PRÉFACE
sont pas très évidents sont pour la plupart si peu apparents, que l'œil ne peut point les distinguer. Comme la plus grande partie des symptômes syphilitiques se manifestent dans des parties superficielles et exposées à la vue, leur forme et leurs caractères généraux sont connus depuis longtemps des chirurgiens ; mais les modifications morbides plus intimes ne sont point appréciables à la simple inspection, et ne sont pas faciles à démontrer aux sens. Les observations que l'on peut puiser dans la pratique quotidienne s'offraient à Hunter comme aux autres pathologistes ; mais il devait rencontrer toutes les difficultés qui avaient arrêté les progrès de ses prédécesseurs, et il était exposé à être égaré par les mêmes causes d'erreur. Nous possédons, sur la maladie vénérienne, un grand nombre de faits qui sont bien établis. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d*nn accroissement de matériaux, mais d'une appréciation plus exacte de ceux qui sont en notre pouvoir, qui nous mette à même de les mieux comprendre, et qui dissipe les incertitudes et les contradictions apparentes qu'ils nous off*rent. Les faits signalés par John Hunter ne sont pas assez neufs et assez importants pour ajouter beaucoup, par eux-mêmes, aux notions pathologiques que nous possédons sur la syphilis. Hunter s'est donc trouvé dans la nécessité de raisonner d'^rès l'expérience anciennement acquise, et de borner ses efforts à la rectification des erreurs et au perfectionnement des connaissances de ses prédécesseurs, en soumettant les résultats de cette expérience à une induction plus parfaite. Dès lors, il n'est pas surprenant que ses travaux n'aient pas été aussi heureux ici que dans les autres branches de la pathologie, et qu'il ait souvent échoué dans ses tentatives pour dissiper l'obscurité qui enveloppe la maladie en question. On peut même se demander si son penchant naturel pour les généralisations ne l'a pas quelquefois égaré, et si, dans le désir de déterminer une loi générale, il n'a pas quelquefois perdu de vue l'ensemble des faits connus , et laissé cette loi plus incertaine encore qu'auparavant.
Une voie qui aurait conduit à des résultats plus élevés s'offrait aux investigations. Les symptômes de la maladie vénérienne, quoique très ^parents , sont en même temps si variés , que jusqu'à ce jour ils n'ont jamais été distingués avec un soin suf-
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fisant. Si Hanter avait employé toute la force et toute la pëné* tration de son esprit à décrire avec exactitude chaque symptôme isolé, pois à rechercher, pour chaque variété , quel est la tissu spécialement affecté et quelle est la nature particulière de l'altéFation morbide, il aurait établi un fondement solide à ses raisonne* ments, et il aurait certainement répandu des lumières sur Taffee* tiimsyphilitique etsur plusieurs autres qui lui ressemblent. Il est probable qu'il aurait déterminé les lois qui régissent l'action pro* pre du virus vénérien, de manière à empêcher qu'on ne puisse confondre les effets de cet agent morbide avec les maladies qui proviennent d'une autre source ; qu'il aurait expliqué les con» tradictions apparentes que l'on observe dans Teffet des remèdes, et qu'en appropriant chacun de ses derniers à sa classe propre de symptômes, il aurait rendu le traitement certain et rationnel, de douteux et empirique qu'il est. Il est certain qu'il aurait ouvert, pour de nouvelles découvertes , une voie dont on ne peut cal* caler l'étradue, et cela non seulement pour la maladie qui fait l'objet de cet ouvrage, mais encore pour d'autres maladies qui jusqu'ici ont été peu étudiées par les pathologistes , et surtout pour les éruptions et les autres affections de la peau.
On ne peut révoquer en doute que Hanter ne fut parfai* tement bien organisé pour remplir une semblable tfiche. Les descriptions qu'il a données dans l'ouvrage qui est sous nos yeux suffisent pour établir sa réputation. Elles n'ont jamais été surpassées en exactitude et en clarté , et elles constituent encore, après un demi-siècle, les types qui ont servi de point de départ à tous les auteurs plus modernes. Mais le plan que je viens d'esquisser aurait été pénible et long à remplir ; il aurait exigé le travail de toute une vie; le fruit qu'on pouvait en attendre était éloigné et incertain; ce fruit, l'auteur luimême ne l'aurait peut-être jamais recueilli , et il serait resté pour devenir le butin d'une autre génération. Hunier suivit son penchant naturel. Il préféra la route la plus décevante, celle qui parait être la plus directe, et qui a séduit tant de philosophes. Il voulut parvenir tout d'une fois , conjecturalement , à la connaissance des lois générales de la nature , au lieu d'y arriver pas à pas , par une étude minutieuse de ses opérations les plus élémentaires , et par une induction lente et gradueWa;
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«« Altéra ( via) a sensu et partiçularibus advolat ad axioraata » maxime generalia , atque ex iis princîpiis eorumque immola rvtritate judicat et invenit axiomata média ; altéra a sensu ■• ai partiçularibus excitât axiomata, ascendendo continenterat • gradattin , ut ultimo loco perveniatur ad maxime gène- » rai la. » (Bacon, diz-neuvième aphorisme,)
Mais quoique ce traité mérite, plus que tous les autres ouvrages de Hunter , le reproche de renfermer des généralisations prématurées , il est cependant rempli d'observations pratiquée de la plus grande valeur, et doit toujours former une partie essentielle des études de tout chirurgien qui désire se familiaciser avec la maladie dont il traite. Dans cette édition , on a liché de le rendre d'une utilité plus générale en y associant les résultats des travaux des autres chirurgiens. Les opinions 4e Hunter ont été traitées avec le respect qui est d& à sa haute Imputation ; mais on a exposé tous les faits importants qui ont Hé mis en lumière par d'autres pathologistes, soit qu'ils con- Itrment, soit qu'ils rectifient ses doctrines, afin que les leeteurs puissent embrasser d'un seul coup d'œil l'état actuel de la science , et qu'en comparant les idées des autres pathologistea à celles âe Hunter, ils puissent juger du degré de confiance qu'ils doivent avoir dans les opinions de ce dernier.
Londrss, le 4 6 juin 4 931.
TRAITE