‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 46 sur 94 · TROISIÈME DEGRÉ · texte numérisé non relu

TROISIÈME DEGRÉ

Période de désorganisation.

La troisième période embrasse premièrement les cas où la maladie scropliuleuse pusse

leuse ? Les médecins répondent différemment à cette question. Ambroise Paré ^ Riolan, Fo restas , Astruc, Morgagni , Heister , Haller , Callisen , Lientaud , Bordeu , etc. , sont pour l'affirmative. Wilmer ^ Prasser , "Wichmann , Sennert , MM. Fodéré , Coindet, etc., sont pour la négative. Les premiers s'autorisent de la ressemblance des causes qui paraissenl produire le vice ßcrophuleilx et le goitre, et surtout de ce que ces deux maladies se rencontrent assez souvent chez le même individu. Les autres disent alors qu'il y a complication, et rien de plus.

Dans son Traité sur le Goitre et le Crétinisme , M. Fodéré s'est fortement élevé contre l'origine scropliuleuse du goitre : non qu'il nie les points de contact que cette afîbction paraît avoir avec la diatlièse écrouelleuse ; mais il résulte du parallèle qu'il établit entre ces deux maladies que les différences sont plus nombreuses que les analogies : i\ le goitre n'est qu'une affection du cou^, qui n'entraîne aucun mouvement fébrile , aucune suppuration ; au contraire, le vice écrouelleux est répandu dans toute la texture des solides, partout il produit à la longue des ulcères qui finissent souvent d'une manière fatale pour le malade ; 2°. il est vrai que les enfans sont particulièrement sujets à l'une et à l'autre de ces deux maladies ; mais celui qui doit être écrouelleux^ a, de-

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du systènje lymphatique, son siège primitif, aux autres tissus , et revêt des formes insolites ;

puis sa naissance, une certaine épaisseur de la lèvre supérieure qu'on n'observe pas chez les goîu-eux ; 3°. les scrophuleux sont assez souvent inlelligens, spirituels; le goitre est presque toujours suivi d'une stupidité parfaite ; 4°. le développement des scrophules se fait assez généralement dans la première enfance, et disparait à l'époque de la puberté; le goitre survient à tous les âges, et la puberté n'exerce aucune influence sur lui; 5°. l'hérédité des scrophules est plus constante ; 6°. la nature seule a guéri souvent de vraies écrouelîes ; elle n'a jamais guéri de goitre ; mais l'art réussit presque toujours ^ pourvu que le malade change de pays.

Cependant les analogies qui rapprochent le goitre ( surtout celui qui est endémique ) du vice scrophuleux , comme d'affecter simultanément les mêmes individus, de naître dans les mêmes lieux , d'attaquer l'enfance et le sexe féminin , et particulièrement les tempéramens lymphatiques, d'être héréditaire, etc.; ces analogies, dis- je , sont trop nombreuses et trop fréquentes pour croire qu'il n'existe pas quelque dépendance de cause et d'eflét entre ces maladies. Aussi les médecins les plus modernes, tels que MM. Baumes, Portai, Rullier , etc. n'admettent exclusivement ni l'une ni l'autre des opinions émises par les auteurs que nous venons de citer; c'est-à-dire qu'ils croient que le goitre peut dépendre du vice scrophuleux ; mais ils sont loin d'affirmer qu'il provienne toujours de la même cause.

Même division entre les médecins à l'égard des causes qui produisent le goitre. Bordeu a consigné , dans sa

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ce qui fait qu'il n'est pas toujours facile de la reconnaître : en second lieu , les cas où elle at-

