‹ Traité de la maladi e de la vigneChapitre 3 sur 22 · DES SYMPÎOMES DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

DES SYMPÎOMES DE LA MALADIE

c Les symptômes delà maladie de la Vigne ont été décrits par plusieurs observateurs distingués, parmi lescfuels oa doit citer r en première ligne, le révérend D' M. Berkeley et M. Montagne; moi-même, dans mes précédentes publications sur la maladie de la Vigne, je me suis a ttaché à décrire ces symptômesv^ M. Hugo Mol] , dans deux articles qui ont été traduits par M. Montagne, en a dontié une très-bonne description»; enfin M. Louis Leclerc, dans soft rapport sur les- Vignes malades, en a tracé une peinture aussi- exacte qu'élégante.

Racines. — Les racines des Vignes atteintes par la maladie ne sont point primitivement affectées; malgré les recherches les plus attentives sur plusieurs ceps malades, je n'ai pu constater sur les racines aucune trace première d'allération.

Je suis loki de prétendre que, par les- progrès et la continuité du mal, les racines ne puissent étrr secondairementaffectées ; mais ces cas^ jusqu'ici, sont extrêmement rares. Au rapport de M. Louis Leclerc,. M. A. Joubert a vu des souches compromises dans sa propriété d'Enghien. En Italie, on croit avoir trouvé des racines altérées. J'ai vu des souches provenant des Vignes les pkis attaquées du département de l'Hérault ; les racines avaient des signes manifestes d'altération ; mais toujours la maladie des racines, dans tout ce que j'ai vu et dans tout ce qui m'a été rapporté, est postérieure à l'altération des parties vertes des jeunes pousses et des feuilles.

Boi», — Le vietujû boù n'offre habituellement aucune tracé d'altération.- J* avais cru même conclure de' mes premières recherches qu'il était complètement à l'état normal; mais un examen plus attentif et des dissections plus nombreuses et plus minutieuses m'ont prouvé que, lorsque le Système végé-

talif supérieur des ceps (feuilles et pousses de Tannée) est fortement attaqué, les couches de nouvelle formation qui composent le vieux bois ont incomparablement moins de développement que sur des ceps sains. Cet effet, que je pourrais appeler physiologique, n'est pas le seul; la mortification des cellules extérieures peut s'étendre et gagner le vieux bois. Ces exemples, on doit le reconnaître, sont rares; je ne lôs avais pas vus se produire à Paris, mais j'ai examinédes souches provenant de Saint-Félix-de-Lodès, près de Clermont (Hérault), dont le vieux bois portait des signes manifestes d'altération profonde.

La moelle centrale m'a paru évidemment moins dense, moins dé>[eloppée, moins gorgée de sucs sur les ceps qui ont été fortement malades que sur les ceps sains. On le voitdonc, quoique les signes de la maladie soient moins apparents sur le vieux bois, il peut cependant en présenter de manifestes.

Jeunebois, — La maladie débute, le plus ordinairement, sur les jeunes pousses; cependant cet ordre dans l'invasion du mal n'est pas nécessaire : j'ai des faits qui établissent que la maladie peut commencer par la grappe» M. Louis Leclerc a •fait la mêma observation. J'ai vu, dit-il, la maladie apparaître sar la baie par points ^ qu'un œil exercé pouvait seul reconnaître, tandis que feuilles et bois étaient encore parfaitement intacts.

Mais, reconnaissons-le, c'^est, dans le plus grand nombre de cas, le jeune bois qui offre les premiers et les plus constants sjmptômes du mal. Il est très- fréquent de rencontrer des individus qui n'offrent pas d'autres altérations que Mes taches sur le jeuBO bois ; il est donc très-important de bien préciser tous les degrés de ces altérations.

C'est sur l'éeorce verte des pousses de l'année qu'avec de l'attention on remarque, le plus fréquemment, les premiers vestiges du mal. On voit apparaître, sur cette écorce, des surfaces isolées, habituellement arrondies, ayant souvent à peine 1 ligne de diamètre, où l'écorcè présente une teinte plus obscure. Rien à celte première phase de la maladie ne

montre à rœil nu la coexistence d'une mucédinée parasite, et par une observation superficielle on pourrait considérer cette altération, de la couleur du jeune bois comme étant la maladie primitive; mais à Taide d'une forte loupe on remarque» dès cette époque» un petit nombre de filaments très-déUés, qu'on a comparés avec raison aux fils les plus fins 4e l'araignée, qui forment, par leur enchevélitement à la suiface de répiderme , un lacis irrégulier.

