OBSERVATION CV
Mouvemens convulsifs passagers ; douleurs vives dans le bras gauche, suivies de la paralysie du mouvement ; nouvelles convulsions dans les membres inférieurs ; plus tard , paraplégie complète ; apparition de douleurs dans le membre supérieur droit dont les mouvemens deviennent de plus en plus difficiles. Production encéphaloïde dans la partie supérieure de la région dorsale de la moelle , occupant particulièrement le côté gauche (2).
Madame Martin, veuve Charlet, âgée de trente-six ans, native de Paris, d’une stature ordinaire, d’un tempérament nerveux, lymphatique, eut une maladie qui
( 1) Archiv. gén. de méd. , loin. 7. Mars 1825.
(2) Id. , obs. de M, Yclpcau, id. Janvier 182b.
fut regardée comme nerveuse, à l’àge de vingt-sept ans. Depuis cette époque elle avait d’ailleurs joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de trente -quatre' ans; alors elle éprouva de cuisans chagrins ; travaillant à l’aiguille , elle était obligée de prolonger ses veilles fort avant dans la nuit. Elle habitait un local bas, humide; souvent elle sentit le froid tomber d’en haut Sur ses reins. Il lui survint quelques mouvcmens convulsifs, qui cessèrént bientôt. Peu de temps après, le bras gauche fut pris d’une douleur vive, pour laquelle on employa toutes sortes de moyens, mais qui ne fut èn partie calmée que par les opiacés. Ces accidens persistèrent ; il s’y joignit ; des maux de tête ; les règles cessèrent. Enfin , un mois avant son entrée à l’hôpital, après de nouveaux chagrins , les douleurs du bras augmentèrent ; mais les mouvemens devinrent peu à peu impossibles dans ce membre ; de nouvelles convulsions survinrent aussi dans les extrémités inférieures, et furent suivies d’une paralysie complète.
Lorsqu’elle fut arrivée à Saint-Côme, la malade se présenta dans l’état suivant : figure calme et naturelle ; facultés intellectuelles parfaitement saines. Cette femme ne se plaignait point, ne souffrait alors que très-peu du bras gauche, qu’elle ne pouvait mouvoir, mais dont là sensibilité était encore peu altérée; les mouvemens du bras droit , quoique difficiles , étaient possibles cependant. Ce dernier membre était le siège d’assez vives douleurs; il n’y en avait pas dans le reste du corps. Il y avait peu d’appétit et de soif. La langue était très-légèrement rouge; la respiration facile, mais faible; lè
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pouls était frequent, et parfois assez fort, mais en gé-» néral petit et régulier. Il y avait une escarre large et profonde au sacrum ; les membres abdominaux étaient infiltrés ; la moitié inférieure de la poitrine , et tous les organes plus inférieurs qui sont soumis à l’influence de la volonté, avaient complètement perdu la faculté de sentir et de se mouvoir. Cependant la malade se plaignait souvent d’irradiations dans le ventre, irradiations qui produisaient un sentiment de froid glacé fort incommode. Les matières fécales et les urines sortaient sans que la malade en eût connaissance. Cette femme ne paraissait pas avoir la moindre idée de la gravité de son mal, et son âme était parfaitement calme. Deux vésicatoires furent appliqués derrière la colonne vertébrale; des boissons adoucissantes, le tilleul, la violette, la guimauve, etc., furent successivement administrées. Un régime doux fut également suivi. L’escarre du sacrum a toujours été pansé, d’abord avec du sparadrap de diachylon et de la charpie , puis avec des plumasseaux enduits de styrax. Néanmoins la malade s’est épuisée graduellement et d’une manière presque insensible; de sorte que, jusqu’au 2 décembre , aucun autre symptôme notable ne s’est manifesté, si ce n’est que l’escarre avait envahi toute la peau qui correspond au sacrum et à une partie des fessiers, mais sans avoir jamais déterminé le moindre sentiment de douleur.
La faculté de mouvoir le membre thoracique droit s’est insensiblement perdue. La malade se plaignait encore des douleurs qu’elle y ressentait trois jours avant la mort; en la piquant en cet endroit ou en la pinçant, on
lui faisait jeter les hauts cris. Le bras gauche a fini par n’être plus le siège que d’un sentiment vague et peu distinct. La faiblesse a augmenté d’une manière sensible, un état fébrile s’est déclaré, la parole s’est affaiblie, les yeux se sont graduellement éteints, et, après deux mois et demi de séjour dans l’hôpital, cette malheureuse a succombé, sans agitation et presque sans agonie, le i4 décembre 1823.
Autopsie cadavérique.
