CHAPITRE IV
£)e la formation de r acrimonie scrophuleuse.
Avant d'entrer dans aucun détail à ce sujet, je crois devoir exposer les idées qu'on doit se faire de l'acrimonie scrophuleuse et de sa formation , idées que les vitalistes s'efiP« axent de changer, tout importantes qu'elles sont pour l'explication de plusieurs phénomènes pathologiques et thérapeutiques. Mais ne nous en laissons pas imposer par les mots.
Premièrement il est incontestable que l'idée de cette acrimonie ne sauroit être déterminée ni par les principes de la chimie, ni par ceux de la mécanique, et que c'est aux propriétés vitales qu'il faut la demander.
S'il est vrai, comme on v^en saurait douter, que tous les liquides du corps humain sont des stimulus spécifiques, c'est-à-dire, s'ils ont la faculté de produire une impression relative à la sensibilité des vaisseaux qui les renferment , on avouera sans doute que cette faculté peut augmenter comme elle peut diminuer. Or , son augmentation est ce que j'appelle acrimonie^ En d'autres termes ^ toutes les loi^
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qu'une humeur quelconque est plus stimuante que d^ns l'état naturel, il y a acrimonie de cette humeur ( acrimonia , dyscrasia acris).
Il suit de là qu'il n'y a point d'acrimonie absolue; tout dépend du rapport de la sensibilité des parties solides avec l'impression des fluides. Ainsi, ce qui est acrimonie pour un individu peut ne l'être pas pour un autre ; et même chez le même individu, telle humeur est trop irritante pour tel organe, qui ne l'est pas pour tel autre. Ce phénomène est analogue à l'action de l'émétique , si stimulante pour i'estomac, et nulle pour la langue.
Que nos humeurs soient susceptibles de varier, c'est ce que ne révoqueront point en doute ceux qui connaissent la diversité de principes dont elles sont composées , et les élaborations qu'elles subissent. Au reste, s'il est des incrédules, qu'ils prennent la peine de comparer le sang d'un sujet attaqué d'inflammation , avec celui d'un malade attaqué d'une fièvre putride, ou celui d'une chlorotique.
Mais comment se produit, comment se développe cette acrimonie ? Faut-il, pour résoudre ce problème, parcourir tous les genres de lésions dont le corps humain est susceptible ? Non ; il sufîit de déterminer ses rapports avec les corps environnans. Ces rapports sont
î*". mécaniques^ i°, chimiques, 3°. organiques^ ou vitaux.
L'homme , le plus parfait de tous les êtres , peut être affecté par des causes mécaniques ou chimiques ; mais n'oublions jamais que les effets de ces causes s'exercent sous l'influence de la vie. Il serait donc aussi inexact de dire que les agens mécaniques et chimiques n'ont aucune action sur lui, qu'il le serait de soutenir que ces agens agissent sur le corps humain comme sur la matière hrute. Il possède, pour le redire encore, un principe de vie qui prend part à toutes ses opérations, à tous ses phénomènes; en sorte que le plus simple de ces phénomènes, soumis au creuset de l'analyse , présente encore quelque chose de vital.
Ainsi , bannir les lois de la mécanique et de la chimie de l'explication des fonctions des animaux, ou vouloir tout ramener à ces lois, au préjudice des forces vitales , c'est toujours tomber dans les excès. Les vilalistes , les partisans de l'humorisme et de la pathologie chimique sont donc trop exclusif«, chacun dans leur sens. Il n'est point de système qui n'ait un côté favorable : il faut les combiner, c'est à cela que doivent tendre tous nos efforts.
Sur ce que nous venons de dire , il est aisé de se faire une idée de la formation , ou du dé-
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%'eloppement de racrimonie des fluides. Celte acrimonie peut dépendre:
i"*. D'une augmentation de molécules ;'rri~ tantes, introduites dans le corps avec les alimens, ou par l'absorption cutanée.
2^. De la décomposition des parties; je m'explique : Il y a des acides dans le corps humain; tant que ces acides sont en état de combinaison, ils n'agissent point comme acides; mais cette action devient manifeste dès qu'ils passent à l'état de liberté. Ils augmentent naturellement l'acrimonie des humeurs en se mêlant avec elles.
