CHAPITRE V
Da la nature de V acrimonie scrophuleuse.
Je n'ignore pas que Fusage est de faire entrer dans les recherches de ce genre Fanalyse chimique de Tobjet dont on s'occupe; mais, bien convaincu que cela n'avancerait de rien la connoissance médicale de la maladie scrophuleuse, je passe à des considérations plus importantes.
Qu'entend-on par la nature d'une chose?
et, pour nous renfermer dans notre sujet, qu'est-ce que la nature d'une acrimonie ?
On attache deux sens difîerens à ce mot nature : les uns entendent par là Tessence intime des objets. Mais les philosophes commencent à renoncer à cette recherche, et les chimistes eux-mêmes se contentent de désigner les parties constituantes des objets qu'ils étudient sous le nom de principes , pour nous faire sentir qu'il ne nous est pas donné d'en pénétrer la nature.
Les autres entenderit par nature la manière d'être, ou les rapports d'une chose avec une autre. Mais ces rapports pouvant être plus ou moins nombreux, quel est celui dont on veut parler? C'est ce qu'il s'agit de déterminer.
Un corps peut être en rapport avec un autre d'une manière mécanique , chimique, organique ou vitale; d'où j'infère que je puis considérer sa nature sous ce triple rapport, suivant ]e but que je me propose. Le cliimiste n'étudie que la matière morte; cette étude serait insuffisante pour nous.
i*'. Le médecin a besoin de savoir comment se comporte tel ou tel principe morbifique, tel ou tel moyen curatif , à Fégard de la nature vivante. La vie seule est de son domaine. Il faut donc qu'il étudie Faction ou Tinfluence des corps inorganiques sur les êtres organisés , et notamment sur l'homme vivant. Je le demande, que nous apprend l'étude la plus approfondie d'un médicament de ses effets sur le corps humain ? rien , ou presque rien. Personne que je sache n'a pu encore déterminer ces effets à -priori. C'est qu'il n'y a nul rapport entre ce qui vit et ce qui ne vit pas; ce sont d'autres manières d'exister, ce sont par conséquent d'autres lois. J'en dis autant de l'analyse chimique des causes morbifiques ; la plus parfaite, la plus sévère de ces analyses ne saurait nous faire prévoir l'influence de ces causes sur un corps doué de vie. La seule analyse des médic'^.mens et des causes morbifiques qui soit
vraiment utile au praticien, est celle des effets qu'ils produisent sur le coi-ps humain.
2°. Quand même l'analyse chimique ne serait pas sans utilité, elle ne pourrait du moins nous faire connaître le principe morbifique. Et, en effet, où prendrait-elle ce principe pur et sans mélange? On se tromperait grossièrement si l'on croyait le trouver dans le pus d'un ulcère, ou dans la lymphe elle-même: non que ces fluides ne contiennent en effet l'acrimonie scrophuleuse; mais elle s'y trouve mêlée avec tant d'autres élémens qu'il est absolument impossible de la distinguer. C'est ainsi que dans la blennorrhagie vénérienne , et dans la petite-vérole , on chercherait vainement les virus vénérien et varioleux , excepté peut-être lorsqu'ils sont expulsés hors du corps par l'irritation ; mais à peine cessent -ils d'être sous l'influence de la vie , qu'ils passent sous les lois de la matière brute ^ et dès lors tout est changé.
5°. Enfin, loin de nous éclairer sur le traitement, la chimie nous induirait plutôt en erreur ; car elle ne peut nous faire connaître que des effets, et l'expérience a prouvé qu'il n'est de traitement solide que celui qui se fonde sur les causes morbifiques , et non sur les symptômes. Ainsi 5 en supposant que la chimie décx)u-
vrît, par exemple, la présence d'un acide, soit Facide phospliorique, ponr principe matériel d'une maladie, le médecin qui, fondé sur cette découver le, prodiguerait à ses malades les alcalis et les absorbans, ferait la médecine sym.ptomatique, la plus mauvaise de toutes. En eflet , il reste à savoir comment est venu cet acide; est-ce un produit de nouvelle formation , ou existait-il en état de combinaison dans 3e corps? Enfin, quand toutes ces questions seraient résolues, je soutiens que celui qui se laisserait guider par ces théories ferait plus de mal que de bien.
