‹ Traité de la lumière, t.1Chapitre 58 sur 171 · OP · texte numérisé non relu

OP

contraction ou l’extension , suivant l'intensité de la lumière, détermine le rétrécissement ou la dilatation d’une ouverture qui en occupe le centre,et que l’on nomme la pupille. Quand la Ilumière est très vive, la pupille de l’œil humain se rétrécit au point de ne pas excéder o . 12 de pouce, tandis qu’une clarté plus faible le dilate jusqu’à o . 25 (1), c'est-à-dire jusqu’au double de l’ouverture précédente. Cette membrane sert évidemment à modérer et à rendre plus uniforme le degré d’éclairement de l’image sur la rétine, pour ménager la sensibilité de ce tissu.

Chez les animaux tels que les chats, qui voient dans l’obscurité , la pupille se ferme presque totalement pendant le jour, et se réduit à une fente très étroite; mais, dans l’œil humain, son ouverture est toujours circulaire. La contraction de la pupille est involontaire, et s'opère par le stimulus de la lumière même. Il est curieux d'observer ces mouvements mécaniques de la pupille en approchant la flamme d'une chandelle pendant que l’œil regarde sa propre image

dans un miroir.

352. — Immédiatement après la pupille, on trouve le cristallin, enfermé dans sa capsule, qui forme la paroi postérieure dela chambre A: sa figure est celle d’un solide de révolution ; et sa face antérieure est beaucoup moins courbe que l’autre. Ces deux surfaces , selon M. Chossat, appartiennent à des ellipsoïdes de révolution autour de leurs petits axes ; mais ses expériences semblent prouver que les axes de ces deux surfaces ne coïnicident pas exactement entre eux ni avec celui de la cornée. Cette déviation nuirait à la netteté de la vision si le cristallin différait considérablement en densité avec les autres lentilles, ou si toute la réfraction s’y faisait ; mais il n’en est pas ainsi, car l'indice de réfraction de

(1) Becons du docteur Young, sur le mécanisme de l'œil. Zransac-

tions philosophiques , vol. xct.

cette lentille ne vaut que 1 . 584 , tandis que celui de l’humeur aqueuse — 1 . 357, comme nous l'avons déjà vu, et que celui de l’Aumeur vitrée C qui occupe la troisième chambre = 1.559 : de manière que la déviation que subit le rayon à la surface du cristallin est très petite en comparaison de l’inclinaison de la surface au point où cette déviation ‘alieu , puisque près du sommet une déviation assez grande dans la direction de l’axe ne peut produire qu’un très léger changement dans l’inclinaison du rayon sur la surface. Ainsi cette cause d’erreur exerce une si faible influence qu’elle ne produit probablement aucune aberration appréciable.

353. — Le cristallin contient de l’albumen et de la gélatine dans une proportion beaucoup plus forte que toutes les autres humeurs de l’œil, à tel point qu’il est entièrement coagulable à la température de l’eau bouillante. Sa densité augmente un peu de la circonférence au centre, suivant le docteur Brewster et le docteur Gordon, les indices dé réfraction au milieu de son épaisseur, du milieu deson épaisseur à sa surface, et à sa surface même, étant respectivement 1.353999, 1. 5786 et 1 . 5767, l’indice de l’eau pure étant 1.5558. Cet accroissement de densité a visiblement pour but de corriger l’aberration en accourcissant le foyer des rayons voisins du centre, conformément aux règles prescrites à l’art. 209 pour reconnaître lesseffets de l’aberration.

Ce serait un beau problème d’analyse que de rechercher l'effet de l’ellipticité des surfaces ; mais Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de l’y faire entrer : cet effet est probablement de corriger l’aberration des pinceaux obliques.

554. — La chambre postérieure C est occupée par l’Aumeurvitrée, qui, selon Chenevix, ne diffère pas sensiblement, ni en pesanteur spécifique ni en composition chimique, de l'humeur aqueuse : son indice de réfraction ne surpasse que

d’une quantité très petite celui de cette dernière humeur, comme nous l'avons déjà dit plus haut.