'Dissei^tation sur les écrouelles , une remarf[ue qui ferait Croire que la qualité des eaux n'influe en rien sur la production de cette maladie, ce II y a , dit-il , des cantons entiers clans nos vallées ( Pyrénées ) dans lesquels les femmes ont presque toutes des goitres . et qui ne sont séparés d'autres cantons , où l'on ne trouve presque point de goitre^ que par un torrent, avec ceci de singulier , que les habitans des deux bords du torrent se nourrissent de mêrae, boivent de la même eau, qui est pour l'ordinaire" celle du torrent mitoyen ; mais les villages dont les habitans sont sujets aux goitres, sont tournés vers le nord , au pied des montagnes qui leur cachent le soleil levant^ au lieu que les autres sont au levant et au midi. D'où il suit évidemment que la formation des goitres dépend bien moins de la nature de l'eau , à laquelle on les attribue généralement , que de l'influence du soleil ou de l'air. » {^Dissertation sur les écrouelles. ) L^opinion de cet auteur se trouve confirmée par les observations de M. Fodéré : seulement au lieu de faire dépendre le goitre d'un air humide et froid ^ ce dernier le rapporte à un air humide et chaud. L'air humide seul ne suffit pas, dit- il , pour causer le goitre , il faut encore que sa température s'élève jusqu'à produire une espèce de bain de vapeurs.

Je ne révoque point en doute assurément les observations de ces deux médecins célèbres ; mais pourquoi soupçonnerais-je la bonne foi de MM. Bally et Coindet? Le premier déclare formellement que le bronchocèle provient des eaux crues, doives, limpides^ à l'abri de

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taqne des organes ejsseiitiels à la vie, et ceux où la désorganisation menace prochainement les jours du malade.

l'influence salutaire du soleil , et de la longue action de l'air. Il est si vrai, ajoute-t-il, que le goitre est produit par la qualité de ces eaux , et non par l'humidité et le resserrement de l'air dans les vallées, comme quelques auteurs le pi'étendent, qu'il y a des fontaines dans mon pays ( au hameau de Thuet, département du Léman ) dont l'usage de l'eau pendant seulement huit jours , produit ou augmente cette, tumeur. Ceux des habitans du même village qui ne boivent pas des eaux de ces fontaines dont ils sont éloignés d'une portée de fusil, mais de celles d'un ruisseau, ou de la rivière d'Arve, ne sont nullement aft'ectés de goitre , et n'ont point une disposition à l'idiotisme ; cependant ils sont également adossés à la même montagne , et l'air est absolument le même dans ces lieux.

M. Coindet n'est ni moins clair , ni moins affirmatif ; il reconnaît deux espèces de causes capables de produire le goitre à Genève : l'une est l'usage des eaux dures, ou eaux de pompe des rues basses de la ville ; l'effet en est très-prompt. Ainsi, dit-il, les soldats delà garnison, composée surtout de jeunes gens étrangers au canton, qui s'abreuvent de ces eaux , en sont-ils atteints d'une manière aussi remarquable que prompte. Rarement grave, cette affection se dissipe alors d'elle-même en changeant de boisson; l'eau distillée empêche son accroissement, et même contribue à sa diminution. Dans le second genre de causes, il range les efforts de l'accouchement, dii vomissement , de la toux, la grossesse, etc. Ce pra-

1®. atrophie mésentérique ^ carreau. A mesure que les glandes mésentériques se tuméfient et s'engorgent 5 l'élaboration des principes nu tritifs devient de plus en plus incomplète 5 bientôt ils suspendent leur marche , et séjournent dans les vaisseaux lymphatiques , au lieu de se rendre dans le torrent de la circulation, et delà

ticien raconte qu'un goitre se développa d'une manière excessive pendant une première grossesse chez une jeune femme ; douze heures après être accouchée , il était entièrement disparu. ( Bibliothèque universelle y rédigée à Genève , juillet 1820. )

Voilà les faits ; ils sont difFérens, mais ils ne sont pas contradictoires. J'en conclus que le goitre peut être produit par la qualité des eaux, et par celle de l'air. J'espère qu'on ne verra pas dans cette manière de raisonner le désir de trancher la difficulté, ou de concilier des opinions. Il faut nier les faits, ou se rendre à cette double conclusion : or , comment nier les faits ? Ce serait accuser de mauvaise foi les auteurs qui les rapportent ; car ils sont si clairs , si frappans pour tout le monde , qu'il est impossible de lés mal interpréter.