Envisagée sous un point de vue médical , la question relative à l'acrimonie scrophuleuse se réduit à savoir quelle est sa manière d'agir sur le corps humain , ou, ce qui est la même chose, quels sont ses effets immédiats. Or, sous ce rapport, et dans l'état actuel de nos connaissances, voici ces effets :
I**. Non -seulement elle irrite le système lymphatique, mais encore les nerfs; témoins les spasmes et les convulsions auxquels les scrophuîeux sont très-sujets. En se mêlant avec le sang, elle irrite aussi le système vasculaire. J'ai vu des enfans scrophuîeux pâles, chétifs, perdus; il survenait quelques accès fébriles; ces accès étoient suivis d'une éruption à la
tête; et ces enfans recouvraient la santé à vue d'oeil. Assez souvent ces crises reviennent périodiquement pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'enfin il ne reste plus de traces de la diatlièse scrophuleuse. On a remarqué que cette diatlièse affecte principalement les organes sécrétoires, tels que les yeux ^ le poumon , le foie, etc., et devient par là le principe de plusieurs maladies qui sont en apparence fort difîérentes, quoique les mêmes dans le fond.
Dans une période avancée de la maladie , l'acrimonie scrophuleuse acquiert quelquefois un tel degré de causticité, qu'elle corrode les os, et produit des ulcères du plus mauvais caractère. La sécrétion la plus douce peut devenir la plus irritante. C'est ainsi que j'ai vu des ophthalmies dans lesquelles les larmes enflammaient manifestement les joues sur lesquelles elles coulaient, et la fnain qui les essuyait,
2°. La lymphe éprouve une tendance mani« feste à s'épaissir. Cela se voit clairement dans toutes les parties du tissu cellulaire, où cette humeur s'accumule. J'ai eu quelquefois occasion d'examiner après la mort ces sortes d'épaississemens lymphatiques aux coudes et aux genoux : ils m'ont toujours paru fermes, con« sistans, et même cartilagineux dans quelques points. On en trouve assez souvent dans la
glande thyroïde , le poumon , le mésentère , etc. Enfin la gibbosité de la colonne vertébrale et sa déviation dépendent le plus ordinairement de l'accumulation et de Fépaississement de la lymphe qui se porte alors sur les ligamens , et dans le corps même des vertèbres et des côtes, (r)
(1) Si j comme je le pense , c'est aux tubercules scrophuleux que M, Hufeland veut faire allusion , il faut convenir que la dénomination par laquelle il les désigne , est peu propre à en donner une idée exacte. Cette lésion est d'ailleurs tellement importante dans la maladie scropliuleuse qu'elle méritait d'arrêter plus long-temps l'attention de notre auteur. Nous allons tâcher de remplir cette lacune en nous renfermant toutefois dans les bornes d'une note.
Les tubercules se présentent à leur début sous forme de petits grains sphériques d'un gris dé perle , d'une texture analogue, demi-transparens ^ quelquefois même diaplia« nés et presque incolores. M. Baylea méconnu les tubercules dans cet état ; il croyait que le tissu dont nous parlons constituait une affection particulière qu'il a décrite, dans ses Recherches sur la phthisie pulmonaire , sous le nom de ^hÛnsÀç granuleuse. Mais MM. Delpech et Laennec ont rectifié l'erreur de cet estimable médecin , en faisant voir que c'est ce même tissu gris et demi- transparent qui prend du volune, devient opaque, blanc ou jaune d'abord au centre et successivement dans toute son étendue. Parvenus à ce point de développement , les tuber-
3". La lymphe perd sa propriété nutritive. Il est un temps, il est vrai , où les scrophuleux paraissent assez bien portans ; mais leur santé
cules jBnissent tôt ou tard par se ramollir ; ce ramollissement commence toujours parla partie m^oyenne^ d'où il s'étend de proche en proche vers la circonférence, jusqu'à ce que la fonte de la matière tuberculeuse soit complète. Dans cet état , cette matière peut se présenter sous deux formes différentes : tantôt elle ressemble à un pus épais , m^ais inodore et plus jaune que les tubercules crus ; tantôt elle est séparée en deux pa rties , l'une trèsliquide , plus ou moins transparente et incolore , à moins qu'elle ne soit souillée de sang ; l'autre opaque et de consistance de fromage mou et friable. ( Laennec , de V Auscultation médiate, i^ p. 22. )
Les effets des tubercules sur l'économie animale, varient suivant leur nombre, leur volume, leur période, l'irritabilité des sujets, l'organe qu'elles affectent et mille autres circonstances qu'il n'est pas de notre objet d'exposer ici. Ceux qui se développent dans l'une des trois grandes cavités, font naître la fièvre hectique et sont presque toujours suivis de la mort. Lorsqu'ils se placent à la surface extérieure du corps , ils finissent ordinairement par se faire jour au dehors, et déterminent presque toujours des ulcères fistuleux d'où s'écoule uyl pus de mauvaise qualité dont il est en général trèsdifficile de tarir la source.