355. — Le pouvoir réfringent du cristallin surpassant celui de l'humeur aqueuse et de l’humeur vitrée, les rayons qui tombent sur cette partie, en convergeant à partir de la cornée, deviennent encore plus convergents; et justement à leur dernier foyer se trouve la surface postérieure de la chambre qui contient Thumeur vitrée, Cette surface est couverte par la rétine d, qui consiste en un réseau (comme lindique son nom) de nerfs excessivement déliés, et provenant tous d’un seul gros nerf O , nommé nerf'optique , qui entre dans l’œil obliquement du fond de l'orbite, près du nez. La rétine garnit toute la cavité de GC jusqu’à 7, où commence le cristallin. Les nerfs sont en contact avec le pigmentum nigrum, où ils sont plongés. Cette dernière substance est noire et d’une apparence veloutée; elle recouvre la membrane choroïde g, et sert à absorber et à éteindre la lumière qui entre dans l'œil dès qu’elle à produit son effet excitant sur la rétine : elle prévient ainsi toute réflexion interne qui rendrait la vision confuse. Toutes ces humeurs et membranes sont enveloppées d’une tunique dure et épaisse nommée la sclérotique , qui s’unit à la cornée, et forme ce qu'en nomme communement le blanc de l'œil.

356. — Telle est la disposition qui amène sur la rétine le foyer de rayons parallèles ou émanant d’objets très éloignés. Mais comme nous devons voir les objets de près comme de loin, et que le foyer d’une lentille ou d’un système de lenülles est plus long pour des objets rapprochés que pour d’autres plus éloignés, il est évident que l'œil doit être doué d’une force régulatrice qui éloigne la rétine de la cornée et allonge l'œil dans la direction de son axe, ou qui modifié la courbure des lentilles de cet organe de manière à augmenter la convergence des rayons. Nous sommes convaincus de

l'existence de cette force qui s'exerce au gré de notré yolonté et par un effort musculaire qui, long-temps continué, produit la fatigue et ne peut s'exercer que-jusqu’à un certain point. L

Cependant les anatomistes et les physiciens sont partagés d'opinion sur le mécanisme à l’aide duquel s’opère ce changement dans la forme de l'œil : quelques uns prétendent que les muscles, appelés droits, quifont mouvoir l’œil dans son orbite produisent, en se contractant simultanément , une pression sur les fluides intérieurs, et font ressortir la cornée, en augmentant à la fois et sa convexité et sa distance de la rétine.

Cette opinion: a été défendue par le docteur Olbers ; Ramsden et sir E. Home ont même voulu en faire la base d'une théorie de la vision; mais elle a été combattue par le docteur Young, dont les expériences prouvent du moins, d'une manière décisive , que l’accroisséement dela convexité de la cornée a très peu ou point d'influence sur l’accourcissement du foyer.

Il est difficile de concevoir que l'œil, sphérique comme il est et plein de fluides, puisse s’allonger sans danger, par l’effet d’une pression, au point de rendre la vision distincte à trois pouces de l’œil, distance la plus petite à laquelle des yeux ordinaires voient distinctement. Il faudrait, dans ce cas, que le ‘globe de l'œil prit la forme d’un ellipsoïde. dont le grand axe fût plus long d’un septième que dans son état ordinaire + une telle extension semble incompatible avec la force et la dureté de la sclérotique. Une autre opinion a été défendue avec le plus grand succès par l'excellent physicien que nous venons de citer : c’est que le cristallin même est susceptible de changer de forme et de devenir plus convexe quand il s’agit de voir à de petites distances. Ses expériences sur des personnes privées de cette lentille.sont bien près de prouver l'impossibilité du changement de foyer dans ce cas, quoique la contraction de l'iris y obvie, jusqu’à un certain point, en diminuant le diamètre du pinceau, et par consé-

