OBSERVATION CXVI
Douleur lombaire précédée pendant plusieurs mois d’un sentiment de froid le long du rachis ; insensibilité des membres abdominaux ; conservation du mouvement; ouverture d’un kyste rempli d’acéphalocystes, situé au bas de la région lombaire; communication de la cavité de ce kyste avec celle des méninges rachidiennes ; paraplégie. Mort au bout d’un an.
La malade, âgée de vingt-cinq ans environ, éprouva d’abord un sentiment de froid assez pénible tout le long
(i) Tom. 33, art. Moelle épinière , pag. 564 •
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du rachis pendant cinq ou six mois; elle ne pouvait garder aucune position. La douleur se porta tout à coup sur la région lombaire. Les règles n’avaient éprouvé aucune irrégularité; seulement celles qui parurent dans ce moment étaient d’un froid glacial. Les membres abdominaux étaient devenus entièrement insensibles , mais la malade eût cependant. pu marcher, sans la violence de la douleur qui était telle qu’elle l’empêchait de se coucher. Il y avait rétention de l’urine et des matières fécales, sans que la malade ressentît le besoin de leur excrétion. Les mouvemens étaient cependant toujours possibles. A cette époque, la douleur devint trèsviolente, et s’étendit à la cuisse droite, dont toute la partie postérieure fut paralysée jusque dans le creux du jarret, ainsi que le talon , sans que la gauche éprouvât le moindre changement : la jambe gauche était trèsdouloureuse. L’emploi des eaux d’Aix procurèrent un soulagement momentané. Quelque temps après un dépôt se forma au bas des reins, s’ouvrit spontanément, et donna issue à une grande quantité de fluide séreux : l’ouverture se cicatrisa promptement. Il existait depuis quelque temps au bas de la région lombaire un gonflement très-apparent, dont la pression augmentait la douleur de la cuisse droite. La malade, en le percutant, éprouvait la sensation d’un fluide aqueux remontant le long du rachis. Les cataplasmes, cautères, moxas; etc., furent employés sans opérer le moindre changement. On se décida à ouvrir la tumeur , et il en sortit une trèsgrande quantité d’hydatides. Le doigt porté dans son intérieur fit reconnaître que le canal vertébral était ou-
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vert , et la moelle épinière immédiatement à nu. Pendant plusieurs jours , il s’échappa encore du canal un certain nombre d’hydatides ; il ne se développa aucun autre symptôme alarmant.
En 1819, époque à laquelle M. Reydellet publia cette observation , la malade n’était pas morte comme ce médecin l’a dit. Elle était complètement paraplégique; mais sa santé du reste était bonne : elle ne succomba qu’un an plus tard. Ces derniers renseignemens m’ont été communiqués par M. Fouilhoux, qui était alors interne dans le grand Hôtel-Dieu de Lyon, où se trouvait cette malade.
Je ne sache pas qu’on ait trouvé des acéphalocystes développés dans l’intérieur même de la moelle rachidienne.
On possède encore un trop petit nombre d’exemples de ces vers vésiculaires contenus dans la cavité rachidienne, pour avoir quelques notions sur les causes les plus fréquentesdeleurformation. Néanmoins, jeferai remarquer que jusqu’à présent on n’en a rencontré, comme on a pu le voir, que chez des femmes; et, sans tirer aucune conséquence de ce fait, il mérite d’être signalé, car on a bien trouvé des acéphalocystes chez l’homme comme chez la femme , mais dans d’autres parties du corps. Quant à ceux qui occupent la cavité des méninges de la moelle épinière, les deux observations qui précèdent portent à penser qu’ils se sont formés primitivement dans cette région , chez la seconde malade surtout, puisqu’il n’exista aucun symptôme d’affection cérébrale. Cependant il pourrait arriver aussi que des
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acéphalocystes, développés d’abord dans les cavités ventriculaires de l’encéphale, descendissent ensuite dans le canal vertébral le long de la moelle, en élargissant peu à peu l’ouverture que vient de décrire M. Magendie, par laquelle le liquide céphalo-rachidien passe de la cavité vertébrale dans la cavité crânienne, et réciproquement. En effet, on en a vu quelquefois dans le quatrième ventricule. Ainsi, Zeder (i) rapporte qu’une jeune personne qui employait à la lecture une partie de la nuit, fut prise de céphalalgie, de tournoiement de tête, avec impossibilité de supporter la moindre lumière un peu vive } et de se tenir debout sans vaciller, comme les moutons attaqués du tournis. Elle mourut , et à l’ouverture du corps on trouva beaucoup de sérosité dans les ventricules latéraux , et dans le troisième et le quatrième une douzaine d’hydatides, dont quelques-unes avaient le volume d’un œuf de poule. La paroi droite du quatrième ventricule offrait un endurcissement de la substance cérébrale , gros comme une amande, et de couleur jaune. Les hydatides étaient du genre poljceplialus.
Enfin, M. Portai (2) dit qu’il a trouvé des kystes de la grosseur d’un œuf de poule dans la moelle alongée. Comme il n’y a pas d’autre description, il est difficile de savoir si ces kystes étaient ou non des acéphalocystes.
Je termine ici ce que j’avais h dire sur les diverses altérations de la moelle épinière et de ses membranes.
(1) J. G. A. Auleiluug naturgeschichtc , etc. Bamberg, 1800.
(■2) Anat. méd. , .tom. 4 , pag. 72.
Afin de rendre plus complet l’exposé que je viens d’en présenter, je vais consacrer un dernier chapitre à l’examen des maladies que les auteurs ont attribuées à quelques-unes de ces altérations. Cet aperçu rapide pourra jeter quelque jour sur la nature de plusieurs affections que les pathologistes désignent vaguement sous le nom de nerveuses.