Cependant les tubercules n'ont pas toujours des terminaisons aussi funestes. Quoique le travail des vaisseaux abâorbans se dérobe à nos regards , tout porte à
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îiVst qu'apparente, et se détériore à mesure que le vice scropliuleux fait des progrès. 4°. La lymphe conlracle une tendance à l'a-
croii'e qu'il peut s'exercer sur la matière tuberculeuse. A côté des ulcères fistuleux dont nous venons de parler, il se manifeste quelquefois des engorgemens glanduleux qui commencent par se ramollir , et puis disparaissent complètement. Mais rien ne prouve mieux que les tubercules sont susceptibles d'être absorbés , que les dernières observations de M. Laennec. On sait qu'il se forme dans les poumons des pblbisiques des cavités plus ou moins étendues qu'on prenait autrefois pour des ulcères de cet organe , mais qui sont vraimentle résultat de la fonte des tubercules. M. Laennec a démontré que la nature travaille quelquefois avec succès à rapprocher les parois de ces cavités de manière à produire des cicatrices solides^ et si la guérison de la pbthisie pulmonaire est si rare , c'est qu'il se développe incessamment des tubercules en plus grand nombre, et surtout plus promptenient que l'absorption ne peut les faire disparaître. Ce travail est parfaitement analogue à ce qui se passe dans l'apoplexie. J'invite le lecteur à donner uxig attention spéciale à la cinquième observation où l'adhésion entre les deux parois de la cavité n'avait pu se faire coînplétement parce qu'il restait une petite portion de matière tuberculeuse qui n'était pas encore parvenue à l'état de fonte. ( Ouvr, cit. i , p. 80. )
Quelque variée que soit la structure de nos organes, il n'en est point où l'en n'ait trouvé des tubercules ; mais tous n'y sont pas également sujets. M. Laennec a dressé
cidité. Ainsi, laniôt les acides des premières voies sont causes déterminantes de la diathèse scroplmleuse, et tantôt au contraire ils en sont
une espèce de table dans laquelle il les a rangés d'après leur disposition à devenir le siège de cette lésion. Voici cette table : les glandes bronchiques et médiastines , les glandes cervicales, les mésentériques , celles de toutes les autres parties du corps, le foie, la prostate, la surface du péritoine et des plèvres , les membranes muqueuses , l'épididyrae , le conduit déférent , le testicule, la rate, le coeur , la matrice, le cerveau et le cervelet, l'épaisseur des os du crâne , le corps des vertèbres , ou l'intervalle de leurs appareils ligamenteux et de ces os euxmêmes , l'épaisseur des côtes, et plus rarement que dans aucune autre partie , les muscles soumis à la volonté.
Après avoir décrit la forme et la marche des tubercules, après avoir indiqué leurs terminaisons, leur siège et leurs effets sur l'économie ^ il nous reste à dire deux mots de leur nature ou de leur origine. 11 suffît de considérer les individus chez lesquels ils se manifestent, les symptômes qui les accompagnent et les circonstances au milieu desquelles ils se développent , pour se convaincre qu'ils sont produits par la diathèse scrophuleuse ; ils en sont le symptôme le plus évident et le plus démonstratif; pour tout dire en un un mot, ils sont à cette maladie ce qu'est la substance cérébriforme au cancer. Telle est , au reste, l'opinion de MM . Bayle, Laennec , Delpech , et de tous ceux qui ont fait une élude approfondie de l'anatomie pathologique. En vain M. Broussais veut -il faire dépendre les tubercules
Feffet. Cet effet est même un des traits caractérisliques de racrimonie scrophuleuse. Mais il serait difficile de dire quelle est la nature de ces acides.