Quant au crétinisme , il n'est guère possible de douter de son identité de nature avec le goitre , quand on considère, 1°. que les goitreux donnent habituellement naissance à des crétins ; 2°. que le crétinisme est très-souvent précédé ou annoncé par le goitre ; 3". que presque tous les crétins sont goitreux; 4° • q^^ ces maladies sont endémiques dans les mêmes lieux, etc.

( Note du traducteur. )

dans toutes les parties du corps dont ils sont destinés à réparer les perles. Tel est , si je ne me trompe 5 le mécanisme de la formation du carreau, affection caractérisée par le volume et la dureté du ventre, et le marasme des extrémités inférieures. La peau présente quelquefois de petits criptes glanduleux, dont on fait sortir , par la compression , une substance cérumineuse, en forme de petits vers, que le peuple regarde à tort comme la véritable cause delà maladie scrophuleuse.

L'alrophie rnésentérique est une des terminaisons funestes, et malheureusement une des plus fréquentes du vice scropbuleux.

2*^. Tumeurs blanches des articulations»

Elles dépendent le plus souvent de la diatbèse scrophuleiîse, et sont ordinairement compliquées de l'inflammation chronique des os, de carie , ou dégénèrent en carie.

3*^. Luxation spontanée. Affection particulière à la hanche, presque toujours de nature scrophuleuse. L'effet naturel de cette maladie est de produire insensiblement une accumulation de sérosité dans l'intérieur de l'articulation , qui chasse peu à peu la tête du fémur de la cavité cotyloïde, et la fait remonter dans la fosse iliaque externe , d'où le raccourcissement du membre et la claudication. Cette maladie se

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termine par l'ankilose, ou par la carie, (i) 4^. Hydropisies scrophuleuses, liest naturel qu'une maladie dont le siège est dans le système absorbant s'oppose aux fonctions de ce système, et que la sérosité n'étant plus absorbée, s'accumule dans quelque partie du corps. Celte accumulation se fait le plus souvent entre les mailles du tissu cellulaire des membres abdominaux; cependant elle a lieu quelquefois dans le bas-ventre. L'hydrocéphale, soit aiguë, soit chronique, dépend très -souvent de la même cause; et voilà pourquoi lesenfans scrophuleuxy sont plus sujets que les autres. Nous l'avons vu survenir plusieurs fois après la suppression du flux des oreilles ou des yeux , après

( I ) Ce n'est pas ici le lieu de décrire cette maladie ; je ferai seulement observer que M. Hufeland a commis la même faute que J. L. Petit, en attribuant le déplacement des l'os à l'accumulation de la sérosité dans l'intérieur de l'articulation. Les autopsies cadavériques ont appris que rien n'est plus rare que cette liydropisie , et qu'elle ne se rencontre presque jamais dans la maladie dont il est ici question. L'expulsion de la tête du fémur de sa cavité, est due au gonflement morbide des cartilages et des autres tissus blancs qui tapissent l'extrémité supérieure de cet os , et la cavité qui la reçoit ; et ce gonflement est presque toujours produit par le vice scrophu« leux.

( Note du traducteur. )

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la répercussion de la teigne, occasionnée par des applications inconsidérées , ou survenue spontanément ; comme aussi nous Favons vu disparaître au retour de ces mêmes symptômes. 5°. Phthisie scrophuleuse ou tuberculeuse. Le poumon est, sans contredit, un des organes sur lesquels le vice scropliuleux exerce le plus souvent ses ravages. Son effet le plus ordinaire est d'y produire l'engorgement des glandes lymphatiques; et de là la toux , des crachats pituiteux , des douleurs sourdes , et bien d'autres lésions de la respiration. Lorsque le poumon est farci de tubercules, ou, si le nombre en est petit , lorsqu'ils ont acquis un volume considérable, la nutrition générale languit, la sanguification se déprave , et la fièvre hectique se déclare. La phthisie scrophuleuse donne la mort, soit en mettant le poumon hors d'état de continuer ses fonctions , puisqu'elle le rend imperméable à l'air ( il est quelquefois squir= rheux ) , soit en y établissant un foyer de suppuration.

