CHAPITRE ONZIÈME
MALADIES ET PHÉNOMÈNES MOUEIDES QUI S EMULENT RESULTEE DE
l’affection de la moelle épinière et de ses enveloppes.
Quand on réfléchit aux rapports nombreux de la moelle épinière avec tous les organes de l’économie , on n’est plus étonné de voir les altérations de ce centre nerveux se manifester par un trouble plus ou moins grand dans les fonctions de quelques parties éloignées. De là vient, comme je l’ai déjà dit (i), que souvent alors la cause de ces phénomènes morbides est méconnue, parce que toute l’attention se porte sur l’organe dont la lésion est apparente : les observations consignées dans cet ouvrage en ont offert plus d’un exemple. D’un autre côté, si les irradiations multipliées de la moelle épinière annoncent toute l’étendue de l’influence qu’elle exerce, ne montrent-elles pas en même temps que l’irritation ou toute autre affection de cette portion de l’axe cérébro-spinal peut être la source de désordres fonctionnels généraux plus ou moins prononcés? Si ses connexions physiologiques sont même moins limitées que celles qui unissent Festomac'aux autres appareils organiques , pourquoi les sympathies morbides que l’état de souffrance de ce centre nerveux
(i) Voy. pag. 128 et suiv.
DANS QUELQUES MALADIES. 8og
peut mettre en jeu, seraient-elles plus bornées que celles qu’on attribue aux maladies de l’estomac ?
Hoffmann a particulièrement insisté sur ce point, en traitant de la nature et de la cause des fièvres. Il n’est point douteux, dit-il (t), que les membranes qui entourent la moelle épinière, et dont la structure, la nature et les usages sont les mêmes que ceux des enveloppes du cerveau , ne puissent être affectées comme elles d’irritations (stricturcé) spasmodiques : selon moi, cela leur arrive fort souvent, et en particulier au commencement de toutes les fièvres, surtout des intermittentes. Je ne rapporterai point ici les argumens qu’il emploie pour démontrer cette opinion qu’on trouve reproduite dans une infinité de passages des écrits de ce médecin célèbre. Ailleurs (2), il ajoute : J’affirme donc que la condition formelle, la cause fondamentale de la fièvre , consiste dans une affection spasmodique de tout le genre nerveux, dont la source est principalement dans la moelle épinière. Ce n’est pas qu’il prétende que la cause première des fièvres réside dans cet organe; il pense au contraire que presque toujours elles résultent d’une lésion de l’estomac et du duodénum : mais, comme il le dit lui-même (3), « le raison- » nement , d’accord avec l’expérience , prouve que « c’est dans la moelle épinière que siège la cause des » spasmes fébriles. »
(1) Mcdicin. ration, system. pars. tort. , scct. 1 , cap. t\.
(2) Med. ration, syst. pathol. spcc. , pars prima , prolegoni.
(3) Dissert, de motuum fcbril. indolc ac sedcj § . 1 x .
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Avant Hoffmann , Baillou (i) avait déjà signalé toute l’importance de ce centre nerveux, à l’affection duquel il attribuait quelques-uns des symptômes qu’on remarque dans la fièvre, et particulièrement les douleurs dorsales, le tremblement des mains et la gêne de la respiration : nous avons vu (2) que Ludwig et P. Frank partageaient cette opinion. Mais les altérations cadavériques viennent-elles à l’appui? M. Chaussier (3) a trouvé « quelquefois, à la suite des maladies adynamiques , aiguës ou chroniques, des engorgemens sanguins, des ecchymoses plus ou moins étendues à la surface du cordon rachidien, ou sur l’origine des nerfs; et M. Gérard, professeur d’anatomie à l’École vétérinaire d’Alfort , lui a rapporté que dans une maladie adynamique qui fit périr un grand nombre de bœufs et de moutons , il avait souvent observé de semblables ecchymoses à l’origine des nerfs rachidiens. » J’ajouterai que j’ai remarqué plusieurs fois une injection assez prononcée des vaisseaux qui recouvrent la pie-mère de la moelle, sur le cadavre d’individus qui avaient offert tous les symptômes généraux de la fièvre dite adynapiique. Brera (4) et Racchetti (5) ont vu l’inflammation des enveloppes et du tissu de la moelle épinière chez deux sujets morts à la suite d’une fièvre pétéchiale. Suivant M. Abercrombie (6), cet organe est affecté dans quelques fièvres
(1) Oper. med. omn.