de rinflammation : 1°. le plus ordinairement ils ne sont précédés d'aucnn symptôme d'irritation , comme on peut le voir dans ceux qui se manifestent dans le tissu cell ulla ire sous -cutané : dire que l'inflammation ^ pour n'être pas apparente , n'en est pas moins réelle , c'est avancer une chose qu'il est impossible de prouver ; 2°. les tubercules sont toujours plus ou moins nombreux^ et le développement s'en fait simultanément dans des organes qui n'ont entre eux aucun rapport anatomique , ni aucune liaison sympatliique ; 5°. en ouvrant les cadavres des phtliisiques^ M. Laennec s'est convaincu que les tubercules sont beaucoup plus communs dans la partie supérieure du poumon que dans sa partie inférieure ^ quoique la première soit beaucoup plus sujette à l'inflammation que la seconde ; 4<>. les tubercules sont héréditaires, et l'inflammation ne l'est pas ; 5*^. les tubercules présentent partout le même aspect, la même organisation , et les terminaisons des phleg-^ masies varient suivant la structure des organes affectés, etc.
Quant aux tubercules en eux-mêmes , il est des médecins qui les considèrent comme des tissus accidentels , ou , pour me servir de leurs expressions , comme des organe de nouvelle formation qui s'interposent entre les fibres des tissus naturels. Mais il me semble que si l'on observe attentivement la place qu'ils occupent yon verra
Quoi qu'il en soit, on reconnaît leur présence :
a. A la couleur verciâtre des garde-robes;
b. A l'odeur acide qui s'exhale de la bouche avec l'air qui sort des poumons, à la vivacité de l'appétit, et à tous les symptômes qui indiquent la présence des acides dans les premières voies;
c. A l'odeur acide de la transpiration ; (i)
que partout où se manifeste un tubercule , l'organe primitif a disparu. Au surplus^ si les sens sont en défaut^ le raisonnement y suppléera. On voit chaque jour des tubercules se développer dans l'épaisseur des os , sans qu'il paraisse un gonflement équivalent à l'extérieur dans la portion qui correspond au siège de la lésion ; cela seul ne prouve-t-il pas que les tubercules ne sont que des dégénérations ^ ou des transformations des parties qui en sont le siège ?
( Note du traducteur. )
. (i) Cette observation n'a pas échappé à M. Alibert. Après avoir fait observer que la sueur des scrophuleux est à'ixn jaune verdâtre , il ajoute que les salles des hôiDitaux, qui contiennent un grand nombre de ces malades, ont une odeur sui generis , qu'il est impossible de ne pas reconnaître. Cette odeur est acescente ; elle a quelque rapport avec celle de la viande fraîche des bouclieries. J'ai donné des soins, dit-il, à une jeune dame, d'une blancheur éblouissante, et dont les formes agréables tenaient à la prédominance du. tissu cellulaire parla pré-
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d, A l'imperfection de la bile, qui n'étant pas suffisamment élaborée, n'excite pas assez les intestins.
Celte tendance aux acides peut résulter de la dissolution des principes constituans de la lymphe, et du défaut d'assimilation des fluides nutritifs.
5^. Parvenu à son plus haut période, le vice scrophuleux s'associe fréquemment avec un état putride, caractérisé par des sueurs et des selles coUiquatives, des hémorrhagies qui se renouvellent souvent, des ulcères d'une couleur vineuse, et autres symptômes de même nature. C'est ce qui a fait dire à quelques auteurs qu'il n'est pas rare de voir la diathèse scrophuleuse se compliquer de scorbut.