6^. Altérations des os. Le gonflement des os ^ connu sous le nom de spina ventosa , et la carie sont très-souvent des effets de la maladie scrophuleuse portée à un haut degré d'intensité.

7*^. Cancer scrophuleux. Il n'est pas rare de voir un engorgement scrophuleux passer à

Fétat de squirrhe , et même de cancer : telle est principalement Torigine du cancer humide qui se manifeste le plus souvent sur les lèvres. Le cancer du sein et celai de la matrice reconnaissent fréquemment la même cause.

8^. Consomption abdominale ( tabès abdominalis) y espèce de phthisie causée par l'obstruction des principaux viscères de l'abdomen^ ou par la formation de nouveaux produits, comme des stéatomes, dcssquirrhes, etc. Mais quelle que soit la différence apparente de ces lésions, elles sont toutes de même nature, puisqu'elles dérivent delà même source. La consomption abdominale diffère en outre du carreau , parce qu'elle n'a pas le même siège, et parce qu'elle se développe dans l'âge adul(e , au lieu que l'atrophie mésentérique est une maladie particulière à l'enfance. La consomption abdominale est ordinairement suivie de la mort. Je l'ai souvent observée chez les personnes dont l'enfance avait été scrophuleuse, et chez lesquelles il était absolument impossible de la faire dépendre d'une autre cause.

9°. Rachitisme. C'est une des formes les plus fréquentes et les plus terribles de la maladie qui nous occupe. Chaque aflection a, pour ainsi parler, son siège de prédilection; le vice

scropliuleux attaque souvent les os , et ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'il n'est pas rare qu'il se jette tout enlier'sur ces parties. Oa ne trouve ni tumeurs gl and uleuses , ni tu bercules, ni aucun des symptômes qui caractérisent la maladie du système lymphatique. Et cependant on ne peut douter que le rachitisme ne tire son origine du vice scropliuleux, puisqu'il paraît sous l'influence des mêmes causes , chez les individus entachés de ce yice, et, pour ainsi dire , à ses dépens ; car il est d'observation que les erigorgemens glanduleux et le ramollissement des os se suppléent mutuellement, quoique, à dire vrai, lorsque le rachitisme est bien développé , il est rare que les glandes s'affectent secondairement.

On reconnaît sans peine le rachitisme aux symptômes que nous allons indiquer : tête volumineuse, surtout à sa partie supérieure; gonflement des extrémités des os longs , et particulièrement de ceux du carpe et du tarse ; faiblesse , inaptitude à marcher , impossibilité de se tenir long-temps debout , déviation des os longs, et notamment du tibia, du sternum , des côtes , de la colonne vertébrale , dyspnée, esprit précoce et vif, etc.

lo^. Affections nerveuses dépendantes da vice scrophuleux. Par l'influence qu'il exerce

sur les nerfs, le \'ice scrophuleux détermine souvent des affections nerveuses très-opiniâ- Ires. Combien de fois n'avons -nous pas va chez les sujets entachés de ce vice des éruptions cutanées, des glandes engorgées , etc. disparaître tout à coup pour faire place à des spasmes , des paralysies, l'hypocondrie et cent autres lésions du même genre, lesquelles disparaissaient à leur tour au retour des premiers symptômes ? (i)

(i) J'ai noté comme une chose digne de remarque, la susceptibilité nerveuse dont jouissent la plupart des écrouelleux. Cette susceptibilité s'exalte quelquefois jusqu'à former un véritable état morbide , avec ceci de particulier, qu'étant produit par le vice scrophuleux, il disparaît sous l'influence du même traitement. Dans son Dictionnaire du Diagnostique , Hélian parle d'une colique scrophuleuse rebelle aux purgatifs et aux lavemens. Sauvages connaissait une famille dont tous les enfans périssaient avant l'âge de six ans , dans des convulsions qu'on ne pouvait rapporter qu'au vice scrophuleux. ( JSfosol. IV. 24. traduc. franc. ) M. Portai a fait des observations semblables. M. Baumes nous a donné l'histoire intéressante d'une épilepsie sympathique d'une affection scrophuleuse du bas-ventre, et dont il guérit le malade en faisant disparaître la maladie primitive. ( T'raité de V amaigrissement des enfans , p. 62. )

