomplètement développée, il cite des cas où des sujets, d'abord d'une imagination très exaltée, devenaient ensuite mélancoliques, puis tout disparaissait sous l'influence d'une attaque de goutte. Dans la goutte saturnine, il a trouvé du proptosis et une coloration foncée du teint, surtout dans les cas de mélancolie, et tous ces symptômes diminuaient à mesure que la santé s'améliorait. Il en conclut que :

1° La toxémie goutteuse prolongée, quand elle n'est pas très intense, produit habituellement des hallucinations sensorielles ou de la mélancolie;

1" La toxémie intense et brusque donne lieu à la manie et à l'épilepsie;

3'^ La toxémie intense et prolongée aboutit habituellement à la paralysie générale.

i° S'il y a une tendance à la dégénérescence vasculaire par suite de saturnisme, d'alcoolisme, etc., on observe alors les divers degrés de démence.

Crichton Browne croit que la folie ne survient que chez les goutteux qui sont héréditairement prédisposés à cet état ou à l'épilepsie. Il admet que bien des cas de melancholia attonita, chez les jeunes filles à faible circulation, sont en rapport avec la goutte héréditaire.

Goutte et mélancolie. — La goutte peut alterner avec des accès de mélancolie et celle-ci succéder à une attaque de goutte. L'excès d'acide urique dans le sang paraît en être le facteur déterminant. Haig ' prétend qu'on peut trouver tous les degrés d'anomalie psychique depuis la simple dépression intellectuelle et le mauvais caractère

1. Haig., Mental Dépression and /lie Excrétion of Uric acid. — PractUioner, nov. ISSS, p. ;J42.

jusqu'à la mélancolie, le suicide, etc., formes de manie produites par la rétention de l'acide urique, et il fait remarquer que le régime végétarien si utile dans l'épilepsie et les céphalalgies l'est également dans certaines formes de folie.

Dans ces cas, il y a souvent une élévation de la tension artérielle, qui varie avec la quantité d'acide urique contenue dans le sang et qui est justiciable aussi d'un régime restreint et non azoté.

Savage ' a appelé l'attention sur des cas de ce genre et a rapporté des observations où des attaques de goutte coïncidaient avec la disparition de la manie et de la dépression mentale.

Je connais des cas graves de tendance au suicide qui ont cédé, soit à une médication anti-goutteuse, soit à l'éclosion d'une attaque de goutte. Cela est très important à savoir tant pour le diagnostic que pour le traitement.

Goutte et épilepsie. — Certains cas d'épilepsie paraissent être en rapport avec la diathèse goutteuse. On a relaté des. cas où. les accès disparaissaient sous l'influence d'une attaque de goutte franche, et Garrod a trouvé une grande quantité d'acide urique dans le sang de ces malades. Il faut naturellement exclure de cette catégorie touslescasde convulsions qui surviennent chez les sujets atteints de cachexie goutteuse, qui ont des reins granuleux et dont les attaques sont probablement de nature urémique. Les cas les plus remarquables sont ceux que l'on observe chez des jeunes sujets qui sont des nerveux héréditaires et qui présentent des modifications de la névrose dont ils ont hérité.

Haig a appelé l'attention sur cette catégorie et a présenté des arguments très concluants en faveur de cette opinion que certains épileptiques doivent leur maladie aux effets irritants de l'acide urique, qui est un excitant direct. Nous pouvons donc pour ces cas adopter une théorie neuro-humorale, car on ne peut naturellement pas admettre l'existence de l'épilepsie comme résultat de l'uricéraie seule. Il doit toujours y avoir, ainsi que je le soutiens, dans chaque cas, un facteur nerveux, consistant en une tendance héréditaire à l'instabilité de certains centres nerveux. De cette façon, il est facile de comprendre que l'accumulation de l'acide urique dans l'organisme peut parfois déterminer et précipiter une attaque.

