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INTRODUCTION HISTORIQUE

sur les divers genres de gravure usités dans la fabrication

de la toile peinte

La fabrication actuelle de la toile peinte , exige le concours de toute une série cle collaborateurs lesquels doivent être des maîtres dans leur spécialité. C'est la parfaite concordance des divers travaux qui fait de la fabrication de l'indienne un des arts les plus difficiles. Il faut non seulement l'artiste qui fait les dessins, l’ingénieur qui fait l outillage, le chimiste qui prépare les procédés de fabrication et applique les couleurs, mais il faut encore le concours d'un autre collaborateur qui lui aussi est un artiste. C'est le graveur.

La gravure a eu , suivant les époques et les modifications apportées à l industrie de la toile peinte , des phases caractéristiques que nous allons examiner brièvement. Nous indiquerons les inventions et les améliorations de cet art arrivé aujourd’hui à un haut degré de perfection.

Primitivement, on se servait d’un pinceau , on peignait la toile d où est venu le nom de toile peinte. Dans certains pays, on employait le gabarrit ou patron en cuir ou en carton verni découpé, que l’on appliquait sur l' étoffe et pardessus lequel on passait le pinceau. On se servait aussi de petits réservoirs à main, comme du reste les Indiens les emploient encore aujourd'hui pour leurs battiks, puis on employa des planches de bois dans lesquelles le dessin était découpé en creux ; on y versait la couleur qui imbibait le tissu. On employa ensuite la méthode inverse, c’est-à-dire qu'on produisit le dessin en relief sur des planches en bois avec lesquelles

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on enlevait la couleur de dessus une feuille de drap dite châssis pour la reporter sur le tissu. Cette méthode fut le point de départ de la gravure sur bois qui sert encore aujourd'hui pour l'impression à la main et à la perrotine. Vint ensuite le mode de graver le dessin en creux ( à la main) sur des plaques métalliques , ce qui constitua l' impression ci la planche plate ; puis, d'une gravure creuse sur une surface plane métallique, on arriva à la gravure en creux d'une surface cylindrique, ce qui constitue la gravure employée actuellement pour l' impression an rouleau. Vint ensuite la gravure au pantographe et enfin la gravure par la photographie.

Ces méthodes subirent de nombreuses transformations et de plus nombreux perfectionnemen ts que nous allons rapidement passer en revue.

La gravure en creux aussi bien que la gravure en relief étaien t connues des anciens : témoins les inscriptions monumentales, les impressions cunéiformes des Babyloniens et les monnaies antiques. Mais l' empreinte , ou planche gravée, est le premier emploi pratique de la gravure. On ne peut absolument préciser la date ci laquelle elle fut mise en œuvre, nous savons seulement qu'il existe des bois, datant de i3yo-i38o, ainsi le bois bourguignon dit Protat (d'après M. II. Bouchot). J)uis en i//23 , nous trouvons le Saint- Christophe attribué aux Allemands et en i un Saint-Bernard gravé pour Milnet. Ce serait en Occident qu’il faudrait rechercher la véritable origine de la gravure servant à l’impression, car les premiers livres imprimés datent des environs de i jfi. — Dès le XVP siècle, l'art du tailleur sur bois était arrivé à son apogée , mais il redescendit pour ne reprendre une place importante que vers 1 83 2. Aujourd'hui plusieurs méthodes, étrangères les unes aux autres, sont employées pour la gravure clés planches. La plus ancienne, celle connue sous le nom de pointe d’épargne, s'exécutait à l'aide d'une petite lame emmanchée avec laquelle on découpait, en relief, sur bois de fl, les dessins. Vers 1000, parut la gravure en camaïeu q ni s exécutait au moyen de trois planches ; l'une portant le trait, la deuxième les demi-teintes et la troisième les ombres. C'est ce procédé qui fut employé sous Louis XIII pour la confection des toiles peintes à usage de tapisseries. Cette gra-

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vure était encore usitée en 1 7 Jo , mais les couleurs étant à l'huile ou ci l eau, manquaient cle solidité. C'est à partir de cette époque que les graveurs sur bois imaginèrent de planter sur les bois clés lamelles de cuivre façonnées de manière à obtenir des contours fins et ne s engluant pas cle couleur. Ces divers procédés restèrent stationnaires jusqu' en i832 où survint le polytypage <jue l'on obtenait en brûlant [au moyen d'une fine lame métallique chauffée au gaz) des creux , dans un bloc de bois, de fil. Dans ces creux, on versait un alliage composé de bismuth, plomb, étain et antimoine. Les plaques obtenues étaient alors placées côte à côte , suivant le rapport , puis égalisées et formaient ainsi cle très belles planches. Vers i838, vint la gravure stéréotype qui se faisait au moyen de moules en plâtre, mais ce fut surtout le polytypage qui prévalut et qui est encore employé pour les dessins délicats. Après i8fii, on employa les picots, qui furent en grande faveur surtout pour les genres réserve et enlevages, aujourd' hui ceux-ci sont pour ainsi dire abandonnés. Ces sortes cle gravure ont beaucoup perdu depuis la grande vogue de l impression au rouleau. Il y eut encore quelques autres perfectionnements comme le feutrage des planches, la confection cle planches en caoutchouc , etc. ; mais, comme l' impression à la main a considérablement diminué , il n’y a pas eu depuis longtemps de perfectionnement marquant à signaler.