6**. Je crois qu'à cette époque , la maladie scrophuleuse peut devenir contagieuse. Telle n'est pas , je le sais , l'opinion de Cûllen et de plusieurs autres médecins non moins estimables. J'avouerai même que l'observation journalière semble me condamner. Mais je prie
sence du vice scrophuleux ; il était difficile de supporter les émanations qu'elle exhalait à son réveil , et lorsqu'on n'avait point encore ouvert les fenêtres de son appartement. (^Précis des maladies de la peau, 11. 5i6. )
( Note du traducteur. )
mes lecteurs de suspendre leur jugement jusqu'à ce que j'aie fait connaître mes idées sur la contagion de la maladie qui fait le sujet de cet ouvrage. Peut-être serai-je assez heureux pour concilier des opinions en apparence contradictoires.
Je commence par déclarer que la diathèse scropliuleuse en elle-même, et comme affection des solides, ne peut être contagieuse; mais elle peut le devenir par les effets qu'elle développe 5 lorsqu'elle est parvenue à son plus haut degré d'intensité. Je développe ma pensée.
a. Il est prouvé par d'autres exemples sur lesquels nous reviendrons bientôt, qu'une maladie, sans être le produit de la contagion , peut devenir contagieuse.
Je suis porté à croire que la contagion est un des effets de la décomposition chimique des substances* animales , ou, ce qui revient au même, le produit d'un degré de prudité si considérable, que les molécules organiques qui se détachent du corps malade pour se porter sur un corps sain , y produisent le même genre d'altération dont elles sont affectées. J)'après cette manière de voir, il n'est pas de maladie qui, parvenue au degré de pulridité dont nous parlons, ne puisse développer un germe capable de la reproduire; et de là vient
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qu'il est et qu'il sera toujours si difficile de prononcer sur le caractère contagieux ou non contagieux d'une maladie; d'autant qu'il n'y a rien d'absolu dans la contagion. Ses effets sont relatifs à l'intensité de la maladie, et à la disposition des sujets. C'est ainsi que la même af-^ fection peut être contagieuse pour un individu, et ne l'être pas pour un autre, soit qu'il ne présente pas les mêmes conditions organiques , soit qu'il ne se trouve pas placé dans les mêmes circonstances.
Je disais tout à l'heure qu'il est des maladies qui peuvent être contagieuses, quoiqu'elles ne soient pas le produit de la contagion. Je citerai pour exemples la gale critiq^ue qui paraît spontanément dans le cours de plusieurs maladies, et la phthisie accidentelle , surtout celle qui se manifeste dans les pays chauds. Dans quelque lieu que se déclare ladyssenterie, elle acquiert également le funeste privilège de se transmettre par voie de contagion , dès qu'elle est parvenue à son plus haut degré de putridité. Il en est de même de la fièvre miliaire , de la goutte et de plusieurs autres maladies. Enfin , qu'on rassemble un grand nombre de fiévreux, qu'on les tienne dans une température constamment élevée, et dans la malpropreté , il n'en faut pas davantage pour créer un foyer de contagion ,
ÖO ^ TRAITÉ
comme il n'est nialheiireusement que trop prouvé par l'établissement des lazarets en temps de guerre.
Ainsi, nul doute qu'il ne puisse se développer un principe contagieux dans la diathèse scrophuleuse^maisjecroisdevoir faire observer que, ce principe n'étant pas volatil, il ne peut se communiquer sans contact immédiat, et même sans une fréquentation assidue des personnes affectées. Il ne détermine pas non plus l'infection générale {allgemeine vahre shrofelhranhheit)'^ car celle-ci s'accompagne d'une atonie particulière du système lymphatique, qui ne peut être produite par une cause locale. Mais il détermine des affections scrophuleuses locales : telles sont la teigne, des tumeurs glanduleuses , des éruptions cutanées, des ulcères, etc.
Quelque étrange que puisse paraître cette doctrine, j'ose croire qu'elle ne renferme rien qui ne soit prouvé par l'expérience.
