DEUXIÈME DEGRÉ
Symptômes caractéristiques de la maladie scrophuleuse.
Dans la seconde période, la maladie scropliuleuse paraît avec tous les symptômes qui lui sont propres ; elle tombe en quelque sorte sous les sens. Ici , en effet, les forces vitales nesont pas seules lésées 5 l'organisation elle-même est altérée, les fonctions sont troublées; enfin il est facile de distinguer cette maladie de tout© autre aux symptômes suivans :
1°. La premier et le plus commun de tous est la tuméfaction des glandes lymphatiques .
Elles sont d'abord petites, mobiles sous le doigt, élastiques, sans douleur et sans chan-^ gement de couleur à la peau. Celles des régions latérales du cou et de sa partie postérieure sont ordinairement les premières à ressentir l'influence du vice scrophuleux. Aussi l'exploration de ces parties est-elJe de la plus haute importance pour établir le diagnostic. Un peu plus tard, et quelquefois plus tôt, les glandes axillaires se tuméfient à leur tour, puis viennent celles des aines, et, dans quelques cas, celles de tout le corps.
Peu à peu leur volume et leur consistance augmentent; l'engorgement gagne les parties ambiantes, et c'est ainsi qu'elles perdent la mobilité dont elles jouissaient. Il est rare qu'une seule glande s'affecte; la contagion s'étend ordinairement à plusieurs; souvent même elles se confondent et forment une tumeur énorme^ ou se réunissent sans se confondre, de manière à figurer une espèce de chaîne {scrophulœ concatenatœ). Enfin, lorsque la maladie est portée à un assez haut degré, les vaisseux lymphatiques eux-mêm.es s'engorgent, et font éprouver au toucher la sensation d'une corde de violon.
Mais ce qu'il y a de particulier dans les tumeurs scrophuleuses , ce qui suffirait avec de l'habitude, pour les faire distinguer de toutes les autres, c'est un certain degré d'élasticité, très-connu des praticiens, mais qui ne peut se décrire. Quoi qu'il en soit , ces tumeurs peuvent rester dans le même état pendant plusieurs années; mais, dans le principe, elles ont une existence inconstante, je veux dire qu'elles paraissent et disparaissent de temps en temps.
A mesure que le vice scrophuleux fait des progrès, les tumeurs glanduleuses deviennent plus dures et moins mobiles. Dans quelques
cas , elles restent froides , indolentes 5 dans d'autres 5 la peau qui les recouvre devient rouge, une douleur profonde se fait sentir dans le sein même de la glande, l'inflammation s'en empare sourdement, et la suppuration s'établit ; mais le pus est toujours de mauvaise nature; il ne ressemble pas à celui qui découle d'un phlegmon abcédé. Enfin ces engorgement passent quelquefois à l'état squirrheux , et même à l'état osseux.
Dans quelques circonstances / les glandes lymphatiques acquièrent un volume énorme. On en a vu qui pesaient jusqu'à dix livres et plus encore; mais alors on ne peut plus les considérer comme des scrophules; ce sont des dégénérations stéatomateuses , ou des tumeurs enldstées , qui tirent, à la vérité, leur origine du vice scrophuleux.
Relativement au siège, on peut diviser les tumeurs glanduleuses en externes et en internes. Les premières se manifestent principalement dans les lieux que nous leur avons assignés; quelquefois on en rencontre partout; en sorte que tout le corps est couvert de scrophuîes. Elles s'établissent jusque dans les articulations, demanière à gêner les mou vemens. A l'intérieur, on en trouve fréquemment dans le mésentère, organe presque tout formé de glandes
et de vaisseux lymphatiques. Leur grosseur varie depuis le volume d'un petit pois jusqu'à celui d'une noix et au-dessus. On prévoit facilement l'influence de l'obstruction des glandes mésentériques sur l'élaboration et sur la marche des sucs nutritifs. Telle est la cause de celle espèce de consomption qu'on désigne vulgairement sous le nom de carreau. Quoique moins communes que dans le mésentère, les glandes dont nous parlons ne sont pas rares dans le foie ni dans la rate 5 on en rencontre quelquefois dans le cerveau. Mais , après le mésentère, le poumon est, sans contredit, l'organe le plus sujet aux engorgemens scrophuleux. Ces engorgemens, qu'on désigne alors sous le nom de tubercules, constituent la véritable cause de la phthisie scrophuleuse.
Les glandes scrophuleuses produisent des effets difiérens, suivant le siège qu'elles prennent'. Elles gênent la déglutition aux environs du phaiinx ; elles produisent des attaques d'asthme, si elles se développent dans le larynx ou dans la trachée-artère ; on conçoit de même comment elles peuvent produire la claudication , la constipation , ou la diarrhée, etc.