Quoique les faits de ce genre soient très-communs , ils ne sont pas généralement envisagés sous leur véri-

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C'est à la même origine qu'il faut rapporter les dérangeinens chroniques de la digestion ,

lable point de vue ; c'est ce qui m'engage à consigner ici une observation qui me paraît digne de l'attention des praticiens, sous le double rajDport de l'intérêt qu'elle présente , et du médecin qui me l'a communiquée (M. Double).

Une demoiselle âgée de vingt-six ans, d'une constitution délicate , d'un tempérament lymphatique et nerveux très-prononcé , fut affectée , dans son enfance , de plusieurs indispositions fébriles, et d'un écoulement derrière les oreilles qu'elle conserva jusqu'à l'époque de la menstruation.

L'éruption des règles se fit à quatorze ans sans trouble et d'une manière régulière ; cependant l'état de la malade, loin de s'améliorer ne fit qu'empirer. Bientôt après : leucorrhée , douleurs d'estomac , digestions difficiles , anorexie , atonie générale , Ophthalmie. L'usage des émétiques et des purgatifs ne fut suivi d'aucun résultat satisfaisant. On prescrivit les eaux d'Ax et de Luchon : celles-ci dissipèrent les désordres du système digestif, sans améliorer l'état des yeux, qui s'est soutenu toujours le même pendant quatre ans. A cette époque, il survint Une fièvre pernicieuse intermittente qui commanda l'emploi du quinquina ; la fièvre disparut, mais elle fut remplacée par des coliques, des douleurs de reins , des nausées , une constipation opiniâtre.

Outre les aecidêns dont nous venons de parler, mademoiselle est sujette, depuis cinq ans, à une fièvre continue qui reparaît tous les mois, et dure six, huit,

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la coiislipalion , la diarrhée, la suppression eî: Faugmenlaiion de plusieurs autres sécré-

dix jours. Dans les premiers temps , cette fièvre revenait à la fin de chaque menstruation, et finissait par une diari'hée ; aujourd'hui elle ne parait que six ou huit jours^ après, et se termine par des sueurs abondantes.

Pendant ce temps , tous les symptômes de Tir ri ta ti on abdominale s'exaspèrent ; il s'y joint de la difficulté pour uriner , des aphthes , des maux de gorge , de la bouffis- ^ sure au visage. On a remarqué que la durée et la violence des symptômes sont toujours en raison directe de l'abondance des règles , que la malade mange alors avec plaisir , et digère sans peine , et que tous les symptômes s'aggravent par l'efFet d'une diète un peu sévère.

On crut d'abord que l'état de l'utérus et son extrêm©^ sensibilité tenaient à l'aiFection des organes digestifs. En conséquence, on ordonna pendant long-temps , eî à des époques très -rapprochées, des vomitifs^ des purgatifs , etc. Plus on évacuait , plus la langue devenait sale,, plus les coliques étaient violentes , etc.

La maladie fut alors considérée comme dépendante d'une altération du système lymphatique , et l'on donna les amers , les altérans , les anti-spasmodiques sous toutes les formes. Mais les coliques devinrent si violentes , et la susceptibilité de l'estomac si grande, qu'il ne pouvait supporter aucun aliment.

Dans ce moment, on a supprimé presque tous les médicamens, et l'on a mis mademoiselle à l'usage d'un régime doux et tempérant : diète lactée, petit-lait, demibains, promenades agréables, etc. L'irritation abdomi« nale a diminué, mais la fièvre revient régulièrement

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lions , accidens auxquels les scropliuleax sont fort sujets.

avec tous ses accidens à la suite de chaque menstruation.

