CHAPITRE IV
Des moyens employés pour combattre la maladie de la Vigne.
J*ai exécuté ou j'ai suivi un grand nombre d'expériences ayant pour but de reconnaître Tefficadté des divers moyens proposés pour combattre la maladie de la Vigne.
Avant d'exposer les résultats observés, il est plusieurs questions qui doivent être discutées. La j^emière et la plus importante est celle-ci : La maladie guérit^elle sponUmément? La seconde, qui n'a un intérêt bien réel que pour apprécier sûrement la valeur des essais thérapeutiques, peut s'énoncer ainsi : La maladie s'arrête-i-^lle spontanément dans sa marche , pour reprendre ensuite du développement sous l'inûuence de certaines circonstances?
La maladie guéril-elle spontanément? Cette question en comprend deux bien distinctes. La première et la plus importante est celle-ci : Un vignoble attaqué par la maladie pourrat-il en être guéri spontanément une année subséquente? La seconde a déjà été traitée précédemment et résolue par Taffîrmalive ; la voici : Un Raisin attaqué par la maladie peut-il, si les circonstances le favorisent, arriver à sa maturité sans aucun remède, par conséquent guérir spontanément?
Les observations sont encore bien peu Nombreuses pour qu'on puisse résoudre avec certitude la première question; cependant on possède déjà assez de faits pour qu'il soit profitable de les exposer.
La maladie, comme on le sait, fut remarquée, en France, en 1847, dans les serres où les Frankenthals çt les Chasselas §ont soumis à des cultures forcées. En 1848, elle se montra sur quelques treilles, dans le voisinage de ces cultures ; mais elle ne s'étendit sur les vignobles en plaine que dans l'été de 1849. Plusieurs ceps furent vivement attaqués dans leB Vignes de Surène et de Puteaux. La maladie fut beaucoup moins intense dans ces mêmes Vignes en 1850; mais, en 1851, elle
prit un dëveloppement qu'elle n'avait pas encore atteint. En 1852 , il ne restait plus que quelques ceps malades dans les Vignes basses de Surène et de Puteaùx.
En 1851 , les Vignes qui avoisinaient, à Charonne, les cultures forcées de M. Pommerçt furent très-vivement attaquées par la maladie. Je les ai visitées en 1852, dans un rayon assez étendu ; si tout le mal n'avait pas disparu , il était au moins incontestable qu'il s'était beaucoup amoindri. Des faits analogues très-nombreux ont été constatés par plusieurs observateurs sur les treilles de Paris et de ses environs. Vivement frappées en 1851, elles l'ont été beaucoup moins en 1852, sans qu'aucun traitement ait été mis en usage.
' Oserions-nous conclure, d'après ces faits consolants, que la maladie qui nous a si profondément émus doit bientôt disparaître sans retour? Je crois que ce serait bien prématuré, et j'avoue que, pour mon compte, je conserve les appréhensions les plus vives pour ce qui concerne les vignobles méridionaux. Je reviendrai plus loin sur cette question d'avenir quand nous aurons traité ce qui se rapporte à l'étiologie.
La maladie s'arréte-t-elle spontanément dans sa marche ?
Il faut résoudre cette dernière question avant d'aborder la discussion sur Tinfluence des méthodes thérapeutiques , car il est facile de prévoir combien il faudra être circonspect avant de' croire à l'efficacité de certains moyens curatifs, si une expérience , renouvelée par plusieurs observateurs dans des , circonstances différentes, n'est pas venue confirmer les premiers essais.
Il est incontestable que la maladie de la Vigne peut s'arrêter dans sa marche. Nous avons eu ici, à Paris, trop d exemples de ces temps d'arrêt pour qu'il soit nécessaire d'insister plus longtemps.
Presque toujours ces temps d'arrêt ont suivi une pluie abondante, suivie elle-même d'un abaissement notable dans la température.
Les recrudescences, au contraire, se remarquaient le plus souvent quand le thermomètre montait. Dans le courant de
Tété et de Tautomne 1852, nous avons eu, à Paris, plusieurs temps d'arrêt et de recrudescence manifeste ; mais ^ ce qu'il importe de, savoir, c'est que la maladie peut s'arrêteF sans qu'on ait eu recours à aucun moyen curatif.
Arrivons à Texposition et à Tappréciàtion des principaux moyens qui ont été préconisés pour guérir ou diminuer l'in-* tènsité de la maladie de la Vigne.
Recepage. — C'était une iâée bien simple que celle-ci ; pour guérir le mal, il faut enlever les parties malades. J'ai déjà montré, dans mes précédentes publications, que ce pro^ cédé chirurgical est sans nulle efficacité^ L'observation ultérieure a confirmé ce fait, que les jeunes pousses qui s'élèvent des troncs recepés échappent raremçnt à upe nouvelle invasion, si les circonstances sont favorables. De plus, j'ai insisté, dans mon mémoire sur la dégénérescence des cépages, sur ce point important , que l'opération de receper un cep çst celle qui le prédispose le plus puissamment à dégénérer.
Ainsi, d'après tout ce que j'ai vu, je persiste à condamner le recepage comme moyen curatif ou palliatif de la maladie de la Vigne.
De Vincisiotjb au pied de la souche. — C« moyen, dont les journaux quotidiens ont fait grand bruit, a été mis en pratique, à ma connaissance , par plusieurs observateurs. Dans la collection du Luxembourg, il n'a donné aucun résultat utile, cç Plusieurs essais d'incision du cep que j'ai vu faire n'ont pas réussi, dit M. Tisseraht [loco aVaio). L'opération était-elle mal faite ? y a-t-on procédé trop tard? le moyen estil radicalement mauvais , comme permettent de le supposer les résultats négatifs obtenus ailleurs de son emploi? »
Voici l'appréciation de l'incisioiçi très-bien présentée par M. Louis Leclerc (Rapport, p. 49) :
<< L'intendant d'une grande maison italienne, préjugeant, ainsi qu'on le fait encore en quelques lieux, que la Vigne est malade par surabondance nuisible de la sève, s'est vu logiquement conduit à opérer le patient, comme l'art médical traite la pléthore chez les atiimaux, par d'abondantes saignées. L'ho-
norable M. Guida a clone prescrit une forte incision au pied de la souche, et Tltalie a généralement exécuté Tordonnance avec un tel espoir de succès, qu'il s'est bientôt trouyé quelqu'un pour disputer à l'inventeur le mérite de sa découverte. Au premier cri d'enthousiasme ,- grand nombre de nos praticiens français, moins par conviction peut-être que par une sorte d'aèquit de conscience, ont beaucoup incisé? Je dois dire qu'en France le résultat est nul partout, et, si j'en juge par cesilenoieuxsourirequia seul répondu, dans l'Italie du nord, à mes pressantes questions, il est permis d'affirmer que l'incision n'y a pas mieux réussi; en sorte que l'incision , comme moyen prophylactique, paraît abandonnée décidément. »
Je ferai un timide appel de ce jugement si fortement motivé. Cet appel ne s'appuie que sur un seul fait, et encore estil accompagné de circonstances qui en atténuent la signification. Aussitôt que les journaux eurent fait connaître ce procédé si original de l'incision , plusieurs personnes se mirent à l'œuvre; parmi celles-ci, madame Cabit ne fut pas des dernières. Elle fit ce raisonnement : cette incision est pratiquée pour procurer un large écoulement à la sève ; la saison est trop avancée pour que l'ascension de la sève s'effectue avec quelque abondance. Elle imagina alors, pour ranimer ce mouvement ascensionnel, de labourer la terre au pied des ceps, de les arroser abondamment avec du lait de chaux et de les garnir avec du bon fumier. Sous l'influence de ce traitement complexe, il faut l'avouer, les incisions fournirent du liquide, et ne restèrent pas sèches, comme cela est arrivé dans la plupart des opérations que j'ai suivies. Je constatai moi-môme que les ceps ainsi traités portaient des Raisins beaucoup moins malades que ceux des ceps voisins qui n'avaient point été traités.
