ARTICLE PREMIER
Tissus analogues à ceux de l’état sain.
§• Ier.
Plaques cartilagineuses de l'arachnoïde rachidienne.
Parmi les productions accidentelles des membranes de la moelle épinière, il n’en est pas d’aussi fréquentes que les plaques cartilagineuses de l’arachnoïde rachidienne. Ces lamelles, qu’on trouve dans la portion spinale de cette membrane séreuse (on n’en a point encore observé de semblables dans l’arachnoïde cérébrale), sont d’un blanc opalin , de forme irrégulière, ayant raremen t plus de trois lignes de diamètre, et d’une épaisseur qui diminue graduellement du centre à la circonférence; de là leur opacité bien plus grande dans leur milieu : j’en ai vu plusieurs fois qui avaient quatre à cinq lignes de diamètre. Ordinairement on les observe dans le feuillet de l’arachnoïde qui revêt la pie-mère de la moelle du côté de sa face postérieure : j’en ai trouvé bien moins fréquemment du côté de sa face antérieure. Moins souvent elles existent dans le feuillet qui recouvre la dure-mère; on en observe rarement dans les enveloppes de la portion cervicale. Elles occupent près-
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que toujours la partie inférieure de la région dorsale.
Quand il y en a un très-grand nombre, elles sont en général plus petites, et à l’incision de la dure-mère du canal vertébral , il semble , au premier aspect , que la moelle soit recouverte par un liquide limpide au milieu duquel nage une multitude de grumeaux de savon blanc; l’arachnoïde qui supporte ces petites lamelles produit cet effet par sa grande transparence et son extrême ténuité.
Lorsqu’on examine attentivement les lamelles les plus minces , elles semblent simplement accolées à l’arachnoïde, quoique pénétrant réellement dans son épaisseur. La face par laquelle elles répondent au côté libre de la membrane séreuse est légèrement rude au toucher. Si on observe cette face sur des lamelles plus larges, plus épaisses, on aperçoit distinctement à l’œil nu un nombre infini de petites aspérités implantées perpendiculairement à cette surface, isolées jusqu’à leur base, et produisant sur l’extrémité du doigt une sensation analogue à celle que cause la langue du chat. La face opposée de la lamelle est lisse et polie. Celte disposition particulière me porte à penser que ces productions cartilagineuses se développent primitivement à la face externe de l’arachnoïde, probablement dans le tissu cellulaire sous-séreux et très-vasculaire qui correspond à la pie-mère, et que les aspérités qui s’élèvent de la surface de la lamelle , du côte où elle est en contact avec lç feuillet arachnoïdien , traversent peu à peu cette membrane.
Quand on plie fortement ces lames accidentelles,
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elles se cassent net comme les cartilages, et leur division présente deux surfaces lisses d’un blanc bleuâtre, absolument semblables, pour la couleur et l’aspect, à celles d’un cartilage coupé ou rompu. Elles sont flexibles, et ne peuvent ainsi se casser que lorsqu’elles ont une certaine largeur et une épaisseur assez grande. Ainsi brisées, elles paraissent évidemment appliquées à la face externe de l’arachnoïde qui n’est pas ordinairement plus épaissie à leur circonférence, et qui ne paraît point alors passer au devant d’elles , parce que les aspérités, en se développant, traversent cette membrane, et la percent. Lorsqu’on fait dessécher ces lamelles avec le feuillet séreux, elles deviennent d’une transparence presque égale à la sienne.
M. Chaussard (1) a reconnu aussi qu’elles perdent de leur couleur nacrée par la dessiccation , et de leur épaisseur; elles deviennent plus transparentes et plus élastiques; soumises à une ébullition prolongée, elles se ramollissent, se dissolvent en partie; plongées dans l’acide nitrique, elles deviennent promptement jaunes, et se raccornissent ; par l’action des acides sulfurique et hydrochlorique , elles prennent une couleur brune et un plus grand degré de mollesse.
Ces différens caractères paraissent propres à toutes les productions cartilagineuses qu’on a observées sur l’arachnoïde rachidienne. Morgagni (2) dit en avoir observé une de la forme et de la grosseur d’une semence médiocre de courge, placée en travers, blanchâtre,
(1) Dissert. cit. , pag. 25»
(2) De scdil). et caus. . epist. 25 . seel. p
déjà presque opaque, un peu rude, et évidemment inégale à sa face interne : plus rapprochée du côté gauche, elle répondait à la onzième vertèbre du dos.
M. Esquirol (i) en a trouvé plusieurs sur l’arachnoïde rachidienne d’une femme épileptique : j’ai fait la même observation sur plusieurs épileptiques, et entre autres chez un jeune homme âgé de vingt-un ans. J’en ai rencontré un grand nombre de fois, et toujours elles m’ont offert les caractères que je viens d’exposer. Une seule fois j’en ai observé une sur l’arachnoïde qui revêt la portion de la dure-mère appliquée sur la face préspinale du canal rachidien. Elle était à la hauteur de la sixième vertèbre dorsale , et avait la forme d’un carré irrégulier de quatre lignes de diamètre en tous sens. Il n’y en avait aucune autre dans toute l’étendue de la membrane séreuse.
