‹ Traité de la maladi e de la vigneChapitre 22 sur 22 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Résumé sur Vétat, les progrès de la maladie de la Vigne et r exposition des moyens reconnus efficaces pour la prévenir ou pour la combattre.

Depuis 1845, époque à laquelle la maladie dô la Vigne a été bien caractérisée par M. Berkeley, il est certain nonseulement qu'elle n'a pas disparu, mais que, chaque année, elle a gagtié du terrain.

Bien que l'observation ait montré que, dans certaines circonstances, la maladie ait pu sévir vivement sur des ceps une année et disparaître complètement ou presque complètement Tannée suivante, il est plus généralement conforme à l'observation qu'elle est resiée, avec plus ou moins d'intensité, sur les ceps où elle a sévi ; j'ai des exemples très-nets de deux, trois, quatre et même cinq invasions successives.

n est donc de la plus grande importance de rechercher les moyens d'atténuer la puissance d'un fléau qui menace d'atteindre une des branches les plus profitables de notre industrie agricole.

Bien des expériences ont été exécutées, des observations nombreuses ont pu être recueillies dans des conditions trèsdiverses; en interrogeant ces faits, je suis convaincu qu'on est beaucoup plus près d'une solution heureuse qu'on ne le croit généralement.

Les personnes étrangères aux observations pensent que toutes les questions qui se rattachent à la maladie de la Vigne ne peuvent être décidées que par des expériences instituées ad hoc. Dans ma pensée, on doit arriver à des résultats plus sûrs et surtout plus immédiats , en observant les conditions si variées de Tinvasion du mal sur presque tous les vignobles de l'Europe. C'est précisément la voie que j'ai suivie, et dans ce résumé rapide je vais exposer les résultats pratiques auxquels je suis arrivé.

Deux voies différentes paraissent devoir conduire au but : la première, c'est de trouver des procédés de culture qui placent les cépages dans des conditions telles qu'ils puissent résister à rinvasion du mal; la seconde, c'est de découvrir un remède efficace, peu coûteux et d'un emploi facile. Il faut bien le reconnaître, c'est ce dernier problème, dont on s'est le plus préoccupé, qui, à priori, semblait le plus facilement abordable. Chaque jour nous apporte le tribut d'efforts plus ou moins heureux tentés dans cette direction.

Reconnaissons, en fait, une expérience répétée en divers lieux dans des conditions différentes, c'est que la fleur de soufre, le sulfure alcalin, le sulfure de chaux en dissolution convenablement étendu, et d'autres dissolutions dont j'ai reproduit la composition, peuvent arrêter efficacement les progrès du mal ; mais reconnaissons aussi que l'on obtient un effet local, temporaire; que le mal présent peut disparaître,, mais que le cep et même le Raisin ne sont pas à l'abri d'une invasion nouvelle, qui peut n'exiger que quelques jours pour sa manifestation, si les circonstances sont favorables.

Est-ce à dire, pour cela, que je veuille condamner l'emploi de ces remèdes? Pas le moins du monde. Je suis convaincu qu'on peut en faire des applications les plus heureuses en agissant promptement quand le mal est borné dans une locahté; mais il ne faut pas non plus s'exagérer l'importance de ces moyens, très-difficilement applicables aux grandes cultures envahies dans une grande étendue.

Selon moi, c'est dans une autre direction qu'il faut chercher le remède véritable au mal.

Sans notre concours il s'est exécuté de grandes et concluantes expériences dont il faut savoir démêler les résultats.

Nous possédons en France les cépages les plus divers. La Vigne est soumise, chez nous, aux procédés de culture les plus variés. La maladie s'est-elle également fait sentir dans ces condilions différentes ? Cinq années d'expériences et d'observation peuvent nous fournir de précieuses lumières, et.

il faut le dire, nous possédons assez de faits pour que nous puissions en déduire la loi générale de préservation que nous formulons ainsi.

« Toutes choses égales d'ailleurs, la Vigne a plus de chance d'être épargnée de la maladie quand sa tige s'éloigne moins de la terre. »

Exposons les trois faits agricoles, dans l'ordre de leur importance, qui, sous le point de vue pratique, donnent une grande valeur à la loi précédente.

I. Les vieilles Vignes renouvelées par le provignage, dont les innombrables sarments rampent sous la terre, sont, toutes choses égales d'ailleurSj beaucoup moins exposées à conlractet* la maladie que les Vignes à tige aérienne. Le provignage est donc le premier moyen de diminuer les chances de la maladie.

Dans l'état actuel de nos connaissances sur la maladie de la Vigne, il faut bien se garder d'arracher les vieilles Vignes renouvelées par le provignage , quand bien même elles paraîtraient ruinées, car ce sont précisément ces Vignes que la maladie a le moins attaquées ; les plantes même provignées sont plus exposées qu'elles.

IL Les Vignes à ceps peu élevés, rognés le plus près possible des Raisins et , conséquemment , les plus rapprochés de la terre, sont, toutes choses égales, incomparablement moins attaquées que les Vignes à sarments élevés et non rognés; — d'où les deux préceptes, pour augmenter l'aptitude de résistance : a, tailler la Vigne le plus bas possible ; 6, rogner les sarments aussitôt que les grains sont bien formés, ou dès que la première invasion du mal apparaît.

IIL Les branches qui ne sont pas rognées, soit parce qu elles sont réservées pour faire des provins, soit pour tout autre motif, doivent être couchées sur la terre aux premiers indices du mal.

Ajoutons que beaucoup de faits donnent de la valeur à l'opinion qui considère la taille tardive comme diminuant les fâcheuses aptitudes des cépages à prendre la maladie , et

que les Vignes à ceps rapprochés sont moins atteintes que les Vignes à ceps espacés.

Terminons en insistant sur deux préceptes qui découlent des recherches principales exposées dans ce mémoire : 1** supprimer le plus possible les variétés les plus susceptibles d'être gagnées par la maladie ; 2** propager , par greffe et par provignage, les bonnes variétés que l'observation nous a appris être les plus résistantes. C'est dans l'observation at* tentive de ces variétés résistantes , c'est en perfectionnant les études que j'ai commencées sur les aptitudes des différents cépages, qu'on arrivera à un succès certain.

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