Voici un fait que j'emprunte à la correspondance de M. Laure, président de la Société d'agriculture de Toulon, fait qui témoignerait encore en faveur de l'incision pratiquée en bon temps :
« Les incisions pratiquées sur les souches n'ont ici donné
aa€un résultat utile. Si les incisions eussent été pratiquées en avril, ajoute M. Laure, au moment de l'ascetision de la sève, il est possible que le résultat eût été favorable. Le fait suivant semble le prouver.
« M. Agarrad , propriétaire de la commune de la Garde et membre de la commission, a, dans un enclos qu'il possède près de sou habitation, deux Vignes de la variété dite Marseille ou Mayorquain, qui furent, en 1851, complètement assaillies par Y Oïdium, Elles étaient, à la fin de l'été, dans un tel état de dépérissement, qull les croyait perdues, et qu'il n'en prit plus aucun soin. Cependant, en avril 1852, lorsqu'elles donnèrent signe de vie en poussant des bourgeons, il les tailla; la sève se montra aussitôt, et il y en eut une grande déperdition (1 ou 2 litres). Ces deux ceps de Vigne, si malades en 1851, ont été ainsi préservés en 1852, et ont donné de très-beaux et bons Raisins, tandis que quel- .ques Vignes cultivées dans le même enclos et taillées en temps ordinaire ont toutes été attaquées par la maladie. »
Avant de juger en dernier ressort le procédé de l'incision, il convient de l'exécuter en temps convenable. Admettons, pour un instant, qu'il donne de bons résultats, il faudra certainement le modifier; car, répété plusieurs années successives, il compromettrait l'existence du cep. On peut penser que par la taille tardive on arrivera aux mêmes résultats sans autant d'inconvénients ; mais l'essentiel, c'est de répéter le procédé sur une large échelle et dans des circonstances convenables.
Lavage et frietions.-^ Comme moyen curatif et prophylactique, on a proposé de laver ou de frictionner les fruits ou le bois de la Vigne.
On a rapporté quelques exemples de guérison de Raisin que Ton s'était borné à essuyer avec grand soin à la première atteinte du mal. Ce résultat est, sans doute, intéressant à constater; mais, à première vue, on serait porté à croire, qu'il ne saurait constituer un procédé agricole. Gardons-nous de conclure avant une expérience attentive*
Plusieurs commissions tîonsultées sur la maladie de la Vigne, et entre autres celle dont M. Laure a été Tinterprète, ont émis la pensée qu'il serait peut-être utile d'imiter les jardiniers anglais qui à la fin de Thiver ont soin de la^er et àe . brosser lés troncs et les branches de leurs arbres fruitiers avec une eau de chaux. Cette opération détruit non-seulement la Mousse et les autres plantes parasites végétant sur le bois des arbres, mais encore elle les délivre d'une myriade d'insectes microscopiques. Il est très-probable que cette opération, faite sur le tronc des Vignes précédemment attaquées, pourrait anjener une heureuse modification ; mais c'est à l'expérience à prononcer sur ce point, et, il faut le dire, les quelques tentatives exécutées dans celte direction n'ont conduit à aucun résultat utile.
De remploi des agents pulvérulents ou liquides pour prévenir ou pour guérir la maladie de la Vigne,
Je suis loin de me dissimuler l'étendue de la difficulté qu'on prévoit bien, à priori, lorsqu'on réfléchit au problème qu'on a à résoudre lorsqu'on adopte la pensée d'appliquer à la grande culture de la Vigne un agent pulvérulent ou liquide pour prévenir ou pour guérir la maladie.
On rencontre d'abord le découragement et l'apathie si enracinés des vignerons qui les mettent en défiance contre tout ce qui n'est pas dans leurs habitudes, contre tout ce qui leur coûte dé l'argent et qui leur fait exagérer les difficultés des choses nouvelles. On est aussi arrêté par l'étendue de l'opéra- tion qu'on a à exécuter, par la difficulté de se procurer des bras à l'époque des moissons. Certes, tout cela est grave, mais ce n'est pas une raison suffisante pour se croiser les bras et laisser le mal nous frapper sans défense.
Un succès partiel ou très coûteux doit toujours être encou* ragé vivement, car toutes les personnes qui sont entrées dans cet ordre de recherches savent que les premiers résultats les plus imparfaits se perfectionnent ou conduisent à d'autres f ésultats qui peuvent être appliqués à l'avantage de tous.
Efnploi des alcalins. — La preiuière pensée qui a dt se présenter à Fesprit des personnes qui ont étadié les conditions d'eîiâtence et de propagation des mucédinéeis parasites, et qui ont attribué Torigine de la maladie de la Vigne à l'invasion de YOidium Tuckeri, est celle-ci : puisque réxpérience établit que les mucédinées se développent communément en présence de liquides faiblement acides, en couvrant de substances alcalines les surfaces que TOidium recouvre on peut espérer s'opposer à ses développements.
Chaux. — Plusieurs expérimentateurs ont eu recours à des lavages à l'aide du lait de chaux ou ont recouvert les parties affectées de chaux vive.
M. Troccon, de Lyon, a principalemeùt vanté cette méthode de traitement, qui peut être facilement appliquée en projetant la chaux éteinte sur la Vigne mouillée par la rosée. La chaux éteinte est en poudre très-ténue qui, assez légère pour être projetée avec facilité, peut être produite en quantité illimitée et dont le prix est assez bas. M. Troccon a poursuivi sa pensée avec une perse vjérance digne d* éloge.
J*ai eu recours à l'emploi de la chaux vive, pouf prévenir la maladie, ep lotions sur les sarments; je n'ai obtenu aucun résultat utile. En saupoudrant les Raisins atteints avec de la chaux hydratée pulvérulente, on diminue certainement l'intensité du mal, et c'jest un des moyens dont je recommanderai l'étude aux différentes époques de la maladie ; mais les résultats obtenus avec le soufre et le sulfure de calcium, dontje parlerai plus loin , sont plus satisfaisants.