Cette décomposition peut être le résultat d'une affinité chimique, ou d'une diminu-* iion des forces vitales. En effet , tant que ces forces sont en bon état, elles résistent aux lois de la matière brute ; dès qu'elles perdent leur énergie, la chimie fait valoir ses droits.
5°. D'une mauvaise assimilation. J'entends par assimilation ce qui passe du munde exté^^ rieur dans l'intérieur du corps, pour s'identi^ fier avec lui. En effet, tout ce qui résiste à l'assimilation est étranger à notre êiie, et tout ce qui est étranger est irritant. L'assimilation ß'exerce par le tube digestif, le système lym-^ phatique et les glandes.
6o TRAITÉ
4°' De la suppression, ou de laltération des sécrétions et des excrétions.
5^. D'un excès, ou d'un défaut de mouvement des vaisseaux. Si le mouvement est en excès, on voit bientôt paraître des symptômes d'irritation; la températuredu corps augmente; elle favorise la décomposition des organes; les sécrétions sont troublées, etc. Le mouvement est-il en défaut, les liquides se mêlent mal ensemble, les sécrétions languissent, l'assimilation est imparfaite, et de là cette espèce de décomposition chimique indiquée au N° 2.
Il s'agit maintenant d'expliquer la formation des acrimonies , et particulièrement de Facrimonie scrophuleuse.
L'état vicieux du système lymphatique auquel nous avons attribué la cause prochaine de la diathèse scrophuleuse, ne peut manquer d'exercer les plus funestes effets sur la lymphe. Ces effets, que l'expérience nous a d'ailleurs fait connaître, sont :
1°. La stagnation de cette même IjmpJie. — Le système lymphatique tout à la fois trop faible et trop fort se prête difficilement à la circulation de la lymphe, surtout lorsque ce fluide se trouve plus ou moins visqueux.
Il est beaucoup d'engorgemens, et particulièrement d'origine scrophuleuse , qui nerecon-
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naissent d'autre cause qu'un spasme des vaisseaux lymphatiques. Ils sont J'efîet pur et simple d'une irritation spasmodique : aussi se dissipent-ils très-promptement sous l'influence des narcotiques^ ou du moins ces moyens sontils indispensables pour en obtenir la résolution. ( Tel est le cancer que Boerhaave regardait avec raison comme une maladie des nerfs. ) Il est d'autres engorgemens qui sont la suite de la faiblesse des vaisseaux. M. le professeur Sœmmering dit fort bien, dans sa traduction de l'Anatomie pathologique de Baillie , qu'on île peut regarder comme des obstructions des glandes ce qu'on nomme vulgairement de ce nom , puisque le mercure en injection les traverse sans difficulté. En général , la cause de ces tuméfactions tient bien plus aux vaisseaux eux-mêmes qu'aux fluides qui les parcourent. A la mort , le spasme cesse , et les canaux redeviennent libres. Quelquefois il n'existe pendant la vie aucun obstacle mécanique, mais les forces vitales affaiblies retardent ou suspendent la circulation de la lymphe. Ce genre d'obstruction ne peut exister que pendant la vie , tout le temps que dure le spasme ou l'inaction des vaisseaux; Fanatomie ne trouve rien dans le cadavre. Ce cas est parfaitement analogue à ce qui se passe dans le
canal intestinal , et dans les voies aériennea dans le volvnlas et clans l'angine pectorale. D'où je conclus que Pinterception de la circulation peut être complète , et même causer la mort ; et cependant les vaisseaux paraître parfaitement libres dans le cadavre. Ce qui prouve 3 pour le dii:e en passant , que les conclusions déduites de l'anatomie pathologique ne sont pas infaillibles.
Mais les choses ne se passent pas toujoursde cette manière : si le cours des humeurs est suspendu pendant long-temps , celles-ci finiront par s'épaissir, et il en résulte une véritable obstruction.