La gravure en creux sur métal imaginée par les graveurs de nielles florentines, s’exécute de diverses manières , principalement au burin et à l eau-forte. C'est ci Jacques Callot que l'on doit d'avoir remplacé le burin par l'eau-forte. Vers le milieu du A l 77e siècle, la gravure en creux fut d'abord employée par un Ecossais nommé Atkin (en i 772 ) qui imprimait d’une façon continue au moyen d'un rouleau gravé en creux. En 1782, on fit connaître une machine dite à planche plate pour (' impression à grands dessins, puis vint la machine à planche plate qui rapportait mécaniquement les dessins. En 1 7 83, Thomas Bell inventa la machine à plusieurs couleurs. Tous ces rouleaux étaient gravés à la main.

La gravure au balancier due à Gingembre et Fiezinger date cle 1 7 ç) 2 et a d'abord été essayée à la Monnaie de Paris.

Ce fut vers 1802 que Lefèvre de Paris imagina la gravure au

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poinçon , puis vint le poinçon molette ( i8o3 ) dû à V américain Périt in. Ce procédé J ut perfectionné par les anglais Faihrmann Heatli et Lockett. La France n adopta ce système (pue vers 181g. Le tour à molleter est dû ci l'anglais White et date de 1808.

Le g uillocha g e sur rouleaux a été imaginé en 1822 par un guillocheur de montres de La Chaux- de-Fonds nommé L. Stramm. Il fut introduit à Wesserling en 1823 par Perlet de Genève. — Ch. Witz-Blech de Cernay fait les premiers chinés en 1825. — Huguenin-Cornetz de Mulhouse construit en 1828, les premières machines à relever les molettes. — C’est de i83f que date l'invention du pantographe clûe à I anglais Dewerill. De nombreuses et sérieuses modifications l'ont amené aujourd’hui à un haut degré de perfection. Les principaux changements ont été introduits par Moulton , Whitham, Righby , Garside, Edmonson, Hummel et Keller-Dorian. Il ne fit son apparition en France que vers i855 où il fut présenté à V Exposition Universelle de Paris de i855 par Taylor Cryps. Huguenin-Cornetz construisait en i835 les premiers rouleaux de laiton. La première machine à couper les fonds date de 18 f 5 et fut faite par Abry ; elle est perfectionnée en 1862 par Huguenin-Cornetz . En 18 3 g Laucher applique le bitume de Judée pour tracer les mil 1er aies sur les molettes. — » Cli. Weiss imagine en i85o le décalque sur molette au moyen du soufre. Déjà en i83o. Schlumblerger Jeune de Thann avait préconisé le bi-iodure de mercure , mais le procédé au soufre remplaça bientôt tous les autres. — Ducommun et Dubied inventent l’appareil à faire les travers à la crémaillère appliqué à la machine à molleter. C'est de i855 que date le Synelcographe de Cellerin. Cet appareil était destiné à rapetisser les dessins. Mercklen et Laucher prennent en 1861 un brevet pour l' application de la galvanoplastie à la gravure sur rouleaux. Ils obtiennent des efets particuliers comme soubassement et comme réserve. — Paul Nicolas invente une machine à couper à plusieurs burins , à laquelle il donne le nom de « Pauline ». — Ileilmann- Ducommun et Steinlen adaptent au tour à molleter une disposition permettant de moleter en diagonale (18/6). A. Keller-Dorian construit en i8g6 un pantographe spécial pour molettes. Rol/fs de Siegburg applique la

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photographie à la fabrication des foulards, en modifiant les procédés de la gillotypie. — Première application du nickelage aux rouleaux par les Anglais en i88f. — A. Keller-Dorian invente , en s 8g i, une machine à fraiser les hachures sur molette. Merck len applique [i 8g5) un retour rapide et automatique aux machines à couper. — Enfin en igoi , Ftollfs de Siegburg , en se servant des pellicules , des écrans , de la lumière solaire , combinés avec la morsure chimique à l’acide , obtient des gravures remarquables.

Sans préjuger de ce que l’avenir réserve aux nouveaux procédés encore embryonnaires, on peut cependant , eu égard aux essais satisfaisants déjà faits, affirmer que de nombreux perfectionnements ne tarderont pas à se produire et que l'art du graveur contribuera pour sa part , à maintenir à sa hauteur , la réputation dune des plus belles industries qui existent , la fabrication de la toile peinte.

Jos. Dépierre.

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