Observatiox. — Goutte, épilepsie et traumatisme du dos. — B. J..., âgé de quarante-six ans, entra dans mon service en juillet 1882. Première attaque de goutte à vingt-huit ans dans le pied. Il y a six mois, il fit une chute dans

i. Savage, Insanity and alUed Neuroses, Londres, 1888.

les escaliers et se blessa le dos. Trois mois après, il eut un accès d'épilepsie. Pas de syphilis. Pas de goutte depuis l'âge de trente-trois ans. Bruits du cœur faibles. Articulations tarso-métatarsiennes volumineuses. Le 4 août, attaque de goutte au gros orteil gauche. Pas d'albumine ni de sucre. Plusieurs accès d'épilepsie survinrent à différents intervalles pendant son séjour à l'hôpital,

Observation. — Épilepsie chez un goutteux. — R. P., cinquante-deux ans, fils d'un père très goutteux et autrefois intempérant, entra dans mon service en janvier 1876. Première attaque de goutte au gros orteil à l'âge de ti'ente ans. Aucune depuis deux ans. A suivi un régime très sévère pendant près de trois ans. Attaque de goutte récemment. Quatre attaques d'épilepsie, ces trois dernières années, survenant une demi-heure après s'être couché, et semblant être causées par des soucis ou des excès de travail. Urine = lOOo, pas d'albumine.

Van Swieten a également rapporté une observation de ce genre.

Parmi les causes prédisposantes de l'épilepsie, Copland * cite la diathèse goutteuse. Haig a fourni un argument en faveur de cette opinion en montrant que des fluctuations dans l'excrétion de l'acide urique se produisaient dans certains cas d'épilepsie de même que dans les cas de goutte et de céphalalgie causée par cet acide. L'utilité du régime végétarien et les bons effets qu'on retire des alcalins associés aux bromures viennent également à l'appui de cette opinion.

Dans la plupart de ces cas, il y a des antécédents héréditaires de goutte, et le fer qui est nuisible dans cette maladie en favorisant la rétention de l'acide urique l'est également dans l'épilepsie.

Goutte et chorée. — II n'existe pas de faits bien probants tendant à montrer les rapports directs de la goutte et de la chorée. Gela est assez remarquable, car les relations de celte maladie avec la diathèse rhumatismale se démontrent facilement dans la majorité des cas. Le siège de la chorée est sans aucun doute dans les centres nerveux moteurs et le rhumatisme est une maladie qui atteint surtout les tissas moteurs, en particulier les articulations et le cœur. Pour moi, la chorée est une névrose motrice et je crois qu'une vulnérabilité ou une susceptibilité analogue commune des grands centres nerveux peut prédisposer, sous l'influence de certains excitants, à l'une ou à l'autre ou aux deux à la fois des maladies connues sous le nom de chorée et de rhumatisme -.

Observation. — Chorée, rhumatisme, goutte hércditairc. — K. R..., dix-sept ans, machiniste, a eu une première attaque de chorée pendant trois mois,

f. Copland, Dicllonary of medicine, Londres, 1858.

2. Duckwortb, Discours sur la chorée. — British viediccd journal. 3 janvier 18S5.

deux ans avant la seconde qui est récente. Il a cinq frères : l'aîné a eu du rhumatisme, mais n'a jamais été alité; un autre a eu du « rhumatisme )> dans les malléoles. Son père, âgé de cinquante-sept ans, a eu à quarante et un ans, une attaque de goutte aux orteils, aux malléoles et aux genoux. Il était un buveur sérieux.

Observation (Gee). — Goutte-Hcmichorce droite. Mort. — J. A..., cinquantequatre ans, peintre, entra à l'hôpital le 7 novembre 1880. Il a cinq enfants.

Pas de symptômes saturnins. Goutte il y a sept ans. Il buvait beaucoup de bière, mais peu d'alcool. Pas de syphilis. Le 2 novembre, mouvements choréiques de la main droite cessant pendant le sommeil, puis ils gagnèrent la jambe et devinrent presque constants. Sensibilité normale. Pouls, 80, régulier. Le réflexe rotulien normal.

iO novembre. — Insomnie et délire. Mouvements de la jambe presque continus.

21 novembre. — Température, 40°, 6. Pas de frissons. Mouvements continus. Langue sèche et brune. Pas d'albumine. Délire.

23 novembre. — Mort.