2°. Des accumulations vicieuses de la lymphe dans une cavité. — Il suffit quela résorption ne se fasse pas dans les mêmes proportions que Texhalation , pour que ce fluide s'accumule dans les mailles du tissu cellulaire, et dans les cavités. C'est ainsi que se forment les hydropisies, l'œdème, etc., vulgairement désignées sous le nom de tumeurs lymphatiques, La dilatation excessive d'un vaisseau lymphatique ne reconnaît souvent d'autre cause qu'un obstacle à la circulation. Tel est sans doute le Véritable mécanisme de certaines hydalîdes (car toutes ne sont pas des vers véoiculairés), qu« j'ai trouvées plusieurs fois dans
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îe cerveau des sujets affectés du vice scrophuîenx.
3°. h^ irrégularité du cours de la Ijmphe. — Il n'est pas invraisemblable qu'un changement dans le cours ordinaire de la lymphe puisse produire des extravasations et des congestions lymphatiques contre nature.
Cette irrégularité peut dépendre d'un spasme qui renverse le mouvement des vaisseaux lymphatiques , ou d'un relâchement extrême des valvules dont l'intérieur de ces vaisseaux est garni.
4°. J^es altérations de la lymphe {acrimonie scrophuleuse proprement dite). — Je conçois que les vaisseaux lymphatiques altèrent les qualités de la lymphe, soit en en suspendant le cours 5 soit en mettant les glandes lymphatiques et celles du mésentère hors d'état d'accomplir l'assimilation dont elles sont chargées spécialement avec le reste du système lymphatique, soit enfin en produisant une sécrétion vicieuse. — Toute sécrétion résulte de l'impression d'un fluide qui doit fournir les matériaux de la sécrétion sur l'organe sécrétoire. D'où il suit que si cette impression varie, le produit de la sécrétion doit varier aussi. Supposez donc que cette impression acquière un caractère spécifique quelconque , ce caractère passera né*
cessairement dans le produit de la sécrétion : ainsi se forment toutes les acrimonies.
Il résulte clairement de ce qui précède , que le système lymphatique une fois vicié d'une certaine manière, l'acrimonie scrophuleuse en dérive, comme l'effet dérive de la cause. Ea d'au très termes, l'acrimonie scrophuleuse n'est qu'une lymphe altérée par l'influence d'un état corrélatif du système lymphatique. Et je ne pense pas que le partisan le plus décidé da vitalisme ait aucune objection solide à faire contre cette définition, puisqu'elle découle de la nature même de la maladie scrophuleuse , considérée comme lésion des forces vitales.
D'après cette manière d'envisager le vice scrophuleux , il est clair que cette affection consiste dans la double altération des solides et des humeurs. Celles-ci, par l'action qu'elles exercent sur les vaisseaux, en augmentent l'irritation. La maladie devient générale de locale qu'elle était. L'acrimonie pénètre partout avec la lymphe, et la maladie scrophuleuse se propage de proche en proche, jusque sur les parties les moins riches en vaisseaux lymphatiques. 11 se fait des métastases : la phthisie scrophuleuse, par exemple, est bien plus souvent l'effet du transport métastatique du vice scrophuleux sur les poumons 5 que le résultat d^une affection primi-
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tive de cet organe, ainsi que l'a judicieusement observé M. Sœmmering.
La diathèse scrophuleuse est sujette aux mêmes formes, aux mêmes lois que les affections humorales. Les symptômes externes et les symptômes internes se détruisent mutuellement. Il n'est pas rare de voir l'affection des poumons céder à l'écoulement des yeux et des oreilles 5 j'ai vu la fièvre hectique, accompagnée de convulsions, cesser par l'apparition d'une éruption croûteuse à la tête, et reparaître à l'époque de la dessiccation de cette éruption ; j'ai vu , dans un autre cas, une fièvre lente mésentérique s'évanouir par l'influence d'une obstruction générale des glandes lymphatiques extérieures.
Qui pourrait méconnaître ici l'existence d'une cause matérielle qui passe d'un organe sur un autre? Qui pourrait nier que cette manière d'envisager la maladie qui nous occupe, n'exerce la plus heureuse influence sur le traitement, puisque c'est sur cette théorie qu'est fondée l'indication de combiner les moyens locaux avec les moyens généraux, et notamment avec les révulsifs et les purgatifs , qui très-probablement ne seraient pas indiqués, si le vice scrophuleux était une affection pure et simple des solides,