Je dois ajouter, d'âpre M. VictorRendu(/tajppoH, p. 100), qu^ la chaux, après avoir eu un momeiît de vogue, est généralement abandonnée aujourd'hui.
Notre collègue M. Nadault de Buffon a préconisé les cendres. Cette pratique a été imitée par plusieurs jardiniers, mais les succès obtenus n'ont pas été constants.
Soufre et 'préparations sulfureuses. — Si la maladie nous vient d'Angleterre, c'est aussi en Angleterre qu'on a mis tout d'abord en usage, pour la combattre, le soufre et les prépara-
tions sulfureuses, qui, Jusqu'ici, ont été reconnus pour être les moyens les plus efficaces.
C'est à M. Kyle , jardinier de Leyton, qu'on doit les premiers essais du soufre en poudre ; mais celui qui a le plus contribué à propager cette méthode de traitement, c'est M. Gontier, qui a fait une application très-suivie dans ses cultures de Montrouge.
Cette méthode est fort simple. Oti mouille le pampre et les grappes, ou on opère, le matin, sur des ceps humectés par la rosée, puis on projette la fleur dé soufre à l'aide d'un' appareil ingénieusement disposé pour couvrir les Raisins avec le^ moins de soufre possible.
Le succès de cette méthode est incontestable ; j'en- ai eu les exemples les plus nets dans la collection de Vignes du Luxembourg. Toujours^ si des deux ceps appartenant à des variétés fortement atteintes Fun était saupoudré de fleur de soufre et l'autre ne l'était pas, celui qui était saupoudré était inoins malade que celui qui n'avait pas reçu de fleur de soufre. Si sur le même cep un seul Raisin était recouvert de fleur de soufre, il était constamment plus ménagé par la maladie que les ceps qui n'avaient reçu aucun remède. Reconnaissons qu^il faut appliquer la fleur de soufre aussitôt que le mal apparaît et que, pour être assuré dii succès, il est nécessaire d'en répéter l'application.
Nous arrivons à la question ,qui sera regardée comme la plus importante. La fleur de soufre pourrait-elle être employée avantageusement dans la grande culture?
Certes, c'est une affaire bien complexe.. Les masses de soufre qui sont nécessaires pour opérer dans la grande culture n'auront-elles aucune influence sur le cours de la matière première? ,
A l'époque oùj'opération devra être effectuée poùrra-t-on disposer d'assez de bras?
Quoi qu'il en soit, nous donnons ici le résultat d'une expérience telle qu'elle a été exécutée dans le Médoc par un riche
propriétaire de cette contrée et dont les détails ont été transmis à M. Louis Leclerc par un habile viticulteur.
« M a eu beaucoup plus de Vignes malades qu'il
ne Tavait d*abord pensé. J'en ai acquis la triste certitude en parcourant son immense et magnifique vignoble , qui, dépouillé de ses feuilles (15 novembre), laisse voir, sur le bois encore maculé, de nombreuses traces d'Oïdium. On n'a pu pratiquer Tinsufflation sulfureuse que comme essai sur 40 ares au plus.
a Au témoignage du régisseur^ le moyen curatif employé serait peu dispendieux, d'une application facile et décisif. Bien qu'une longue expérience m'ait mis en garde contre ces sortes d'affirmations, j'ai cru reconnaître à première vue que le fait est exact. La presque généralité des pieds de Vigne traités "par le soufre porte un bois sain d'une complète maturité et franc de couleur. En l'examinant de très-près, on retrouve encore sur l'épiderme la trace corrodée des macules d'Oïdium , dont la teinte plombagineuse a fait place à une couleur légèrement jaunâtre comme celle de l'Éponge claire. Quelques ceps cependant, en infiniment petit nombre il est yrai^ apparaissent encore , çà et là , noirs et malades. Avaient-ils été oubliés^ avaient-ils résisté au traitement, ou bien ont-ils été postérieurement envahis? — Je n'en sais rien; mais il est très^positif que, si la Vigne que l'on m'a montrée a été réellement atteinte, le soufre l'a guérie.
« Le procédé consiste, comme vous le savez, à mouiller d'abord le pied de Vigne, dans toutes ses parties, au moyen d'une petite pompe en cuivre de forrae cylindrique, d'un diamètre d'environ 10 centimètres sur 40 de longueur, ayant Teitrémité percée de petits trous comme la pomme d'un arrosoir. L'aspersion avec cet instrument se fait par deux hommes qui passent chacun d'un côté de la rafigée de Vigne. Puis vient un troisième opérateur armé du soufflet ad hoc (1) qui
(1) Ou trouve ces divers appareils chez M. Arnheiter , très-habile fabricant diDStruments de jardinage , place S^t-Germain-des-Prés , à Paris.
produit autour du pied arrosé une atmosphère de fleur de soufre dont la poussière s'abat sur toutes les faces du,végétaL Le Raisin atteint et flétri demeure ce qu'il était, mais le reste progresse et parvient à bonne maturité.
« Quant au prix de Revient, chose si importante à savoir, je ne puis rien vous donner de positif. L'expérience n'a été faite qu'au point de vue du salut de la Vigne, et dans la préoccupation du moment on n'a pas songé aux chiffres.
« Je vais cependant risquer de vous présenter quelques données approximatives.
« On m'a dit que les deuj irrigateurs et le souffleur avaient à eux trois, et à peu près en une demi-heure, opéré sur cent pieds de Vigne. A ces trois hommes il faudrait des coadjuteurs pour le transport et la mise à portée de Feau. Ce sera ensuite un attelage et son conducteur pour le transport de la barrique. Donc voilà cinq hommes, un attelage quelconque et une demi-heure ^e temps pour cent ceps.
a Ici la journée de travail est de neuf heures, à 1 fr. 50 c. , prix moyen. La journée d'attelage se compte 4 francs. La fleur de soufre se vend 50 centimes' le kilogramme , et Thectare contient huit mille quatre cents pieds de Vigne. Alignez tout cela en chiffres et par colonnes, vous aurez, je crois, 138 fr. à l'hectare, en supposant qu'on n'use que 2 kilogrammes de soufre par cent pieds. Je ne compte ni l'intérêt du prix du matériel, ni sa détérioration, ni une foule de petites dépenses accessoires auxquelles on ne croit jamais et qui arrivent toujours. »
Sur le mode d'agir de la fleur de soufre. — Avant de terminer ce que j'ai à dire sur l'emploi de la fleur de soufre, il est une question que je dois aborder, parce qu'elle peut conduire à de nouveaux essais qui pourront simplifier le problème à résoudre.