Autopsie. — Poumons emphysémateux. Cœur un peu gros, flasque, plaque athéromateuse au milieu de la crosse de l'aorte. Les reins pesaient ensemble 320 grammes et présentaient un début de cirrhose. Pas de dépôts uratiques. Foi'e et rate normaux. Cerveau : plaque hémorragique dans la capsule interne gauche.

Goutte et asthme. — Les relations de la diathèse goutteuse et de l'asthme sont très importantes. Certains cas d'asthme semblent tout à fait en rapport avec l'hérédité goutteuse. La tendance paroxystique appartient à la goutte et est sous la dépendance des caractères nerveux qui lui sont inhérents. La cessation d'attaque de goutte franche est parfois suivie d'accès d'asthme qui eux-mêmes disparaissent si des manifestations goutteuses éclatent ailleurs.

Des affections goutteuses de la peau peuvent alterner avec l'asthme. Les accès peuvent éclater le matin de bonne heure tout comme les attaques de goutte articulaire. La bronchite est commune dans la goutte, mais peut être tout à fait indépendante de complication asthmatique. Dans quelques cas, les deux sont très marquées. Parmi les diverses métamorphoses des troubles nerveux, l'asthme figure en première ligne et alterne avec l'épilepsie, les névralgies, la chorée, la migraine et la folie. Il peut être directement héréditaire ou se montrer comme transformation d'autres névroses héréditaires. La diathèse goutteuse est un excellent terrain pour le développement de tous ces états morbides.

En considérant l'asthme comme une dyspnée paroxystique due à des troubles de l'innervation des tubes bronchiques, on devra dans chaque cas en rechercher la cause spéciale. Une lésion pulmonaire

RAPPORTS DE LA GOUTTE AVEC L'aSTHME 203

est insuffisante par elle-même pour expliquer son apparition. Les rapports de la goutte avec l'asthme ne paraissent pas dépendre simplement d'une altération du sang (cause humorale), mais aussi d'un état nerveux qui lui est associé. L'asthme des goutteux est donc de nature neuro-humorale, et dû à une irritation, soit centrale, soit locale. Les cas de ce genre peuvent survenir à tout âge. Dans la jeunesse, où il n'y a pas de symptômes goutteux apparents, c'est l'élément nerveux qui domine dans la plupart des cas. Chez les individus au delà de quarante ans, des symptômes goutteux peuvent se montrer, mais l'hérédité arthritique est également puissante dans les deux cas. Les deux sexes peuvent être atteints également; mais, chez la femme, il est plus difficile de trouver la tare goutteuse que chez l'homme. 11 semblerait cependant devoir être assez fréquent de voir l'évolution nerveuse de l'hérédité goutteuse transmise dans la ligne féminine avec plus d'intensité.

Chez les sujets âgés, il faut toujours se préoccuper des reins en raison de la fréquence de leur état granuleux dans la goutte.

On peut prendre l'asthme urémique pour une forme plus simple et moins grave de l'asthme goutteux alternant; mais très souvent, dans ce cas, l'examen de l'urine montrera les progrès de la lésion vénale, en révélant l'existence de l'albumine et son augmentation possible sous l'intluence congestive de la bronchite, de l'emphysème et de la distension du cœur droit.

On peut quelquefois, en clinique, distinguer l'asthme urémique des formes bronchique ou autres. Dans le premier, il n'y a pas de bruits respiratoires surajoutés, l'inspiration étant nette et souvent exagérée. Ce fait a conduit à cette opinion que l'obstacle respiratoire dans l'asthme urémique est dû plutôt au spasme des artérioles pulmonaires qu'à celui des petites bronches, la cause en étant peut-être attribuable à quelque poison urinaire agissant sur les vaisseaux sanguins K

AsTHMK DES FOINS. Gatarrhi^ ESTIVAL, — Noël Guéneau de Mussy pensait que bien des cas d'asthme des foins étaient fréquents surtout chez les sujets appartenant à des familles goutteuses, et il regardait les lésions de la muqueuse des fosses nasales comme ayant des rapports avec les éruptions des goutteux. Il a publié dix observations à l'appui de cette opinion. J'ai moi-même constaté ces rapports.

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