Mais poursuivons l'histoire des symptômes caractéristiques de la maladie scrophuleuse.
a''. Éruptions cutanées de différentes formes ^
particulièrement à la tête. Les en fans scrophuleux ont rarement la tête propre. Chez le plus grand nombre, elle se couvre de petits ulcères humides^ et de pustules lenticulaires qui versent une humeur plus ou moins fétide 5 et dégénèrent quelquefois en véritable teigne. La forme des éruptions qui se manifestent à la surface de la peau est aussi très-variable 5 ces éruptions se rapprochent tantôt des dartres, et tantôt de la gale; elles se montrent, dans, quelques cas, très-graves et très-rebelles. La gale symptomatique du vice scrophuleux peut se convertir, à force de se perpétuer, en gale véritable et contagieuse. Enfin remarquez attentivement que les affections cutanées dont il s'agit ont quelque chose de critique , et qu'elles servent , pour ainsi parler, de conducteur à la maladie, pour passer de l'intérieur à l'extérieur du corps.
S^. Phlegmasies des organes qui contien-nent beaucoup de glandes. L'ophlhalmie, connue d'ailleurs sous le nom d'ophthalmie scrophuleuse, est tout à la fois l'une des plus communes et des plus rebelles de ces phlegmasies. Elle a son siège dans les glandes de Meibomius , et constitue un des symptômes essentiels du vice scrophuleux. Elle est ordinairement compliquée de petits ulcère^
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qui versent une humeur visqueuse , désignée par Scarpa sous le nom de flux palpébral. Ceux qui sont affectés de cette espèce d'ophthalmie se réveillent, le matin, les paupières collées l'une à l'autre. Quelquefois même il est impossible de les détacher, et les malades restent toute la journée les yeux fermés. Ils témoignent, pour la plupart, une grande aversion pour la lumière, et se plaignent du trouble de la vue; dans quelques cas, la maladie est portée jusqu'à la désorganisation de la cornée. Souvent l'humeur qui s'écoule des yeux est tellement irritante, qu'elle enflamme et corrode toutes les parties environnantes. La fistule lacrymale , et le retour fréquent de cette lésion connue sous le nom à^orgeolet^ sont encore des effets de la même maladie. L'ulcération du bord libre des paupières est tellement caractéristique, qu'on peut affirmer avec confiance que les enfans qui présentent ce symptôme sont écrouelleux.
4^. Flux muqueux. Les plus communs de ces flux sont ceux des yeux et des oreilles {hlenorrhœa oculorum et aurium)\ cependant les bronches et les voies digestives fournissent aussi très-souvent une abondante sécrétion de mucus. Et de là des toux opiniâtres, des maladies pituiteuses de l'estomac, de mau-
vaises digestions , etc. Il n^est pas rare non plus de rencontrer chez les petites filles une blennorrhagie des parties génitales.
5°. Tension et dureté du ventre , par suite de la tuméfaction des glandes mésentériques.
6°. Ulcères scropJiuleux. Les glandes scrophuleuses ne restent pas toujours dans le même état; à la longue, elles s'enflamment et finissent par s'abcéder. Mais tous les ulcères scropliuleux ne sont pas précédés d'une tuméfaction des glandes ; il en est qui se développent spontanément par l'effet d'une lésion du système absorbant , ou d'une métastase. Dans tous les cas , ils sont faciles à reconnaître : ils ont un aspect sale , le pus qu'ils fournissent n'est jamais de bonne qualité ; au lieu d'être épais et bien lié, il est clair, aqueux et trèsirritant. De temps en temps les ulcères scrophuleux se*,cicatrisent dans un point et s'ouvrent dans un autre ; ils sont peu douloureux , opiniâtres , et tendent à se perpétuer sans fin.
7®. Tumeurs lymphatiques , élastiques , froides , de forme et de grosseur inégales , résultant de l'accumulation d'une lymphe plus ou moins épaisse dans les mailles du tissu cellulaire; susceptibles de se développer dans toutes les parties du corps*
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8**. Goitre {struma). La glande thyroïde et les parties environnantes acquièrent quelquefois un volume si considérable, que la respiration devient très -difficile; le retour du sang de la tête au cœur est gêné , et le malade est à tout instant menacé de suffocation et d'apoplexie. Cette affection tire souvent son origine du vice scophuleux. Aussi la rencontre-t-on fréquemment dans les pays montagneux , où la maladie scrophuleuse est elle-même trèscommune. Cependant^on ne peut nier qu'elle ne soit quelquefois locale et susceptible d'être produite par des causes locales : telles sont le refroidissement du cou, l'effort qu'exerce l'air contre les voies aériennes en chantant, en soufflant , en gravissant une montagne, dans le travail de l'enfantement ( de là vient que les femmes qui ont eu beaucoup d 'enfans y sont plus sujettes que les autres). Mais le phénomène peut-être le plus remarquable de cette affection, c'est d'être endémique dans tous les pays montagneux , ce qui dépend très-probablement de la qualité de l'air, des eaux , et de la diathèse scrophuleuse c[ui règne endémiquement dans ces mêmes lieux, (i)
(i) Le goitre est-il un effet de la diathèse scropliu-
loa TRAITÉ