Les membres pelviens étaient infiltrés; il n’y avait rien de remarquable dans le reste de l’extérieur du cadavre. Dans le crâne, le cerveau était très-sain et trèsferme; au premier aspect, dans le canal vertébral, il parut ne pas y avoir de lésion ; mais , dès que la duremère fut ouverte, on vit sur l’arachnoïde rachidienne, dans ses trois-quarts inférieurs, une grande quantité de petites plaques d’un blanc opalin, d’un diamètre d’une à trois ou quatre lignes : on avait d’abord cru que ces plaques n’étaient autre chose que des lamelles de savon antérieurement suspendues dans l’eau avec laquelle on avait lavé le rachis, où elles se seraient alors déposées. Elles ont tout au plus un quart de ligne d’épaisseur : il n’y en a que dans la moitié postérieure du canal; quelques-unes, très-petites, seulement existaient en avant. Leur face qui regarde la moelle est inégale et rugueuse; l’autre est lisse et polie; elles sont d’autant moins nombreuses et moins rapprochées, qu’on s’élève davantage dans le rachis. Aucune n’est adhérente à la moelle ni à
PRODUCTIONS MORBIDES
la pie-mère; elles flottent clans l’arachnoïde nui est partout transparente; tout paraîtsain autour de ces plaques. La moelle elle-même paraît saine; elle est peut-être un peu plus ferme que dans l’état naturel , dans toute son étendue; du reste, ses membranes ne sont aucunement épaissies, et les plaques blanches, d’aspect cartilagineux, paraissent être développées dans l’épaisseur même de l’arachnoïde, ou plutôt elles sont plaquées à la face qui regarde la moelle. Toutes les racines postérieures des nerfs sont distinctes et ne présentent aucune altération . Le tout, jusqu’ici, n’a été vu que par la région postérieure, et la moelle, incisée dans plusieurs endroits et toujours vue par derrière, ne présente rien de remarquable; mais, en l’enlevant de son canal , on découvre, en haut de la région dorsale, une production accidentelle qui couvre toute la face antérieure du cordon médullaire, depuis la sixième paire cervicale jusqu’à la troisième dorsale.
La couleur de cette production est d’un rouge-jaunàtre, comme rouillée et ferrugineuse; elle est placée entre la moelle et l’arachnoïde, de manière à presser fortement la première, à laquelle elle parait être intimement unie; en sorte qu’il y a continuité de substance entre le tissu naturel et le corps accidentel. Il est impossible de retrouver la membrane propre du cordon rachidien. Cette végétation est aplatie, et plus épaisse à gauche qu’à droite : dans le premier sens, elle a bien trois lignes ; tandis que, dans le second , elle ollre tout au plus une ligne et demie. On peut la renverser de ce dernier côté vers l’autre^usqu’au sillon antérieur latéral
gauche, d’où elle paraît particulièrement tirer son origine, et où les racines correspondantes des nerfs ne peuvent plus être distinguées. Les racines postérieures de ce côté sont visibles encore, mais évidemment altérées à droite; les racines antérieures sont tellement comprimées, qu’on n’en distingue plus que quelques filets; les postérieures correspondantes sont d ns 1 état normal. En somme, la moelle est fortement aplatie par cette espèce de fongus, mais plus particulièrement du côté gauche. La nature de ce corps paraît être cérébriforme : en effet, sa surface libre est inégale et comme légèrement plissée. A part la couleur qui est pi us rousse, et la forme qui est irrégulière et aplatie, elle offre assez bien l’aspect de l’extérieur de la moelle encore enveloppée de sa membrane propre; son tissu n’est ni fibreux ni cartilagineux; ce n’est'point de la matière tuberculeuse ni squirrheuse; c’est une substance d’un blanc jaunâtre, grasse, dans laquelle on reconnaît des vaisseaux sanguins et des filamens celluleux ; enfin , elle a la même consistance et présente les mêmes caractères que la tige, avec laquelle elle se continue manifestement. Derrière cette altération , de même qu’au-dessus et audessous, la tige centrale des nerfs est dans l’état le plus sain ; incisée d’espace en espace, elle n’est pas davantage altérée. La carie du sacrum n’avait aucun rapport avec l’intérieur du canal vertébral. Les autres organes n’ont rien offert de particulier.
J’ai déjà fait remar quer (1) les rapports qui existaient entre le siège de cette tumeur et les changemens sur-
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venus dans le mouvement et la sensibilité des membres supérieurs, tandis que les inférieurs avaient clé' complètement paralysés, par suite de la compression que la moelle épinière éprouvait. Mais j’ai voulu rapporter ici avec détail cette observation, afin de donner une idée exacte de cette altération remarquable. Il est évident qu’elle a pris naissance clans le tissu même de la moelle épinière, et les caractères qu’elle présentait ne peuvent laisser aucun doute sur la nature de ce tissu accidentel.
Je ne connais pas d’exemple de mélanose et desquirrhe développés dans la moelle épinière, et je ne sais pas si l’on peut rapprocher de cette dernière altération la tumeur trouvée dans la région cervicale de la moelle épinière du sujet dont j’ai rapporté précédemment l’histoire (obs. xcii); la description en est trop succincte pour qu’on puisse rien décider à cet égard.
Tubercules développés dans la substance de la moelle épinière.
En traitant des épanchemens sanguins circonscrits
dans l’intérieur de la moelle, nous avons vu qu’on n’en avait observé jusqu’à présent que dans sa partie supérieure , et surtout dans les points les plus voisins de l’encéphale. J’ai fait remarquer à ce sujet, que la moelle épinière semblait participer d’autant plus aux altérations communes dans l’encéphale, qu’on l’observait dans ses parties les plus supérieures. On peut faire ici l’application de la même idée, car les tubercules sont fréquens dans le cerveau, et la portion céphalique de la moelle
épinière est celle où Ton a jusqu’à présent rencontré le plus souvent des tubercules ; il existe du moins peu d’exemples de leur développement dans les régions dorsale et lombaire. Tantôt la substance médullaire qui environne le kyste est plus résistante, tantôt elle est ramollie ; d’autres fois, elle ne présente aucun changement appréciable. Je citerai d’abord l’exemple que Bayle a rapporté dans ses Recherches sur la phthisie (obs. vin).