Ces filaments si ténus constituent le système végétatif de YOidium Tuckeri, que nous décrirons avec détails dans le chapitre consacré à l'étiologie. Quelques-uns de ces filaments pénètrent sous l'épiderme par les ouvertures des stomates. J'ai constaté ce fait par de nombreuses observations; mais cette pénétration n^est-eUe que superficielle et bornée, pour ainsi dire, aux ouvertures des stomates, ou bien rampent-ib sous l'épiderme, comme je l'avais cru avec H. Berkeley: c'est une difficulté que je n'ai pu résoudre par mon observation personnelle.

Après quelques Jours, la couleur des tacbes se f(Hice de plus en plus par suite de la mort dont sont atteintes les cel^ Iules superficielles , comme si un poison avait pénétré dans ces couches superficielles par les stomates; ces taches se régularisent et «'élargissent, la mortification des cellules sousépidermoidales s' étendant de proche en proche.

Dans le plus grand nombre des cas (c'était la règle sans exception dans ce que nous avions observé à Paris en 1850 et 1851) , cette mortification des cellules et la coloration des sucs qui en est là conséquence étaient essentiellement bornées à la couche cellulaire externe ; les couches plus profondes des cellules corticales et le bois restaient parfaitement sains. On comprend sans peine que, tant que l'affection était ainsi limitée, elle pouvait ôtre considérée comme ayant peu de gravité pour l'avenir du cep, puisque cette couche corticale externe se dessèche et se détache dans le courant de l'hiver et du printemps, suivant que l'époque de cette dénudation normale est devancée po\ir quelques-uns des sarments qui sont

fortement atteints; j'ai particulièrement observé cette dénudation anticipée sur des souches venant du Midi et qui avaient été fortement affectées. L'enveloppe externe, qui .était convertie en uoe espèce de vernis noirâtre, se détachait par plaques.

Il est indubitable que la mortification peut s'étendre au delà des couches corticales superficielles. A Paris, sur quelques treilles de Chasselas fortement atteintes j'ai vu des sarments dont la partie supérieure était complètement privée de vie, même dans les couches les plus profondes. J'ai aussi remarqué que, lorsque la maladie commence de bonne heure et qu'elle s'attaque à un cep peu vigoureux, les sarments attaqués sont souvent plus frêles que ceux des Vignes placées dans les mêmes conditions et qui ne sont point atteintes par la maladie.

M. Louis Leclerc {loco citato) a également vu que la maladie pouvait s'étendre au delà des couches superficielles des jeunes pousses. J'ai vu, dit-il, dans les malheureux vignobles du. Roussillon,, de Frontignan et de Lunel ^ des sarments noircis, secs, fragiles, morts au tiers supérieur, quelquefois, mais rarement, à la moitié.

Répétons c^pendant^ en terminant, que, dans la grande majorité des cas, la morlification n'atteint que les pousses de Tannée, qu'elle se borne aux couches superficielles, et qu'elle est consécutive à l'invasion de VŒdium Tuckeri.

Familles, r^ Les feuilles, comme les jeunes pousses, peuvent offrir divers degrés d!altération ; rmais il est une remarque qui domine l'histoire de ces altérations, la voici : les feuilles souffrent généralement moins de l'invasion de ïŒdium que les jeunes pousses. Ainsi on a pu voir des feuilles littéralement recouvertes de cette poussière blanche formée par la végétation de VOidinmif sans qu'elles paraissent autrement altérées, sans qu'on rismarque aucune de ces taches brunes, sigiie si positif et si net de mortification. Dans ces degrés de la maladie, ces feuilles, recouvertes par la mucédinée parasite, resr- :§«^blent à des Vignes souillées par la poussière blanche des

routes. Cette apparence est si saisissante, qu'elle n'a échappé à aucun observateur; mais il est un caractère qui, même pour les personnes les moins habituées aux observations, vient bien vite détruire cette illusion. Si on froisse dans les doigts ces feuilles enduites de cette poussière blanche , on perçoit aussitôt une odeur de moisissure que nous retrouvons avec plus d'intensité sur les grappes. On comprend sans peine qu'à ce premier degré d'affection la feuille peut encore remplir ses fonctions et le cep beaucoup mieux résister.