En 1816, mademoiselle se rendit aux eaux d'Andinat, d'après les conseils de son médecin ordinaire ; peu de jours après , elle fit une chute sur la tête , pour laquelle elle fut saignée. Elle se rétablit de cet accident,, retourna dans sa fariiille , et alla passer trois mois à la campagne pendant lesquels elle jouit d'une santé parfaite. Il est à remarquer que durant ces trois mois elle ne fut point réglée ; les menstrues revinrent le quatrième mois , et avec elles les maux de reins ^ les coliques, les anxiétés précordiales , la fièvre , etc.

En 1817, même phénomène : au retour des bains d'Ussat , la malade va passer l'automne à la campagne , éprouve une nouvelle suppression de règles qui dure encore trois mois, et la santé revient. Nouvelle apparition des règles , retour de tous les symptômes. L'état de mademoiselle s'est aggravé sensiblement depuis trois mois à la suite d'une frayeur causée par le sjaectacle d'une femme qui fut frappée d'apoplexie en sa présence.

Mademoiselle conserve son embonpoint et ses forces naturelles.

Jusqu'ici non-seulement cette maladie s'est montrée rebelle à tous les moyens qu'on a tentés pour la combattre, mais on peut dire qu'ils ont été plus nuisibles qu'utiles.

Tel est le mémoire que M. Dupeyre , médecin ordinaire de la malade, fit passer à M. Double pour avoiy son opinion sur une maladie qui avait mis en défant les

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11^. Le cj'étinisme est, selon moi, le plus haut degré de la constitution strumeuse. Ici

lalens et l'expérience des praticiens les plus distingués d'une ville célèbre dans l'histoire de la médecine.

Après un sérieux examen,, M. Double considérant le tempérament de la malade ^ et la nature des afîections qu'elle avait éprouvées^ crut que le principe essentiel de celte maladie avait son siège dans le système lymphatique^ d'où il agissait sympathiquement sur le sytème nerveux.

Si la prédominance du système lymphatique^ dit-il, se dissipe souvent pendant les orages de la puberté , il arrive aussi quelquefois que le système se dessinant alors avec plus de force , les maladies dont il est affecté augmentent dans la même proportion. C'est ce qui est arrivé à la malade qui fait le sujet de cette consultation. Quoique l'éruption des règles se soit faite régulièrement et sans trouble , cependant on a vu paraître à cette épofjue une leucorrhée , une Ophthalmie chronique , une atonie générale , l'anorexie , des digestions difficiles : tous symptômes appartenant évidemment à l'action vicieusement développée du système lymphatique.

La fièvre intermittente pernicieuse est étrangère à l'affection principale ; mais ce qui ne l'est pas , c'est la lenteur de la convalescence et les accidens dont elle fut suivie.

Il faut imputer aux dérangemens survenus dans les fonctions du système lymphatique , l'espèce de fièvre lente qui se reproduit tous les mois , sans offrir un caractère bien manifestement périodique ) les symptômes principaux qui se joignent à cette fièvre, tels que le«

l'infection est générale; ce n'est pas une seule partie , c'est le corps tout entier qui est écrouel-

aplites,Ia bouffissure du visage ^l'irritation abdominale ;, les maux dégorge, en révèlent assez la nature. Il faut en dire autant des voies de solution , la diarrhée et les sueurs.

Les notions d'anatomie comparée et les données physiologiques se réunissent aux faits pathologiques pour attester que le système sanguin est dans l'économie comme l'antagoniste du système lymphatique , et que la pléthore sanguine est le moyen le plus efficace à opposer aux dérangemeiis du premier. L'histoire de la maladie qui nous occupe est une nouvelle preuve de celle vérité.

Enfin , il est incontestable qu'une irritation nerveuse générale se joint comme complication à la lésion du système lymphatique. Cette irritation est d'autant plus importante à considérer, qu'elle a détourné de la pensée justement émise sur le caractère de cette maladie , et qu'elle a fait renoncer aux toniques et aux amers ; moyens indiqués , sans doute , par l'élément lymphatique , mais puissamment contr 'indiqués par l'éréthisme nerveux.