Que la maladie scropbuleuse n'est pas contagieuse par elle-même , c'est une vérité dont Cullen, Wliile et Diel ont eu de fréquentes occasions de se convaincre. Moi-même j'ai vu très-souvent des enfans scrophuleux couclier avec leurs frères, sans tiucun préjudice pour ses derniers. M. Kortum a fait plus , il a inoculé
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impunément le pus d'un ulcère scropliuleax bénin ; mais il n'en est pas moins vrai que lorsqu'il existe une phlhisie confirmée, lorsque la surface de la peau est couverte d'ulcères de mauvais caraclère, lorsque enfin les malades sont dans un état de cachexie; alors , dis-je , il n'est point douteux que la maladie scrophuîeusene soit contagieuse. C'est ce que prouvent les observations citées par ^eber, Lalouette, Bordeu, Langham, Brou zet, observations qu'il me sciait si facile de multiplier. Quant à la teigne, il est bien connu qu'elle est contagieuse. ( i)
(0 Je crois , avec M. Hufeland, qu'une maladie peut être contagieuhe quoiqu'elle ne soit pas le produit de la contagion ; mais il me semble qu'il a mal choisi ses exemples. M. Aliberl a démontré que l'espèce d'éruption qu'on a nommée gale critique , n'est que le prurigo ; le caraclère contagieux de la phtbisie et de la goutte est contesté ; le mode de projoagation de la dysenterie et du typhus peut s'expliquer par Vinfection. ( J^oyez, le Traité de la fièvre jaune , de M. Deveze. ) Mais il est hors de doute que la rage est quelquefois spontanée, et l'expérience a prouvé qu'elle n'est pas moins contagieuse que lorsqu'elle provient de la morsure d'un animal enragé.
Je ne veux point parler de la rage qui se manifeste chez l'homme à la suite d'un accès de colère , ou dans le
cours d'une fièvre maligne . comme on en cite desexem-
pies ; mais je parle de la rage des animaux ; car il est
Concluons qu'il est des affections locales de nature écrouelleiise qui sont contagieuses , et
incontestable qu'il y a des chiens ( ne fût-ce que le premier ) qui sont devenus enragés quoiqu'ils n'eussent pas été mordus par un animal afî'eclé de cette terrible maladie. D'où j'infère que le caractère essentiel des affections contagieuses n'est pas de naître d'autres maladies semblables à elles-mêmes , mais d'engendrer un germe susceptible de les reproduire sinon chez tous les individus sur lesquels il agit , du moins chez le plus grand nombre.
«* Au reste , cette manière d'envisager la contagion , ne doit rien faire préjuger sur le caractère contagieux ou non contagieux de la maladie scrophuleuse. Il reste toujours à rechercher expérimentalement si cette affection est susceptible de se transmettre d'un individu à un autre. Fujol, Lalouette, Bordeu, M. Baumes, etc., ont résolu la question par l'affirmative. Mais comment ^e refuser à la conviction qu'entraînent les expériences suivantes ? Je ne rapporterai pas les tentatives d'inoculation vainement entreprises par Hébréard^ parce que ces tentatives ayant été faites sur des chiens, on pourrait objecter qu'il n'y a point de certitude à conclure des animaux à l'homme , et c'est assez mon opinion. Mais il s'est trouvé des chirurgiens assez hardis pour expérimenter l'inoculation sur l'homme lui-même. M. Lepelletier raconte qu'un de ses collègues^ chargé de vacciner plusieurs enfans , inocula en même temjDs une certaine quantité de pus puisé dans une tumeur écrouelleuse en suppuration; le virus vaccin produisit ses effets ordinaires , mais il ne survint par la suite aucune affec-
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qu'il serait aussi peu raisonnable d'être sans inquiétude dans la dernière période du vice scropliuleux, qu'il le serait de s'effrayer dans la première.
tion scrophuleuse. ce Enfin , ajoute le même auteur, désirant avoir des idées précises sur la contagion des écrouelles, et ne voulant faire partager à personne les dangers de mes recherches , s'il en pouvait exister,, j'ai fait sur moimême les tentatives d'inoculation ; j'ai pris du pus sur plusieurs scrophuleux , et l'ai déposé ^ encore doué de sa chaleur naturelle , dans plusieurs piqûres faites avec la pointe d'une lancette au pli du bras et au poignet, sans éprouver consécutivement aucun symptôme de la constitution strumeuse. » ( Ouv. cit. p.ii.')
Ces expériences paraîtront sans doute décisives aux: yeux de la plupart des médecins ; car il n'est guère probable que parmi les malades sur lesquels on a pris du pus j il ne s'en soit pas trouvé un seul dans les conditions voulues par M. Hufeland.
{Note du traducteur. )