quent l’espace de la rétine sur lequel se répandent les rayons imparfaitement convergents, ce qui remédie un peu à ce défaut de convergence. Si nous considérons maintenant que le cristallin est d’une structure fibreuse régulière, comme on le voit souvent en ouvrant l’œil d’un poisson bouilli; qu'il est composé de couches concentriques comme les écailles d’un oïgnon , et que chaque couche consiste en un tissu de fibres musculaires aboutissant à deux pôles, comme les méridiens d’une sphère dont l’axe serait celui de l’œil même, la structure musculaire du cristallin nous paraîtra suffisamment démontrée; et, quand même elle ne le serait pas, l’hypothèse d’un pouvoir musculaire qui résiderait dans le cristallin, malgré l’absence des nerfs, serait aisément justifiée par l’analogie avec certains animaux transparents chez qui l’on n’aperçoit aucune fibre musculaire, et qui cependant jouissent de la faculté de se mouvoir et d’obéir au stimulus nerveux, quoiqu’ils n'aient pas plus de nerfs que de muscles.

En résumé, il faut convenir que la présomption est en faveur du docteur Young, quoique les causes accessoires dont nous ayons déjà parlé puissent concourir, jusqu’à un certain point, à produire l’effet en question, et que l’on doive regarder le problème comme susceptible d’une solution plus complète. La science peut justement s’enorgueillir d’avoir poussé si loin Pexplication du mécanisme de cet admirable organe , et elle n’a point à rougir si quelque chose échappe encore à ses recherches. Que les anatomistes et les physiologistes disputent sur: quelques points de la structure ou du mode d’action de l'œil, toujours est-il certain que, dans ce que nous en connaissons, il y a une telle analogie avec les produits de l’art, malgré l’infériorité de ceux-ci, une intelligence et une prévoyance si admirables, un emploi si judicieux des propriétés des agents naturels considérés comme de purs instruments, que nous sommes forcés d'y reconnaître un choix délibéré, plus manifeste peut-être que dans tout ce que nous pourrons découvrir jamais, soit dans l’art, soit dans la nature. Nous devons donc regarder l'étude du

phénomène de la vision comme digne du plus hayt jntérèt. Mon

557. — Les images des objets éxtérieurs se peignent naturellement sur la rétine dans une situation renversée , et l’on. peut les y observer en ôtant l'enveloppe postérieure de l'œil d’un animal nouvellement tué, et en exposant la rétine avec la choroïde, qui la recouvre par-derrière, aux rayons incidents, comme l'écran de verre dépoli mentionné à Part. 551. C’est cette image seule qui est sentie par les nerfs de la rétine, stimulée par l’action de la lumière ; et de là les impressions sont transmises au sensorium par les nerfs optiques, d’une manière qui doit être mise au nombre des plus profonds mystères de la physiologie, mais quisemble ne différer aucunement du mode de transmission propre aux autres sens. Ainsi une paralysie du nerf optique produit pendant toute sa durée une cécité complète, quoique l’œil reste ouvert et que les lentilles conservent leur transparence. L'on attribue plusieurs cas très curieux de cécité imparfaite à ce que certains nerfs étaient affectés , tandis que,les autres demeuraïent intacts (1). D’ailleurs, aussi long-temps que les nerfs conservent leur sensibilité , le degré de perfection de la vision est proportionné à celui de l’image sur la rétine. Dans le cas d’une cataracte, le cristallin qui a perdu sa transparence empêche la lumière d’attemdre la rétine ou de l'attendre daps l’état de concentration convenable, ét la lu- Mière estarrétée ou, dispersée par Jes taches opaques ou semiopaques qu’elle rencontre sur son passage ; l'image est alors outout-à-fait nulle ou obscure et confuse, et la cécité qui en résulte plus ou moins complète. Si l’on extrait cette lentille opaque, la perception de la lumière revient entière

ment; mais la cause principale de la convergence étant en-

(2). Wollaston ; sur une semi-décussation des nerfs optiques. Zransactions philosophiques ; 1824.

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