Il n est qu'un moyen , ajoute M. Double , de combatti'e efficacement l'affection du système lymphatique sans ajouter à l'irritation nerveuse, c'est le mercure en frictions. Ce moyen mis en usage à la campagne plutôt qu'à la ville , sagement dirigé , combiné avec une tisane mucilagineuse , des bains plus ménagés que de coutume, un régime mieux approprié , et surtout assez longtemps continué pour consommer environ quatre-vingts

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leux. L'organisation et les facultés intellectuelles s'arrêtent au milieu de leur développement; en sorte que les crétins semblent êlre d'une nature inférieure à celle des autres hommes. Le crétinisme a d'ailleurs son siège dans le système l3^mphatique comme la diathèse écrouelleuse;il naît sous l'influence des mêmes causes, est endémique comme le goitre et dans les mêmes lieux. On pourrait presque dire

gros de pommade m^ercurielle^ me paraît devoir être suivi des plus salutaires effets.

Cette méthode nous a réussi plusieurs fois dans des maladies du système lymphatique analogues à celle dont il s'agit, et l'expérience nous a convaincu que dans beaucoup de cas d'affections chroniques , où , par des circonstances accessoires , on a cru devoir employer le traitement spécifique de la syphilis, on n'a fait qu'une application fortuitement favorable du moyen que nous recommandons à la malade pour laquelle on nous fait l'honneur de nous consulter.

iV". ß. M. Dupeyre, dont le savoir égale la bonne foi, nous a dit à nous -même que ce traitement fut bientôt suivi d'une amélioration très-sensible ; tout faisait espérer un rétablissement complet très-prochain, lorsque la malade ayant vu tomber à ses côtés une personne qui lui était chère , se troubla tellement que tous les accidens se renouvelèrent avec force.

M. Dupeyre ayant cessé de voir la malade à cette époque, n'a pu nous donner d'autres renseignemens.

( Note du traducteur'. }

que le crétinisme est un goîlre général, (i) Au reste, le crétinisme n'est pas la seule imperfection d'organisation produite par le vice scrophuleux. Il en est d'autres qui se manifestent dans les premiers temps de la vie , ou même dans le sein maternel, et qui probablement n'ont pas d'autre origine. Tels sont en- Ir'autres le mutisme et la surdité de naissance , qu'on peut considérer comme un crétinisme partiel, tirant sa source du même principe, et transmis des parens aux enfans par des moyens dont la nature s'est réservé le secret. Aussi remarque-t-on que les familles scrophuîeuses sont celles où l'on rencontre le plus grand nombre de sourds -muets. On a fait la même remarque à l'égard des pays où la diathèse scrophuleuse est endémique.

Marche et pronostic de la maladie scrophuleuse.

De toutes les infirmités qui affligent l'espèce humaine, c'est certainement l'une des plus lentes et des plus difficiles à guérir. Elle appar-

(1) Le meilleur ouvrage que nous ayons sur cette maladie , est celui que vient de publier M. E. J. Phofen : Recherches philosophiques et inédicales sur le créti-' nisnie , Dresde ,1817.

\Note de l'auteur. )

tient à la classe des maladies constitutionnelles ^ c'est-à-dire , de ces maladies qui sont tellement identifiées avec la constitution, qu'il faut la renouveler toute entière pour détruire la disposition native dont elle est entachée.

La nature est bien plus puissante que Fart pour opérer cette grande révolution. Il n'est pas rare de voir la constitution strumeuse perdre d'abord de son intensité, et puis s'effacer complètement par Finfluence des secousses critiques de l'âge. C'est ainsi que les changemens naturels que la marche ordinaire de la vie introduit dans l'organisation du corps hu-main , font tour à tour paraître et disparaître le vice écrouelleux.