Comment agit la fleur de soufre? Est-ce comme préparation sulfureuse ou^ bien comme corps poreux retenant, dans ses interstices, quelques traces d'acides sulfureux ou sulfuriqué, ou simplement comme corps pulvérulent inerte.
Abordons de suite cette dernière question» parce qu'elle à déjà été l'objet de quelques expériences.
ta fleur de soufre agit-elle comme une poussière inerte ? — Plusieurs auteurs, dont j'ai dépouillé la correspondance, ont avancé que les poussières inorganiques les plus diverses pouvaient utilement remplacer la fleur de soufre, que la poussière des routes seule avait suffi pour préserver les Raisins qui en étaient recouverts. Je dois dire que ces observations manquent de détails nécessaires pour en assurer la valeur, et que des expériences analogues que j'ai exécutées ne in'ont pas donné de résultats utiles.
La fleur de soufre agit-elle comme corps pulvérulent rete-nant quelques traces d' acides sulfureux ou sulfurique? — J'avoue que la supposition que je viens d'indiquer est celle à laquelle je m'étais, d'abord arrêté. Bien que les résultats de. quelques expériences que j'ai tentées dans cette direction ne m'aient pas complètement satisfait , je suis d'avis que c'est une voie à suivre ; recouvrir les Raisins de poudre de sciure de bois ou de poudre de grès siliceux imprégnée d'eau acidulée, soit avec de l'acide chlorhydrique, soit avec de l'acide sulfurique, soit avec de l'acide sulfureux, voilà des expériences ,qui me semblent devoir être tentées.
La fleur de soufre agit-elle comme composé sulfureux? — En prenant en considération ce qui a lieu dans l'emploi de la fleur de soufre dans la thérapeutique de l'homme^et des animaux, on a dû penser qu'jelle agissait également sur les plantes comme composé sulfureux ; mais il faut reconnaître que les circonstances sont très-diflferentes, et que, dans beaucoup de conditions d'emploi de la fleur de soufre pour guérir les maladies des hommes ou des animaux, elle se trouve en présence d'alcali3 qui favorisent son action et sa dissolution , circonstance qu'on aperçoit moins facilement lorsqu'on l'applique au traitement de la maladie de la Vigne.
Quoi qu'il en soit, c'est en partant de cette pensée qu'on a associé la chaux à la fleur de soufre, et il faut reconnaître que tous les composés qui contiennent du soufre libre ou qui en
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donnent par leur décomposition à l'air sont bôiis. NoUs arrivons naturellement à l'emploi du sulfhydrate de chaux.
Sulfhydrale de chaux. — M. Tuçker, qui a le premier signalé la maladie de la Vigne, a ea aussi le premier la pensée d^emptoyer simultanément du soufre et de la chaux; mais ce procédé n'a été vulgarisé que depuis les expériences de M . Grispn, et employé en grand par M. Turrel.
Voici comment opère M. Grison, jardinier en chef au potager de Versailles î^
Ce procédé, dit.-il, très-économique et très-facile, n*ayant aucun des inconvénients du sdufrage, consiste simplement à mouiller, à l'aide d'une seringue à l'usage des serres, toutes les parties des treilles avec de Teau chargée d'hydrosulfate de chaux.
Pour faire Thydrosulfate dé chaux, on emploie 250 grammes (une 1/2 livre) de fleur de soufre et un volume, égal en grosseur, de chaux fraîchement éteinte ; on fait de ces deux matières une bouillie assez épaisse, on ajoute ensuite 3 litres d'eau, et l'on fait bouillir le tout, dans une marmite en fonte bu eti terre vernie^ pendant dix minutes , en ayant soin de remuer; puis on laisse éclaircir, et on tire à clair cette eau ou hydrosulfate de chaux, qui peut se eonserver plusieurs mois en bouteille.
Lorsqu'on veut s'en servir j on versé 1 litre de celte préparation dans 100 litres d'eau pure, on remue pour mêler, puis on asperge. Avec 100 litres, on peut mouiller 150 mètres superficiels d'espaliers.
U y a une très-grande économie sur la fleur de soufre, qui était un des meilleurs moyens connus jusqu'à ce jour.
En effet) avec 15 centimes de soufre on fait 3 litres d'hy^ drosulfate de chaux ^ ce qui donne ensuite , par le mélange, 300 litres d'eau assez saturée de chaux et de soufre pour détruire le Champignon ; quant à la valeur de la chaiïx, elle coûte si pea de chose , qu'il serait difficile de la faire entrer en compte i
Sous le rapport de l'emploi, ce traitement offre plus de fa-
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cilité quô la saupoudration de la fleur de soufre; seulement il est nécessaire de répéter Topération deux ou trois fois avant la fleuraison, et une seconde fois lorsque le Raisin est noué. Ces deux opérations, ajoute M. Grison, doivent suffire pour détruire le Champignon ; on ne ferait une troisième opération qu'autant^ que TOïdium reparaîtrait , ce qu'il faudra observer attentivement , car il est beaucoup plus facile à détruire à sa naissance.
J'ai suivi un grand nombre d'expériences dans lesquelles on a employé le sulfhydrate de chaux exactement comme Tindique M^ Grisou. Dans la très-grande majorité des cas, j'ai reconnu son incontestable utilité, mais l'objection la plus sérieuse est celle-ci : Teffet de ces aspersions de sulfhydrate de chaux est temporaire. Après un temps d'arrêt, si les conditions deviennent favorables au développement de la maladie, «lie apparaît avec une nouvelle intensité.
•On peut espérer réussir sur des treilles qu'on surveille incessamment^ mais dans un grand vignoble avec un mal dont les progrès sont si rapides !
Sous le rapport de la durée de la préservation, dans tout €0 que j'ai vi|, la fleur de soufre l'a emporté sur le sulfhydrate de chaux. Ce qu'il importe , c'est d'obtenir une préparation sulfureuse adhérant mieux au Raisin que le soufre sublimé ; quelques expériences que j'ai exécutées en précipitant le soufre d un sulfure m'ont donné des résultats qui méritent d'être suivis.
