Dans un essai De affinitate colorum ( Opera m
edita; 1775), Mayer regarde toutes les couleurs comme provenant de trois couleurs primitives, le rouge, le jaune et le bleu; le blanc est un mélange de rayons dettoutes les couleurs qui se neutralisent , et le noir une simple négation de lumière. ;
D’après cette idée, il suffirait de savoir dans quel rapport nüomérique il faut méler les couleurs pour en former une échelle qui comprendrait toules les teintes imaginables. 11 propose de représenter les degrés d'intensité de chaque couleur par la suite des nombres naturels 1,2, 3... 12, 1 dénotant Ja teinte la plus faible qui puisse affecter notre œil, et 12 le plus haut degré de coloration ou la somme de tous les rayons de la couleur que l’on considère qui entrent dans la composition de la lumière blanche.
Ainsi »'* désigne le rouge plein dans son éclat le plus vifet le pluspur, j'* le: jaune le plus éclatant, et b'* le bleu Je plus éclatant.
Pour représenter une teinte mêlée, il combine les symboles des couleurs constitutives.
Aïnsi r'° j*, ou plutôt 12 » + 4}, représente uu rouge-tirant beaucoup sur l’orangé, comme celui d’un charbon al-
lumé.
510. — L’échelle de Mayer s'applique très bien aux couleurs qu’il nomme parfaites, et qui proviennent de la lumière blanche par soustraction de ses rayons élémentaires d’une ou de plusieurs espèces. Une légère modification dans ce système le rendrait également propre à représenter toutes les nuances possibles, comme nous allons essayer de le démontrer.
Prenons 100 pour l'intensité normale de chaque couleur primitive; ce quisignifie que, pour obtenir une teinte pleine, il faut faire tomber cent rayons primitifs d'égale eficacité sur une feuille de papier blanc ou sur toute autre surface parfaitement neutre (c’est-à-dire également disposée à réfléchir tous les rayons). Nous exprimerons par à R + y J + zB la
couleur produite par l'incidence simultanée, sur la: même surface ; de.x rayons rouges primitifs, de y rayons jaunes du, même. degré d’intensité que le rouge, et de z rayons bleus aussi du même degré d’intensité. Les combinaisons des valeurs attribuées à x, à y et à z, depuis 1 jusqu’à 100, représenteront autant de teintes différentes , dont le nombre sera par conséquent
ce qui est plus que suffisant pour exprimer toutes les nuances que l'œil peut distinguer.
On dit que les Romains imitaient dans leurs mosaïques plus de 50,000 teintes. Comme les couleurs employées par les peintres sont nécessairement beaucoup moins nombreuses que celles que nous offre la nature , en supposant même que le nombre de celles-ci soit dix fois plus grand , elles se trouveront toutes comprises dans notre échelle,
Il ne nous reste plus qu’à examiner jusqu’à quel point les teintes elles-mêmes sont susceptibles d’être exprimées par l'échelle proposée.
Dir. — Considérons d’abord les teintes blanches, grises et neutres. Les teintes neutres les plus parfaites, qui ne sont en réalité que du blanc plus ou moins intense, sont celles des nuages pendant un jour ordinaire où le soleil brille de temps en temps.
Depuis l’ombre la plus épaisse jusqu’à la blancheur éblouissante de ces nuages amoncelés que le soleil éclaire de tous ses feux , nous n’avons qu’une série de teintes blanchätres
ou grises représentées par des symboles tels que REJ+EB,2R+2J+2B, ou n(R+J+B).
Pour s’en convaincre, il suflit de regarder le ciel à travers
un tube noirci à l'intérieur, pour prévenir l'influence que
les objets étrangers pourraient exercer sur notre jugement : une partie quelconque du nuage le plus sombre ; observée de cette manière , et comparée à une ombre plus où moins épaisse projetée sur un papier blanc, n’en semblera différer
aucunement.
512. — Les diverses intensités des teintes pures de rouge, de jaune et de bleu, sont représentées par n R, n J et nB. Elles sont rares dans la nature; cependant le sang, la dorure fraîche ou la gomme-gutte détrempée, et l’outre-mer, en offrent des exemples. L’écarlate et les rouges vifs, comme le minium et le vermillon, ne sont point exempts d’une certaine nuance de jaune et même de bleu. Toutes les couleurs primitives acquierent un éclat beaucoup plus vif quand elles sont mélées de blanc; et même, dès qu’une couleur primitive est excessivement brillante ; l’on peut être sûr qu’elle estplus ou moins combinée avec le blanc. Le bleu céleste n’est que du blanc mêlé avec une quantité de bleu assez médiocre:
513. — Le mélange du rouge et du jaune donne toutes les nuances de l’écarlate, de l’orangé et du brun foncé, quand les'‘intensités sont faibles. Si l’on y ajoute du blanc, on obtient les couleurs citron, paille, argile, et tous les bruns vifs. Toutes les teintes brunes sont d'autant plus sombres et plus foncées que les coefficients sont plus petits.
5r4. — Les bruns sont des teintes essentiellement sombres dont l’effet principal est de contraster avec d’autres couleurs plus brillantes qui se trouvent auprès. Pour faire du brun, le peintre mêle du noir et du jaune ou du noir et du rouge, tels qu'on les trouve dans le commerce, ou il les mélange tous les trois : son but est alors d’éteindre la lumière et de ne laisser apercevoir qu’un reste de couleur. Il y a une espèce de verre brun employé fréquemment dans les vitraux colorés, qui, examiné au prisme, transmet le rouge, l’orangé et le
jaune en abondance, très peu de vert et pas de bleu pur: La
pelite quantité de bleu qu’il laisse passer doit provenir de celui quientre dans la composition du vert,en adoptant le système de Mayer. Le symbole qui caractérise cette espèce de verre est peut-être d’une forme semblable à celle-ci :
10R+9J<+:B, ou (9R+8J)+Lr(R+J+B); c’est-à-dire que sa couleur est formée de rayons orangés représentés par 9 R Æ 8 J et d’un rayon blanc. Il faut avouer cependant que la composition du brun est Fapplication la
moins satisfaisante du système de Mayer, qui l’a même passée sous silence.
515. — Les combinaisons du rouge et du bleu, et leurs mélanges avec le blanc, donnent toutes les variétés de cramqisi, de pourpre, de violet, de rose, etc. Le pourprele plus riche est entièrement exempt de jaune ; le violet du spectre comparé à l’indigo parait sensiblement rouge, et doit par conséquent être regardé comme un mélange de rayons rou- ” ges et de rayons bleus.
516. — Le bleu et le jaune combinés produisent un vert riche et brillant ; si ces couleurs élémentaires sont dans une juste proportion ; on ne saurait distinguer le vert que en résulte d’avec celui du spectre.
Quand on mêle une poudre bleue avec une poudre jaune, ou que l’on couvre un papier de lignes très serrées, alternativement jaunes et bleues, rien ne surprend davantage que de voir les teintes élémentaires disparaître entièrement , sans que l’imagination puisse même se les rappeler. Un des faits les plus concluants en faveur du système des trois couleurs primitives et de la possibilité d’un autre mode de décomposition de la lumière que par le moyen du prise, est l’imitation parfaite du vert prismatique par un mélange de rayons adjacents qui en diffèrent beaucoup, tant par leur réfrangibilité que par leur couleur.