Considéré dans ses limites ordinaires et dans son siège primitif, le vice scrophuleux est une affection propre à l'enfance, et l'une des plus communes à cet âge, Elle se manifeste assez souvent dans la première année de la vie , et même plus tôt : preuve incontestable qu'elle est héréditaire. Elle affecte ordinairement le mésentère chez les enfans de deux ans; elle se jette sur les poumons à l'époque de la pu^ berté, etc. Elle paraît aussi très-souvent dans le cours de la troisième ou de la quatrième année , quelquefois même dans la septième ^ comme j'en ai vu des exemples ; mais il est

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bien rare qu'elle se manifeste pour la première fois à l'époque de la puberté.

Ordinairement la maladie scrophuleuse disparaît avant la septième année. Dans quelques €as pourtant elle persiste jusqu'à la puberté ^ et s'évanouit ensuite. Quelquefois même elle pousse des racines si profondes qu'elle accompagne le malade jusqu'au tombeau, en affectant toujours de nouvelles formes.

Mais la marche de cette affection n'est pas toujours continue; les intermissions y sont au contraire très-fréquentes. Elles durent quelquefois plusieurs années; de sorte que le malade se croit guéri, et tout à coup la maladie reparaît avec le même aspect, ou sous de nouvelles formes. On Fa vue même se renouveler avec tous les caractères qui lui sont propres, chez les femmes parvenues à leur temps critique, c'est-à-dire après avoir été suspendue pendant les vingt plus belles années de la vie, et pendant la vigueur des organes sexuels. A cette époque le squirrhe et le cancer, la phthisie tuberculeuse , la consomption abdominale , ne sont pas , comme on pourrait le croire, des maladies accidentelles, mais des effets tardifs de la diathèse écrouelleuse qui semble se réveiller d'un long sommeil.

C'est ici le lieu de rappeler la division que

nous avons fliile de la maladie scrophuleuse , suivant qu'elle se porte à Textérieur, ou à l'intérieur du corps. Dans quelques cas, et c'est principalement au début, elle affecte une tendance manifeste vers les parties extérieures ; témoins les engorgemens glanduleux , les affections cutanées, les ulcères, les oph~ thalmies, etc. Tout le temps que durent ces symptômes , les fonctions intérieures s'exécutent librement. Mais s'ils viennent à disparaître, soit spontanément, soit par des applications inconsidérées, tandis que la diathèse scrophuleuse subsiste encore, les organes placés à l'intérieur du corps s'affectent à leur tour; alors se manifestent la phthisie tuberculeuse , le carreau, l'hydrocéphale, l'ascite, les maladies nerveuses, etc. Au contraire, toutes ces affections s'évanouissent par le seul fait de la réapparition des symptômes extérieurs. Sur cette succession réciproque des effets extérieurs et intérieurs de la maladie scrophuleuse repose un des principes les plus essentiels de son traitement. Tel est encore le fondement de cette vérité banale dont ma pratique m'a fourni mille preuves, que les enfans qui ont eu de bonne heure la teigne, des croûtes de lait, ou d'autres éruptions analogues, sont ordinairement exempts des ravages intérieurs du vice

scrophuleux , et jouissent dans la suite d'une bonne santé.

La maladie scrophuleuse n'est pas mortelle par elle-même, mais elle peut le devenir, et le cas n'est que trop commun, soit en se jetant sur des organes essentiels à la vie, soit en opérant des désorganisations considérables. Ainsi l'on voit des personnes que le vice écrouelleux a laissé vivre pendant trente et quarante ans , et dont il termine tout à coup l'existence, sous le nom dephthisie, d'hydropisie, etc.; affections qui ne diffèrent enlr'elles que par le siège qu'elles occupent. J'ai vu plusieurs personnes périr à l'âge de quarante ans des suites de cette cruelle maladie.

Le carreau , la phthisie pulmonaire, l'hydropisie , le cancer, la carie et les ulcères malins : telles sont les affections consécutives du vice scrophuleux qui se terminent le plus souvent par la mort.

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