Expérience de M. Turreh — Une grande expérience a été exécutée, dans les environs de Toulon, par M. le docteur Turrel. On a agi sur 10 hectares; les premiers résultats observés donnaient de grandes espérances. Voici» d'après M. L. Leclerc, les résultats de ces essais si méritoires :
« C'est aux premiers jours de juin 1852 que la présence de VOidium Tuckeri fut constatée dans l'arrondissement de Toulon, où il n'avait point encore paru jusque-là. M. le docteur Turrel le reconnut sur ses Vignes le 3 juillet. On ne pouvait s'y méprendre à l'aspect des feuilles, et surtout aux taches
de couleur plombée (Jui couvraient les grappes arrivées à moitié environ de leur volume. La contenance du vignoble est de 10 hectares. L'emploi de Fhydrosulfate de chaux fut immédiatement résolu , et l'opération commença le 6 au soir. Les premières tentatives, furent heureuses. Les feuilles reprirent une belle verdure; les graines, suivant l'expression de M. Turrel, se dépouillèrent de leur lugubre livrée ; on continua les aspersions. Le temps était calme, la température chaude et étouffée (juin et juillet) ; on avait eu des jours de 33 degrés à l'ombre. *
« Deux hommes portaient , à Taide de deux longues perches, une cornue, oii comporte, ou tinette de vendange, contenant 35 litres d' hydrosulfate de chaux ; ils y puisaient à l'aide d'un petit seau de S litres , et passant dé chaque côté des rangées, qui sont doubles presque pjartout, ils trempaient des balais dans le liquide , mouillaient les feuilles par aspersion, et aspergeaient et frottaient les grappes en soulevant les rameaux rampants sur le sol , parce qu'ils ne sont pas échalassés. Les balais de Bruyère d'abord, puis de Roseaux, furent abandonnés pour le Cyprès, qui s'imbibe mieux et n'offense pas la grappe. En deux heures de soirée, deux hommes pratiquaient les aversions sur cinq à six cents ceps; à trois mille par hectare , cela exige donc vingt-quatre heures de travail effectif d'un homme pour traiter 1 hectare de Vigne.
« Dans le pays, la moyenne des heures de travail, par jour, est de sept, à 1 fr. 75 c. Chaque hectare coûté donc, en maind'œuvre, 6 francs. On a employé, pour les 10 hectares, 3 kilogrammes de soufre à 1 franc, et 3 kilogrammes de chaux à 10 centimes, plus 70 centimes de charbon pour faire bouillir l'eau, enfin 1 franc de balais. Ainsi :
Main-d'œuvre. . . . . . . 60fr. »c.
Fleur de soufre 3 » ^
Chaux. . 30
Combustible. ....... 70
Balais 1 »
Total. , . . . "66 ~»
c Soit 6 fr. 30 c. par hectare.
« Les fermiers et leurs femmes ont tait ee trayaS. Les ei^fentsj prenaient part; c'était pour eux an amusement. »
Voici, d'après une eonmiunication de M. Turrel , en date du 18 octobre 1852, les résultats^définkils^e son expérience r
« Dans ma lettre du 26 août, je signalais, ayec regrets, la réapparition de l'Oïdium dans mes vignobles, et j'exprimais la crainte de n'avoir que la moitié à peu près de la récolte ordinaire.
c Cette orainte n'était que trop fondée, car, de toute la commune de la Garde, le quartier où est située ma propriété a été le plus maltraité. Tous mes voisins ont subi dea perte» considérables, et tandis que^ dans la plaine, le déficit ne s^ra que d'un dixième , vers les coteaux il n'ira pas à moins des deux tiers, et quelquefois même des trois quarts.
c Je récolte ordinairement de 32 à 33,000 litres de vin. Cette année, il n'en a été mis en tonneaux que 11,000 litres;, le déficit aura donc été des deux tiers.
« Chez mes voiâns immédiats , la récolte ne représente que le quart du produit des précédentes années.
« J'annonçais, dans ma lettre du 26 août, que mes fermiers, occupés aux aires et découragés par la réapparition du fléau 9 n'avaient plus pratiqué les aspersions avec le sulfhydrate dexhaux. Voulant^ toutefois, avoir par moi-même une certitude à l'endroit de l'efficacité curative du procédé , je fis moi-même , sur une treSUe trè»-malade et avec beaucoup de soins , des lotions qui arrêtèrent encore la malacfie , et permirent aux Raisins de^ variétés Muscat orditiaire et d'Alexandrie, Tibouren et Panse ordinaire de venir à complète matu-> rite. Ainsi j'ai pu cueillir, dans les premiers jours du mois, des grappes de Tibouren , de Panse et de Muscat d'Alexandrie en très-bon état de maturité. Je dois dire, toutefois, qu'à côté des grappes saines il en existe beaucoup entièrement sèches, parce que, après avoir atteint la maturité, elles ont été très-rapidement altérées, ainsi que l'a fait judicieusement remarquer M. Pellicot. D'où suit la nécessité, dans les côn-
âiltons de maladie où nous vivons, de faire la récolte pour la vinification dès que le point de maturité est atteint. »
Svipiydrate de chaux associé au nitrate de potasse, r— M. Blain, au rapport de M. .Tisserant (loco dtato, p. 40^^ a employé, avec succès, le siilfbydrate de chaux associé au nitrate de potasse. « Le faille plus remarquable, dit-il, de guérison de la maladie par les topiques qu'il m'ait été possible de recueillir dans mes recherches sur ce sujet a été obtenu dans la propriété yde M. Blain , maire de Fleury (haut Beaujolais). Les ^sais ont porté sur des treilles en espaliers et en hautains, et sur une portion de Vigne plantée en Gamay et très-fortement atteinte. Le topique employé était la solutioa de sulfure de chaux ^^ditionnée de 125 grammes de ni-r trate de potasse pour chaque dose de sulfure préparée avec 1,000 grammesde chaux caustique et 250 grammes de soufre.
« J'ai trouvé là une confirmation de Topinionque m'avait suggérée Tobservation attentive de plusieurs traitements. Les treilles qui avaient été arri)sées avec soin dès le début étaient presque toutes couvertes de beaux Raisins, tandis que la Vigne, dont on s'était occupé plus tard, lorsque le développement de la maladie était plus avancé , n'était que très-imparfaitement rétablie; toutefois on ne pouvait méconnaître que l'agent curatif avait sauvé beaucoup de Raisins d'une destruction certaine. La différence qiie je signale ici ne peut être attribuée raisonnablement à la diversité des plants soumis à l'expérience, car des hautains et des treilles composés de Ga*mays, mais traités plus tôt ot avec plus de précautions que la Vigae, se trouvaient^dâns un bel état de conservation,
« Dans tous ces cas, les solutions étaient employées ^n aspersions faites à l'aide de la seringue tronquée des Jardiniers. L'application était réitérée lorsqu'elle n'avait point d'abord paru suffisante. Toutes les parties de la plante, mais surtout les feuilles et les Raisins, recevaient ces arrosages. L'opération, à laquelle trois personnes étaient occupées, marchait beaucoup plus vite que beaucoup de gens ne seront tentés de le croire.
« D'autres exemples remarquables de Tefficacité du sulfure de chaux contre la maladie de la Vigne ont été recueillis, à la Guillotière, par MM. Guillot et Luizet. .
« Ces résultats ne sont pas complets, Je l'avoue, et je ne prétends pas que les topiques dont on fait usage aient amené ce qu'on appelle en médecine une cure radicale. Mais ce qui me paraît démontré, c'est qu'une cause puissante, immédiate a été écartée, et que des Rai$ins voués à une destruction inévitable ont pu continuer à se développer et mûrir. »
Sulfures alcalins. — Des expériences ont été exécutées» par divers observateurs , avec les divers sulfures alcalins en dissolution étendue ou avec leur mélange avec le sulfure de calcium ou différentes autres substannes salines.