Voici le deuxième degré de la maladie. La feuille recouverte de poussière blanche reste encore lisse et généralement verte ; mais on commence à apercevoir des taches d'une couleur jaune légèrement brunâtre douées d'une demi-transparence , irrégulièrement circonscrites^ La couleur de ces taches se rembrunit quelquefois de plus en plus, jusqu'à prendre la teinte brune la plus foncée , in^ce de la mortificatioa partielle du tissu cellulaire ; mais il reste .encore des parties vertes qui témoignent de la vitalité partielle de la feuille. .

Le troisièrpe^egré de l'affection de la feuille est caractérisé par sa mort et sa chute anticipée. Ordinairement les feuilles persistent jusqu'à l'époque de la maturation des Raisins et même jusquaux premières gelées. Il en est tout autrement dans ce troisième degré de la maladie de la feuille : tantôt leç taches brunes, s'irradiant de proche en proche, gagnent la totalité de la feuille; tantôt la feuille se crispa, se flétcit, se dessèche, meurt, et dans les deux cas tombe à la fin de juillet ou dans le commencement d'août. J'ai observé ces diverses terminaisons, qui ont également été signalées par M. L. Leclerc. On comprend sans peine que le cep doit vivement souffrir de cette perte prématurée de son feuillage; mais, répétons-le, ce troisième degré d'altération, cette chute prématurée deç feuilles est l'exception .

VŒdium qui se développe à la surface des feuilles, quoir que beaucoup plus persistant que celui qui se remarque sur les jeunes pousses, comme lui est caractérisé par l'abondaunce du Mycélium ou de filaments stériles .

Les feuilles de ta Vigne peuvent être le siège d'ane affection spéciale, YErineum Vitis, sur laquelle nous reviendrons, mats qui n'a aucune gravité. La loupe permet de distinguer immédiatement et avec la plus grande facilité ces deux affections.

Fruits. -- Les variations que les Raisins présentent soni plus nombreuses et plus remarquables ; comme pour les autres parties, c'^st toujours la couche la plus superficielle qui est altérée dans le commencement de lamiladie. L'examen atten» tîf des grains malades à Faidé d'une forte loupe et de dissections montre très-nettement que le mal marche do l'extérieur à l'intérieur, et jamais dans un ordre inverse. Le plus sou'r v«nt, la première trace d'altération se révèle à l'œil nu sur lé pédoncule du Raisin ; elle est précisément de même nature que celle que nous avons décrite sur les jeunes pousses; c'est une tache qui brunit de plus en plus et qui est précédée par le développement du Mycélium du cryptogame parasite.

Les premières altérations qui se remarquent sur la baie sont des points bruns, quelquefois fauves, beaucoup plus rarement rougeâtres ou noirs. On pourrait croire, à priori ^ que ces points bruns, indices de réitération du grain, pré^ cèdent le développement de la mucédinée parasite ; mais, si l'on observe , à Taide de fortes loupes , l'envahissement suc-» cessif d'une treille, on acquiert la preuve la plus constante et la plus positive que Tapparilion de filaments de Mycélium de la mucédinée a précédé Tapparition des taches qui se remarquent sur le grain. Bientôt, dans le plus grand nombre des cas, ces grains se recouvrent plus ou moins complètement d uile poussière blanche. Le microscope montre que cette poussière est constituée par rOidmm IttCibn', et, contraîi^ement à ce qu'on observe sûr les jeunes rameaux, c'est le système reproducteur ou les spores accolés de YOidium qui composent la presque totalité de cette poussière blanche qui recouvre les grains.

' Bien des états divers peuvent, dans l'aspect du grain, succéder à rinvasion de YOidium.

Tantôt , et c'est le cas le plus remarquable , sur uiie ligne formée par la réunion des points bruns et dans le sens longitudinal, la pellicule éclate, se divise, les cellules de la pulpe se déchirent à leur tour, et les pépins apparaissent; tantôt il n'y a qu'une seule fissure, le plus souvent le grain se partage en plusieurs quartiers.

Ceseffets s'expliquent aisément. La couche extérieure, malade ou déjà atteinte de mortification, ne prend pas un accroissement proportionnel h celui des couches intérieures et des pépins. Ces couches cellulaires extérieures sont refoulées, la pellicule éclate, et les grains, bientôt mis à nu, peuvent, peiidant quelque temps , continuer à se développer, signe indubitable que la maladie ne marche pas de l'intérieur à Textérieur.

