‹ Traité de la moelle épinière et de ses maladies, [electronic resource]Chapitre 7 sur 84 · CONGESTIONS SANGUINES ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS · texte numérisé non relu

CONGESTIONS SANGUINES ET ÉPANCHEMENS RACHIDIENS

Quand on examine avec attention le système vasculaire du rachis et de la moelle épinière chez les individus avancés en âge , on est frappé du nombre considérable de dilatations qu’on rencontre dans les différens points de son étendue. Ce phénomène, qui s’observe assez fréquemment, résulte de causes nombreuses. Les unes dépendent de la distribution et de la disposition parti-

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culièrc des vaisseaux rachidiens, surtout des veines qui sont entièrement dépourvues de valvules; et quoique leurs anastomoses soient larges et fréquentes, il est facile de reconnaître que la circulation s’y opère trèslentement, avec difficulté, et qu’elle peut éprouver souvent une gène plus ou moins grande. J’ai trouvé fréquemment chez les vieillards des caillots fibrineux remplissant toutes les ramifications veineuses de la moelle, ainsi que celles qui accompagnent ses nerfs, caillots dont la présence , résultant de la stase prolongée du sang dans ces vaisseaux , attestait la .lenteur du cours de ce liquide.

D’un autre côté, l’influence directe de la respiration sur cette portion du système circulatoire, y détermine de nombreuses modifications , et devient môme la source d’obstacles à cette circulation (i), soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie; c’est ce qui a lieu dans les efforts, dans les émotions fortes, et dans les affections qui apportent un trouble plus ou moins marqué dans l’acte respiratoire. D’après ces diverses considérations, il est difficile de penser que des congestions répétées dans cette région profonde soient sans effet sur les fonctions que la moelle épinière et ses nerfs sont appelés à remplir, lorsque nous voyons le trouble si grand que produit une congestion légère et à peu près analogue dans les fonctions du cerveau. Cette analogie est réelle quant aux effets de ces congestions mais non quant à leur siège, car il est évident qu’ici c’est surtout dans les vaisseaux extérieurs à la moelle ,

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(i) Tom. i , pag. 38 et 46-

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et non dans ceux de son tissu , qu’existe l’afflux du sang.

Ces réflexions m’ont été suggérées par l’observation de plusieurs individus affectés d’une paralysie quelquefois générale, mais incomplète, sans lésion des facultés intellectuelles , et chez lesquels la sensibilité et le mouvement revenaient après un temps plus ou moins long. Je ne doute pas, d’après différentes ouvertures de cadavres que j’ai faites dans cette circonstance, qu’on doive attribuer ces symptômes à une accumulation plus ou moins rapide du sang dans les vaisseaux rachidiens, accumulation qui devient elle-même la cause d’une exhalation plus abondante du liquide vertébral. En général, j’ai remarqué qu’il y avait d’autant plus de sérosité dans le canal vertébral, qu’il existait une congestion sanguine plus .grande dans les veines du rachis et des enveloppes membraneuses de la moelle. Ainsi, la lenteur et la difficulté du cours du sang veineux peuvent être ici les causes d’une hydropisic indépendante de l’inflammation des méninges rachidiennes, fait dont on a déjà cité de nombreux exemples pour les autres cavités séreuses (i).

Telle est la source de l’engourdissement plus ou moins douloureux des membres avec affaiblissement du mouvement, qu’on remarque chez certains individus, et qui s’étend successivement des membres inférieurs au tronc et aux membres supérieurs. Les malades restent couchés sur le dos dans un état de paralysie générale, mais incomplète; les mouvemeos du thorax sont quelquefois ralentis, et la respiration , qui

(1) V oy. Dict. de méd. , art. Hjclropisie.

CONGESTIONS . SANGUINES

d’ailleurs est régulière, semble ne s’opérer que par l’action des muscles respirateurs externes et par le diaphragme; la circulation générale rie paraît pas sensiblement influencée.

Dans cette paralysie, il n’est pas rare de voir les malades recouvrer peu à peu le mouvement et la sensibilité, et les symptômes disparaître graduellement de haut en bas. Les fonctions du rectum et de la vessie sont peu troublées, et les facultés intellectuelles restent intactes.

Avant d’aller plus loin , j’insisterai sur cette dernière circonstance pour faire ressortir la différence qui existe entre cette paralysie générale incomplète , et celle qu’on observe assez souvent chez les aliénés, surtout chez ceux dont la folie résulte de la masturbation , des excès vénériens , de l’abus des liqueurs spiritueuses , de l’usage très-prolongé du mercure, des chagrins profonds, des fatigues et de la contention de l’esprit : on la voit succéder aussi aux aliénations qui ont été accompagnées d’une agitation très-violente. Dans cette espèce de paralysie, l’embarras de la langue est le premier symptôme qui se manifeste en môme temps qu’un défaut d’assurance dans la marche; cette difficulté des mouvemens de la langue et des membres inférieurs augmente progressivement et simultanément; les membres supérieurs deviennent à leur tour plus pesans, leurs mouvemens s’embarrassent, et les individus succombent au bout de quelques années, dans un état de paralysie générale plus ou moins complète, avec un reste de sensibilité plus ou moins obtuse.

EX ÊPANCIIEMENS RACHIDIENS. /j5i

La marche de cette affection offre, comme on le voit, lm caractère particulier qui la distingue de celle dont je m’occupe ici. Les symptômes d’une lésion cérébrale sont concomitans de la paralysie des membres inférieurs, tandis que l’on n’observe rien de semblable dans la paralysie qui résulte d’une congestion rachidienne, les individus sur lesquels elle se manifeste n’offrant aucun signe d’une affection de cerveau. Il y a plus : on voit dans les observations nombreuses rassemblées par M. Calmeil (i), que dans certains cas l’encéphale des aliénés n’offre rien qui puisse expliquer les phénomènes observés pendant la vie; je ne doute pas que des congestions sanguines contribuentalors, et plus souvent qu’on ne pense, à produire ces lésions du mouvement et du sentiment, congestions dont les traces disparaissent quelquefois au moment de la mort , mais dont l’existence est ici d’autant plus probable, que le centre nerveux tout entier est le siège d’une excitation plus grande, et d’un afflux plus considérable des liquides. Les faits que je rapporte rendront cette opinion bien plus probable.

Lorsque la congestion est très-active, elle peut être accompagnée de douleurs dans la région dorsale, qui se progagent de bas en haut à mesure que la paralysie s’étend dans le même sens. On conçoit aisément que l’exhalation séreuse, qui augmente dès le moment où la congestion sanguine a lieu, doit contribuer en même temps à accroître la paralysie , en comprimant davan-

(0 De la Paralysie considérée chez les Aliénés, clc. i vol. in-8°. 189.6.

CONGESTIONS SANGUINES

tagc la moelle épinière. L’observation suivante, que j’ai recueillie à l’hôpital Necker, offre un exemple de ces divers phénomènes.

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