II NOTICE
ses oncles, furent dans leur temps d'éminents jurisconsultes : l'aîné, ancien membre du Corps législatif, s'est fait connaître par ses annotations sur Ricard; le second fut procureur impérial, puis procureur du roi à Issoire.
La famille de M. Bravard le destinait à la carrière du barreau. Son père , médecin à Ariane, qui savait ce que peuvent de fortes études, l'envoya tout jeune à Paris, au collège Louis-le-Grand, où il entra en troisième. Le jeune élève se fit bientôt remarquer par ses succès, qui furent surtout brillants en rhétorique, en discours français et en discours latin. Il fut reçu bachelier èslettres le 24 mai 1819. La même année il commença ses études de droit. L'étudiant en droit fut aussi le collaborateur assidu du Journal du Palais, Un peu plus tard, à la fondation de la Gazelle des Tribunaux, il fut chargé dans ce journal du compte-rendu des audiences de la Chambre civile de la Cour de cassation, et c'est dans ce sanctuaire le plus élevé de la doctrine qu'il puisa ces notions précises de jurisprudence, dont il devait plus tard recueillir les fruits. Cette collaboration ne dura pas moins de six ans.
Ayant obtenu le grade de licencié en droit en 1824, et celui de docteur l'année suivante, il se fit inscrire au barreau de Paris. En 1826, son goût pour l'étude et les brillants succès qu'il avait obtenus dans ses examens le portèrent à laisser les affaires; une autre mission lui était réservée : le professorat s'offrit à son esprit comme une carrière plus noble, plus élevée.
Dès 1827, à peine âgé de 24 ans, il se présente dans la lice pour disputer une suppléance vacante a la Faculté de droit de Paris. L'un des plus jeunes candidats, il n'avait pu être admis à concourir qu'en vertu d'une dispense d'âge. Il n'est pas nommé, mais il a posé les bases d'un
SUR M. BRAVARD-VEYRIÈRES. m
triomphe prochain; il se console facilement d'un échec : sa discussion brillante, son argumentation ferme et précise, ont attiré l'attention : son but est atteint.
La preuve en est dans le couplet suivant d'une chanson qu'il fit pour le banquet donné, après le concours, entre les candidats.
La thèse avait pour sujet la mort civile, ce fut le sujet delà chanson...
Et le latin, ne Toubliais-je pas?
« Je cherche en vain Tamphore de Falcme, « Le latin manque à notre gai repas, « Et je n'y vois que Champagne et sauteme.
c( Ah ! puisqu'il faut boire en français,
« Buvons au souvenir futile
c< De tant d'arguments sans succès,
« Atteints, hélas! de mort civile !... »
Cette mort ne dura pas longtemps. En 1830, un nouveau concours s' étant ouvert à la même Faculté, après les épreuves les plus remarquables, le 12 mai de la même année, M. Bravard lut nommé professeur suppléant. Installé le 29 mai, il fut chargé de remplir, par intérim, la chaire d'histoire du droit, puis une des chaires de Code civil, et il le fit avec beaucoup de succès.
Il professait déjà depuis près de deux ans, lorsqu'un concours pour la chaire de droit commercial, devenue vacante par la démission de M. Pardessus, s'ouvrit à la Faculté de Paris, le 21 novembre 1831.
M. Bravard fut un des candidats, et subit les épreuves de ce concours avec la plus grande distinction.
Les épreuves avaient alors un caractère un peu spécial : chaque candidat, indépendamment de deux thèses à soutenir, l'une sur le droit romain, l'autre sur le droit fran-