Lorsque les grains sont ouverts, dans la grande majorité des casf ils ne subissent , pour ainsi dire , plus de développement ultérieur; i)s se dessèchent en éprouvant une pourriture sèche ou humide, remarquable par cette odeur spéciale de moisi sur laquelle nous avons déjà insisté en parlant des feuilles. Quand la maladie n'a commencé que lorsque le Raisin a acquis presque tout son développement , il peut alors parvenir à sa maturité normale, et quelques pluies d'automne suffisent pour enlever la plus grande partie de la couche d' Oïdium qui recouvrait ces grains! Examinons maintenant les états intermédiaires entre la guérison et la destruction complète du Raisin par suite de la déhiscence des grains.

Le Raisin peut continuer à mûrir; mais les grains conservent des points noirs ou brunâtres qui restent durs et qui ne participent pas à la maturation du reste du grain.

Cet état offre quelque ressepiblance avec les Raisins qui ont été atteints par la grêle. Quand ils sont encore verts, si les taches brunes endurcies sont confluentes, le grain ne prend presque plus d'accroissement ; il prend un aspect plombé , il devient très-dur.

Le grain peut se flétrir, puis s'amollir, et finalement se dessécher.

Voici un état d'altération remarquable. La baie, aux trois quarts ou à moitié de son volume, ne grossit plus; elle peut alors ou se flétrir et se dessécher avec le temps ou rester simplement ridée, satis que la maturité fasse des progrès. Les Raisins à couleur foncée à la maturité ne prennent qu'une ieinte rougeâtre et conservent une saveur acide. La sécrétion du sucre n'a pas eu lieu comme à Téiat normal. Ce Raisin, qui a quelque apparence, fait de mauvais vin. J'ai surtout remarqué cette altération sur les ceps de ma Vigne d'essai.

Dans ces conditions, les pédicelles et pédoncules du fruit sont fortement attaqués.

Il est une autre forme de l'altération des grains sur laquelle M. L. Leclerc a insisté, et qui présente de l'analogie avec deux altérations de la baie dont j'aU traité dans mon mémoire de 1852, que je n'osais rapporter avec certitude à la maladie actuelle j que j'avais désignée sous les noms de maladie jaune et ie maladie noire du Raisin. Je vais publier, plus loin , ce passage de mon mémoire; mais exposons auparavant la dernière forme de la maladie, sur laquelle je pense qu'il est utile d'appeler l'attention.

Nous avons vu que sur les baies le système reproducteur de YOtdium prenait beaucoup plus de développement que le Mycélium, Dans quelques circonstances rares, c'est le contraire qu'on observe; la baie se recouvre partiellement, et quelquefois même complètement, d'une couche épaisse, jaune , brune ou rougeâtre ^ formée par des débris du Mycélium, deVOidium, et par des cellules endurcies. Si on enlève vcette espèce de croûte, on retrouve les cellales sous-jacentes parfaitement saines; quelquefois l'épiderme n'est pas même attaqué, et se trouve sain sous cette espèce de cuirasse. Quand ces taches sont bornées, le grain peut atteindre sa ma-, turité. On va voir que pes états des grains ressemblent , sous plusieurs rapports, aux deux affections dont j'ai parlé.

L'une, que j'appellerai maladie jaune du Raisin^ m'a été communiquée d'abord par M. Huraut , qui l'a observée dans le Jura, puis par M. F. Moreau, qui Ta reconnue à Montréal,

près Àvallon. Les grains du Raisin, au lieu d'éCre recouverts d'une poussière blanche comme ils Tétaient par VOidium Tuckeriy le sont par un enduit résistant jaun&tre qui paraît formé aux dépens de la cutiéulé altérée et Jes cellules qui Vavoisinent.

Ces taches peuvent n'occuper qu'une partie du grain, qui continue à se développer et à mûrir , ou bien elles envahissent tout le grain, qui alors s'arrête dans son développement, se dessèche, s'entr' ouvre, comme il arrive lorsqu'il est envahi par YŒdium. Cette maladie des graixis peut n'être pas sans analogie avec Y£rineum qu'où remarque sur les feuilles de la Vigne {Revue horiicolej juin 185i), ou bien c'est une des formes particulières de Taltération des grains par suite de l'invasion de ïOidiumy qui aurait été entraîné par les pluies.

L'autre affection , qu^ je nommerai maladie noire ^ si j'en juge par le seul échantillon qui m'a été remis par M. de Sénarmont; membre de l'Académie des sciences, s'attaque par-^ ticulièrement aux pédoncules et aux pédicelles du Raisin, qui sont complètement recouverts d'une ntioisissure d'une couleur noire très-remarquable.

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