Le quintisulfure de potasse du commerce ^ connu sous le nom de foie de soufre liquide des pharmacies , étendu de cent fois son volume d'eau, a été surtout employé avec ôuct ces, par divers observateurs, dans les mêmes conditions et de la même manière que la dissolution sulfureuse à base de chaux. J'ai vu des succès partiels assez nets pour f^ire croire à une efficacité supérieure ; mais il faut être très-réservé , et prendre toujours en considération la coïncidence de guérisons spontanées qui furent si nombreuses en 18S1.
Le sulfure de soudé peut être obtenu à moins de frais qjie le sulfure de potasse, et plusieurs expériences que j'ai vu exécuter m'ont montré que son action était tout à fait comparable.
Résidus de la fabrication de$ soudes brutes, — M. Payen, dans les discussions dé la Société centrale d'agriculture et dans son excellent ouvrage sur la maladie des Pommes de terre, des Betteraves, des Blés et des Vignes, a insisté sur l'emploi des résidus de la fabrication dés soudes brutes. On trouve d'énormes amas de ces résidus sans valeur près de Rouen, de Paris, de IHeuze, de Saint-Gobain, de Marseille.
« Ne pourrait-on pas joindre, ajoute M. Payen, au mouillage par le sulfure de calcium la dissémination à la main d'une poussière qui, avec l'eau simple, a déjà donné de bons résul-
tats, et qui semble, comme le soufre pulvérulent, mieux persister dans son action que les liquides seuls? On pourrait pulvériser ces résidus (oxysulfure de sodium) qI les rppandre en proportion plus grande que la fleur de soufre; la dissémination pourrit être faite en jetant la poudre au vent A l'aide 4'une pelle à main. L'opération serait, sans doute, réalisée ainsi très-économiquement, »
On a associé les sulfures alcalins à plusieurs autres corps. Parmi ces essais, je dois citer, d'après une note remise par Ikutéur, celui qu'a mis en usage, avec succès, le docteur Troncin dans son beau vignoble de Saint-Fargeau (Seine-et-Marne) (1).
<( Composition du liquide du docteur Tronctn, —II estcon> posé 1^ d'un sulfure de chaux liquide ; 2* foie de soufre (trisulfure de potassium et de sulfate de potasse) ; 3** une eau fortement saturée de chlore ou, à défaut, de chlorure de chaux.
Le sulfure de chaux se fait en mettant, dans une chaudière contenant 15 litres d'eau, 500 grammes de soufre sublimé non lavé, et 1 , 000 grammes de chaux éteinte sèche ou 1 , 500 grammes'de chaux humide.
On fait bouillir le tout pendant une heure, en ayant soin d'agiter constamment avec un bâton; on laisse déposer une heure, et on tire à clair.
(1) Note sur le vignoble situé à Saint-Fargeau (jSeine-etrMarae). — Co vignoble remonte , conoime origipe^ au xP siècle. Depuis cette époque jusqu'à la révolution de 1789 , il a été la propriété d'un ordre religieux dit les Auguslins du faubourg Saint-Germain , qui pendant ce long espace de temps , sept siècles , parvinrent à le constituer tel qu'il existe aujourd'hui, d'une contenance de 17 hectares. Sa situation est la suivante : il représente une côte descendant jusqu'au bord de la Seine , abritée du vent du nord et recevant le soleil du levant et du midi. Son sol, généralement caillouteux , recouvrant un fond de meulière, est assez riche en terre comme épaisseur : une moitié se trouve être une terre forte et glaiseuse ; l'autre est plus sablonneuse et plus légère , ce qui cause de grandes différences dans le mode et dans la facilité de culture. Les plants de Vigne sont empruntés à la Bourgogne ; le gros Bourguignon noir , le Mélier gris, le Teinturier, le Camay sont les principaux plants qui peuplent ce vignoble, qui est un nouvel exemple du tact parfait qu'avaient les ordres religieux pour choisir l'emplacement d'un vignoble et pour le diriger. Le vin récolté se rapproche des petits vins de Bourgogne.
M. TroDcin appelle ce composé liqueur n" 1 .
Liqueur n^ 2. — On prendra 200 grammes de foie de solifre qu'on mettra dans 5 litres d'eau ; on agitera avec un bâton doucement sans faire chauffer; en quelques minutes le mélange sera fait.
Liqueur tt° 3. — Ce liquide n'est autre chose qu'une eau fortement saturée de chlore qu^on obtient en mettant, sur 30 grammes de chlorate de potasse, 90 grammes d'acide chlorhyckique. - ' ^,
L'opération pour obtenir Teau saturée de chlore étant, pour beaucoup de personnes, dune' difficile exécution, l'eau saturée de chlore sera remplacée par 200 grammes de chlorure de chaux qu'on mélai\gera dans 5 litres d'eau.
Pour une Vigne peu malade, on mettra,^ dans un seau qui contiendra 12 litres d'eau, un cinquième de litre de la liqueur n** 1, un douzième de litre de la liqueur n^ 2, un dquzième de litre de la liqueur n** 3; à défaut, un douzième de litre du mélange de chlorure de chaux inélangé dans l'eau. On agitera pendant une demi-minute avec un bâton, puis on s*en servira immédiatement au moyen d'une pompe-séringue à jet continu. Le chlorure de chaux ne doit être mis qu'au moment de s'en servir.
Les doses ci-dessus seront augmentées pour les Vignes plus malades. Pour les opérations en grand, je conseille d'employer la pompe de M. Gauthier , horticulteur breveté, et fabriquée par M. Leclerc, boulevard Poissonnière, n° 9, Paris.
Au moyen de cette pompe, deux hommes peuvent facilement traiter i heclare^de Vigne par jour, et employer, pour cela, 2,500 litres d'eau.
Comme je l'ai dit plus haut, la dépense est des plus minimes. Pour 1 hectare, il faudra deux journées d'homme et une journée de cheval, et environ 20 francs de produits chimiques. »
he protosulfate de fer on vitriol verta é té employé par M. Vezu./Voici en quels termes M. Tisserant rend; compte de cette expérience. « On n'a pas oublié, dit-il, la louable persistance
que notre savant confrère M. Vezu a mise dans Tessai du sulfate de fer dissous dans les proportions de^ kilogramme sur 30 à 35 litres d'eau. Il a bien voulu me faire juge de quelques-uns dés effets qu'il en a obtenus. Je n'ai pas toujours été d'accord avec lui sur le résultat final de ses expériences, mais il m'a paru qu'il était impossible de nier Feffic^cité de sa,gpréparation pour la destruction de l'Oïdium, de nier qu'il eût, par son emploi en temps opportun, préservé d'une des^truction inévitable des Raisins évidemment attaqués de la maladie, au milieu de propriétés entièrement ravagées par le fléau. »
M. de Vergnette Lamotte (BwZtom de la Société d'aj^iculture^ août 1853) a cherché à préciser le mode d'action des préparations sulfureuses ;. voici comme il s'exprime :
« J'ai fait, dit-il, trois expériences dans le but de reconijaltre si les émanations sulfurées pouvaient, à la température ordinaire, seules et sans le contact des sulfures avec le tjissu malade, agir siir TOïdium.
