‹ Traité de la maladie scrophuleuseChapitre 91 sur 94 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Madame de L^*^ , de Rouen, âgée de

SUR liA MALADIE SCROPHULEUSE. ^8g

soixante-deux ans , se rendit à Paris, an commencement du printemps de i8i6, pour y consulter les plus habiles médecins sur un cancer énorme qu'elle avait au sein droit depuis plusieurs années. Le célèbre Laumonier, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen , 1 lui avait fait deux fois l'amputation de la mamelle squirrheuse et d'une tumeur analogue à celle qui était survenue à cette dame après la première opération , la dernière s'étant reproduite au moment où la cicatrice de la seconde s'achevait.

A l'époque où nous vîmes cette dame pour la première fois , la tumeur cancéreuse présentait le volume de la tête d'un enfant; elle était déprimée dans le centre par l'effet de l'adhérence que la cicatrice avait contractée dans ce point, tandis que le pourtour de cette tumeur offrait une série de tubercules vésicuîaires de couleur bleuâtre et de grosseurs différentes , séparés les uns des autres par des gerçures d'où s'écoulait une humeur jaunâtre ichoreuse, et d'une odeur extrêmement fétide. La"^ peau qui recouvrait cette tumeur était parsemée de veines variqueuses multipliées et trèsgrosses. Les glandes axillaires du même côté étaient engorgées, et l'une d'elles faisait partie de la tumeur. Le bras du côté affecté était

Sgo MÉMOIRE

engorgé, presque immobile, et la malade éprou» vait fies douleurs vives, lancinantes, qui la privaient du sommeil et l'entretenaient dans une anxiété permanente.

La plupart des médecins consultés avaient jugé une troisième opération impraticable et inutile. Madame de L**"^ , désespérée, était sur le point de s'en retourner à Rouen, lors» que , d'après les avis de l'une des dames que nous ayions opérées quelques années auparavant , elle vint nous consulter, Malgré lagra=f vile de la maladie dont nous avons retracé les principaux symptômes , nous conçûmes des espérances de succès d'une troisième opération , si on la faisait précéder et suivre du trai-^ tement dont nous avons parlé. La malade accepta avec joie notre proposition , et du n]éme jour, elle fut soumise à ce traitement que nous continuâmes pendant six semaines. Il eut pour résultat une diminution sensible dans les dou*leurs lancinantes et la résolution des glandes axillaires , à l'exception de celle qui faisait partie de la tumeur dont le \olume était resté à peu près le même.

Après ces préparatifs , nous appelâmes en consultation les médecins qui nous avaient aidé de leurs lumières pour la maladie de Muret, MM. Chaussier et Ribes. Ils approu-

SUR LA MALADIE SCROPHULEUSE. Sgt

vèrent l'opération que nous avions projetée; et, bien que le succès en fût très-incertain, son exécution difficile et dangereuse, ils convinrent qu'elle était indispensable et préférable aux caustiques que quelques médecins avaient conseillés ; enfin , nous pratiquâmes l'opération en présence des médecins consultés, assisté de l'un de nos élèves les plus distingués, M. Desruelles. Dans l'amputation de la tumeur, nous conservâmes le plus possible des tégumens qui la recouvraient; mais il fallut emporter une couche du muscle grand pectoral , à laquelle le cancer était adhérent ; noua prolongeâmes ensuite l'incision vers le creux de l'aisselle pour extraire la glande qui participait du cancer. Après en avoir extirpé toutes les racines, nous procédâmes à la ligature des vaisseaux et au rapprochement des bords de la plaie qui avaient un aspect effrayant. La masse cancéreuse , extirpée , pesait deux livres et trois onces. Elle était composée de corps ovoïdes fongueux, de grosseurs différentes, parsemés intérieurement de cellules remplies d'un fluide noirâtre et oléagineux. Ces cellules étaient séparées par des cloisons fibreuses , épaisses, et de couleur nacrée. Au total, cetts masse cancéreuse offrait un aspect particulier

qui ne s'observe pas ordinairement dans les cancers de la mamelle.

La plaie parcourut ses périodes sans aucun accident , et elle arriva , avant le soixantième jour, à une cicatrisation complète. Nous avons prévenu sans doute la récidive , par le soin que nous avions pris dans l'opération , de ne laisser dans le tissu cellulaire aucune portion squirrlieuse ^ et par le traitement que nous lui avons fait suivre pendant les premières années après l'opération. Cette dame , qui est venue nous voir à Paris il y a peu de temps, jouit d'une parfaite santé. La cicatrice est blanche, solide, et point douloureuse, quoiqu'adliérente aux côtes:

Nous osons croire que ces faits et les réflexions qui les accompagnent suffiront pour encourager les jeunes praticiens , et prouveront au public qu'il est très-peu de maladies , à moins qu'elles ne soient à leurs dernières périodes , qu'on ne puisse attaquer avec avantage , pourvu toutefois que les secours de l'art lioient administrés avec discernement.

FJN,

Uédicace.

Préface de i^'auteur P<^g^ S

Préface du traducteur , viij

Introduction i

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