Je ne connais pas d’exemple où l’on ait bien constaté que ces plaques fussent osseuses. On cite l’observation de M. Esquirol, mais rien ne prouve que ces lames offrissent réellement lçs caractères du tissu osseux. Voilà d’ailleurs la courte description qu’il en donne : « Toute la face externe de l’arachnoïde rachi- » dienne était parsemée de petites lames osseuses d’un » blanc mat, et d’une à deux lignes de diamètre. » Ce peu de mots me semblent, au contraire, désigner positivement les lamelles cartilagineuses dont il est ici question , et je suis porté à croire qu’il en était de même des concrétions osseuses dont parle M. Chaussier (2). Ce-
(1) Bullet. de la Fac. de méd. de Paris, torn. 5 , pag. 4 26.
(2) Ouv. cité, pag. i54-
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pendant, je ne prétends pas avancer qu’il ne puisse exister de plaques osseuses dans l’arachnoïde vertébrale; je dis simplement que je ne connais pas d’exemple bien constaté d’une ossification véritable de ces lamelles.
L’existence de ces plaques cartilagineuses est trèscommune chez les vieillards; toujours elles sont bornées à l’arachnoïde rachidienne. Cette circonstance peut faire présumer qu’elles résultent des progrès de l’âge; mais telle n’est pas toujours leur origine, et je suis assez porté à croire qu’elles sont aussi le résultat d’irritations plus ou moins répétées du centre nerveux rachidien et de congestions des vaisseaux de ses enveloppes. A la vérité, on n’observe avec elles le plus ordinairement aucune trace de méningite; mais si elles dépendent exclusivement, dans certains cas, des changemens qu’apporte la vieillesse, il est également certain qu’on les rencontre souvent chez des individus qui ont été tourmentés de lumbago, de douleurs rhumatismales ou présumées telles , dans le dos^ et les épaules. Enfin , elles ne sont pas rares chez les épileptiques, dont le centre cérébro-spinal est évidemment influencé morbidement d’une manière quelconque, et ces malades succombent habituellement dans un âge peu avancé : j’en ai observé plusieurs, ainsi que je viens de le dire, chez un épileptique âgé de vingt-un ans (obs. lxxvii), dont les méninges spinales offraient en même temps les traces d’une inflammation chronique. Dans le fait que j’ai cité d’après M. Brierre(i), on a vu que les plaques cartilagineuses existaient en même temps qu’une
(1) Vny. pag. G5i.
méningite, el que l’arachnoïde offrait plus d’opacité et d’épaisseur dans leur voisinage. Plusieurs lois j’ai trouvé alors un emphysème qui soulevait la membrane séreuse. i
M. Andral fils a vu (1) la surface externe de la duremère rachidienne parsemée postérieurement de plusieurs petits corps d’un blanc nacré, arrondis, ayant, terme moyen , le volume d’un pois, et qui, sous le rapport de leur texture, pouvaient être divisés en deux classes : les uns étaient composés de fibres distinctes , comme pelotonnées , et ne semblaient être qu’une sorte de végétation du tissu même de la dure-mère ; les autres ne présentaient aucune apparence de fibres, ils avaient l’aspect du cartilage.
Ossifications accidentelles.
On trouve rarement des ossifications partielles dans les méninges spinales. J’en ai rapporté plus haut un exemple très-remarquable (observation lxxxv) : la plaque osseuse, dont la forme était moulée sur l’étui membraneux de la moelle, avait une ligne et demie d’épaisseur, trois lignes de largeur et deux pouces de longueur; dans le point correspondant, la moelle était ramollie et détruite. Tout annonce dans cette observation que cette production accidentelle résultait d’une inflammation chronique et bornée h cette portion de l’axe ra-
(1) Dieu de inéd. , an. Moelle.
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chidien. Chez un homme de moyen âge, M. Andral a trouvé aussi la dure-mère véritablement ossifiée dans une étendue de deux pouces de long sur un pouce de large : la plaque qui en résultait ne faisait qu’une trèslégère saillie sur les deux faces de la dure-mère. Cette plaque avait tout-à-fait la consistance et la texture d’un os large.
J’ai vu plusieurs fois la face externe de la duremère rachidienne recouverte d’aspérités réellement osseuses, lorsqu’il existait une carie des vertèbres. Ces granulations osseuses sont implantées dans le point qui correspond à l’altération des os, et où l’on remarque ordinairement un liquide purulent plus ou moins abondant. Une seule fois j’ai trouvé la dure-mère décollée dans l’étendue de trois pouces environ , du corps des vertèbres cervicales ; sa surface correspondante était très-rugueuse , recouverte de petites aspérités osseuses, et il n’y avait pas de pus épanché.