« Voici comment et avec quelles substances j'ai opéré :
M J'ai placé quelques grains de Raisin et des fragments de feuilles ay centre d'un disque de verre à l'enlour duquel étaient déposées les substances dont je voulais connaître Tactiôn. Le tout a été recouvert d'une cloche de manière à préserver de la poussière les corps soumis à l'essai.
« tes substances avec lesquelles j'ai e^^périmenté sont
« 1** La fleur de soufre ,
« .2° La liqueur Grison ;
« 3° Up sulfure sec de calcium préparé comme il suit ;
« J'ai calciné au rouge et en vase clos un mélange de 85 parties de plâtre cuit et de 15 parties de charbon de bois en poudre. Le sulfure obtenu est énergitftie, d'un emploi facile et d'un prix de revient peu élevé.
« Pour obtenir des résultats comparatifs, j'ai placé aussi sous une cloche quelques grains de Raisin dans des conditions analogues de température; seulement ils n'étaient point soumis aux émanations des substances sulfureuses, ^
« La température du laboratoire dans leque\ j'ai fait ua essai était de 22"" centigrades.
ce Au bout de onze heores, nous avons examiné les grains et les feuilles. Les tigelles de TOïdium, non plus que le My-* célium, n'avaient subi aucune altération.
<K A la seconde vérification dés grains, la température était de 23"*; l'expérience avait duré vingt-neuf heures. Les tigelles de rOïdium éfaient aussi pleines de vie sur les grains exposés aux émanations que sur ceux qui ne les recevaient point.
a Dans un troisième examen, fait après trenteet une heures, des portions de végétaux soumis à mes essais , nous avons observé les faits suivants : la température était de 25* centigrades; sur les grains exposés à Vaction dé la fleur de soufre il y avait un commencement de dessiccation . Toutes les spores restaient intactes; beaucoup de tigellules fructifères étaient pleines de vie , d'autres étaient atrophiées et couchées. De très-fines arborisations d'une forme particulière s'étaient produites sur quelques spores, mais plus particulièrement sur les tigelles à la séparation des cloisons. Sur la feuille lé Mycélium était complètement atrophié. Les grains exposés aux émanations des autres substances se sont trouvés, au bout de trenteet une heures, dans des conditions presque pareilks.
« Mais comme il en a été de même des grains^t parcelles de feuilles qui avaient été mis à Tabri des émanations sulfureuses, toutes les autres conditions égales d'ailleurs, nous en conclurons que, à la température de 25'' centigrades, les émanations de soufre et de celles de ses combinaisons que nous avons essayées sont sans action sur TOïdium,
a Je vais au-devant d'une objection qui se présente tout de suite à l'esprit. J'ai opéré sur des grains,'Sur des feuilles détachés de leur tige, et dès lors il est possible que les émanations, qui, dans ce cas, sont restées sans effet, eussent agi si la plante eût vécu et si elles fussent arrivées à l'Oïdium par la circulation de la sève. S'il en est ainsi, ne pourrait-on pas en conclure que l'Oïdium n'est pas la cause du mal, mais une conséquence d'une maladie interne de la Vigne ?
^ Si M. Bei^mapn a réussi à tuer rOidium dans les serres avec l'emploi de la fleui* de soufre qu'il répandait sur le thermosiphon, peut-être est-ce parce que le remède a pénétré par la ciroulation végétale. H resterait, pour éclairci'r ce point, à savoir si> à la température du thermosiphon et sur des grains détachés de la tige, les émanations du soufre ont une action destructive sur le cryptogame.
« J'ai, dans une seconde série d'expériences, mis un côté d'un grain en contact avec, le soufre et les mêmes substances sulfurées que précédemment; avec un peu de soin, l'autre côté restait intact.
« jliîrton, par contaciy du soufre et des substances sulfurées sur les grains et les feuilles atteints de V Oïdium, — Avec la fleur de soufrCf l'altération des tigelles a été complète pour toutes les parties qui ont subi son contact ; les spores seules ont conservé leur forme et ne paraissent pas détruites. Sur le côté qui n'a point reçu de soufre, les tigellules comme les spores sont pleines de vie.
«t Avec la liqueur Grison, les eflets sont analogues.
« Avec le sulfure sec de calcium, l'Oïdium a disparu sur toute la surface des grains. Cette substance présenterait donc un plus grand degréd' énergie que le soufre et l'eau Grison (1).
<< J'ai dit plus haut que sur les tigelles des grains soumis aux émanations sulfureuses j'avais, au bout de trente et une heures, remarqué de fines arborisations difficilement observables avec un grossissement de 90 diamètres.
« Préparées sous l'huile et examinées à un grossissejment de 350 diamètres, elles présentent les dimensions prod^iites. Les tiges ont en moyenne jj^ de longueur sur ^^ de millimètre de largeur, Qn remarque, dans Tintérieur de cette tige, des corps ovoïdes longs de yf^ sur une largeur de jjô de millimètre.
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(1) C'est, du reste, ce que f ai troavé ailleurs en essayant Taciion compa* ratiye de ces trois substances sur des préparations de vibrions du Blé faites sous Feau. Ces animalcules microscopiques périssaient plus rapidement sous Taçtion de ce sulfure que si Ton employait le soufre ou le liquide Grison.
« Cette arborisation serait-^lle une nouvelle végétation parasite, qui serait, elle à son tour, destructive de l'Oïdium, comme TOidium l'a été du Raisin ?
«Les diverses parties de cette arborisation polarisent la luipière comme le font, d'ailleurs, tous les organesde TOidium.
(K J'ai voulu soumettre à lexamen microscopique le parenchyme du grain atteint par la maladie. Ces ^ains étaient déjà en partie desséchés lorsque j'ai opéré. Dans cet état, les cellules présentaient une granulation d'un jaune verdAtre parsemée de corpuscules d'un gris noir irrégulièrement disposés sur la tranche soumise à l'essai.
^« J'ai, en dernier lieu, préparé sous Teau et examiné à un grossissement de 475 diamètres^ la partie molle de Tamande du pépin; la seule particularité qui m'ait frappé est que la plaque de verre était, tout à Tentour de la tranche soumise à l'essai, complètement couverte d'un duvet très-abondant composé de petites aiguilles longues de ^ à ^ de millimètre, ayant à leur base jjj de millimètre de large e une pointe d'une finesse extrême.
^( Ces corpuscules polarisent fortement la lumière.
^ Dans tout le cours de ces expériences, je n'ai trouvé ni acaress, pi débris d'insectes, ni rien enfin qui pût me permettre d'attribuer à l'action d'animalcules microscojpiques la maladie de la Yigne. »
Pour être historien exact ; il faut exposer les résultats d'expériences collectives exécutées par divers observateurs.
Voici en quels termes M. Vergnelte Lamotte rend-compte (Bulletin de la Société centrale d'agr%cuUur$) des expériences qu'il à exécutées :
« Dès que l'Oïdium ^ eu envahi nos Chasselas, nous avons essayé les lavages à Jteau de chaux;la chaux et le soufre en^pou • dre, les lotions de sulfure de calcium et de sulfate de fer, etc.
-« Voici quels ont été les résultats de l'emploi de ces moyens :
« Veau de chaux n'a rien prévenu, rien guéri.
« La chaux on poudre, projetée sur des Raisins sains, immédiatement après la floraison, a plusieurs fois réussi à pré-
server les treilles soumises à ce traitement. Pour en augmenter l'action, nous avons, en 1852, employé une poussière de chaux que j'avais fait éteindre avec une dissolution de sulfure de calcium préparée d'après le procédé Grison. Ap-» pliquée sur des Raisins en plomb et avant l'invasion de l'Oïdium, elle les en a préservés. On nous a objecté, dans ces deux cas, que. peut-être nos treilles n'eussent pas été envahies.
« L'emploi de la fleur de soufre a réussi. Le procédé Grisou a donné d'excellents résultats 5 mais souvent, pour guérir nos treilles , avons-nous dû recourir à six ou sept arrosages'.
« Il en a été de même avec les dissolutions de sulfate de fer et tes solutions acidulées au moyen de Yaùide sulfurique,
« Les dissolutions de chlorure de sodium m'ont toujours semblé plutôt aggraver que diminuer le mal. »
M . Camille Cambon a exécuté, dans THérault, de nombreuses expériences dont les résultats ont été négatifs, mais qu'il sera opportun de rapporter ici, parce qu'elles résument assez bien des essais entrepris sôus les points de vue lès plus divers.
« En janvier 1852, dit-il, j'ai coupé d'abord- deux sou- « ches rez terre , puis deux autres plus profondément,, au- « dessous du sol ; la maladie a attaqué leurs rejets comme « les autres Vignes.
« Des ceps ont été taillés court , de manière à n'y labsoF « qu'un seul bourgeon; d'autres ont été taillés Jong; on à leur avait laissé plusieurs bourgeons : les uns et les autres a ont été malades.
c< -^Plusieurs Vignes ont été. déchaussées pour mettre les» a racines à nu. ^
« Insuccès complet : la maladie les a frappées comme « celles qui n'ont pas été déchaussées.
<c J'ai fumé un certain nombre de souches avec 1** du « crottin de bêtes à laine, employé pur sur quelques ceps, « délayé dans l'eau sur quelques autres; 2** de la colombine, « appliquée pure et appliquée délayée ; 3* du fumier de» K basse-cour; ft.** des cendres de four à chaux.
a Toutes ces Vignes ainsi traitées ont eu la maladie.
a J'en ai arrosé d'autres V avec du pl&tre délayé dans a Teau ; 2"* avec une dissolution de potasse ; 3® avec un lait a de chaux récemment éteinte; 4** avec un lait fait avec de « la chaux éteinte depuis longtemps.
a Elle» ont été atteintes comme les autres Yignes.
« J'ai saupoudré plusieurs souches avec de la chaux, du « plâtre , des cendres de bois ; la maladie ne les a pas épar* a gnées.
a N'ayant obtenu aucun résultat de tous ces procédés » et « vers la fin de juin n'ayant remarqué aucune amélioration « dans la maladie qui s'est manifestée également et a suivi « la même marche que sur les souches infectées et npn « soiunises à un traitement, j'eus alors recours à de nonce veaux essais.
a J'ai fait usage de lotions préparées avec des décoctions « de sureau, de thym, de sauge, de feuilles de laurier, de « romarin , de tabac, de staphisaigre; j'ai employé égale- « ment les lavages avec du vinaigre et de Fhuile de cade, «( mélangés et battus avec de Teau, à différentes doses : aua cun de ces moyens n'a réussi.
« Je ne me suis pas tenu pour battu. Renonçant à ces « procédés inefficaces,, j'ai voulu agir plus énergiquement* a Dans ce but, malgré Tétat avancé de la saison, j'ai retaillé « des souches à un ou plusieurs bourgeons; j'ai enlevé siu* « plusieurs Vignes toutes les branches, de manière à avoir « de nouvelles pousses ; f ai fait écorcfer, c'est-à-dire enlever « toute la pellicule superiScielle pour arriver jusqu'au bois.
« J'ai dépouillé quelques Vignes de leurs feuilles et de « leurs Raisins. » (Aux environs de Toulon, M. Pellicot a pra- ^ tiqué avec succès l'épamprementpar les plus fortes chaleurs, et s'en est bien trouvé.) « Sur certaines souches, jç me suis <« contenté d'enlever les feuilles ; sur d'autres encore, j'ai fait c( retrancher l'extrémité supérieure des sarments : moyens <( inutiles, la maladie s'est emparée de toutes ces Vignes, <( exactement comme elle avait atteint les autres Vignes aban*
«( données 9 sans traitement, à leur propre végétation.
a C'est alors, continue M. Cambon, que j'essayai Fema ploi du soufre sous forme de fumigations , de lotions ou « de simples aspersions : ce procédé ne m'a pas plus réussi y> cpe les autres.
< « Enfin , de guerre lasse , je fis comme tant d'autres , je « cherchai le salut de mes Vignes dans Tincision ; je prati^ « quai des scarifications à la souche , j'en fis au-dessus et « au-dessous des bourgeons ; mais je ne fus pas plus heu- <( reux : j'ai le regret d'affirmer qu'aucun de ces procédés « n'a amené le moindre résultat satisfaisant. r>
On voit, d'après les faits rapportés par M.tlambon , que jusqu'ici aucune substance employée comme engrais ou amendement n'a modifié favorablement l'état des cépages pour leur permettre d'offrir une résistance plus grande à l'invasion de la maladie.
Je crois, cependant, que c'est une direction dans laquelle les observateurs n'ont pas fait assez d'efforts. Les expériences de M. Persoz ont bien établi qu'on pouvait puissamment modifier les aptitudes de la Vigne par un choix approprié d'amendements ou d'engrais; peut-être arrivera-t-on ainsi à créer des circonstances favorables pour augmenter les aptitudes de résistance de quelques-uns des cépages.
Il serait bon d'exécuter dans cette direction les expériences les plus variées, car, dans ma pensée, choisir les variétés résistantes, les tailler et les cultiver le mieux possible pour augmenter leur résistance , voilà la voie de salut, si la maladie ne disparaît pas spontanément.