(2) Voy. pag. 48o et suiv.
(3) Loc. cit. , pag. i53.
(4) V°y- l obs. LXXXIV.
(5) Loc. cit. , pag. 374 •
(6) Loc. cit.
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dites malignes. Les auteurs de l’ouvrage (i) sur la fièvre jaune de Barcelonne, disent avoir observé dans les cinq-sixièmes des nécropsies un épanchement de sang à la partie inférieure de la région dorsale et à la partie supérieure delà région lombaire, entre le corps des vertèbres et la dure-mère : le sang était toujours fluide, ou mêlé de petits caillots diffluens.
Si l’on ne possède pas encore de faits nombreux sur les altérations du centre nerveux rachidien dans les cas où les individus succombent après avoir présenté les symptômes généraux des diverses fièvres signalées par les auteurs, il faut en accuser la négligence que l’on apporte habituellement dans l’examen du rachis , examen que souvent l’on ne fait pas, surtout quand on a rencontré chez ces sujets quelque affection des poumons, du foie, de l’estomac, etc. Je ne prétends pas qu’on doive regarder les lésions de ces organes comme ne pouvant point donner lieu aux désordres fonctionnels qui se remarquent dans les fièvres en général, et admettre qu’ils ne peuvent dépendre que d’une affection de la moelle épinière ; je veux seulement dire que si les altérations de ce cordon nerveux étaient plus souvent étudiées, on trouverait sans doute l’explication de divers phénomènes qui ne sont autre chose que le résultat d’un trouble dans les fonctions de la portion rachidienne du système nerveux, ainsi que le prouve l’analyse des symptômes delà fièvre dont les accès sont interrnittens. Cette opinion d’Hoffmann a été de nou-
(i) Hist. méd. de la fièvre jaune observée à Barcelonne en 1821. In-8°. Paris, 1823.
8l2 affections de la moelle épinière \
veau développée avec talent par M. Rayer(i), au travail duquel je renvoie le lecteur pour de plus amples détails sur une question dont l’examen m’éloignerait trop du but que je me propose ici. M. Gosse (2), dans un ouvrage publié récemment , considère la moelle alongéc comme le point de départ unique du trouble général qui existe dans la fièvre'.
Si l’influence bien connue de la moelle épinière sur la circulation , la calorification , la transpiration cutanée, etc., fournit des argumens plausibles en faveur des opinions que je viens d’exposer, l’action. qu’elle exerce dans la production des mouvemens volontaires peut éclairer aussi sur la nature de diverses maladies caractérisées par un désordre évident dans l’appareil de la locomotion. Hoffmann (3) pense que dans l’épilepsie les membranes du cerveau sont seules affectées, tandis 'que ce sont celles de la moelle épinière où réside l’altération, lorsqu’il existe de simples convulsions. C’est par cette raison , dit cet .auteur, que dans la première il y a perte de connaissance, tandis que dans les convulsions on n’observe aucun dérangement dans les sens. Hinc mox adparet dij(ferentia , qaœ motus cojivulsivos ac epilepsiam intercedit : quemadmodàm enim hujus primciria causa in nervis illis quœ cerebruni ac reliquas capitis partes sub nomine durœ piœque meningis investiunt 0 membranis res id et ; ita à contrario convulsionum vera sedes in illis mem~
(1) Dict. de méd. en dix-huit vol. , tom. 12, art. Intermittent.
(2) Des mal. rhumatoïdes. Genève, 1826.
(3) De motibus convulsivis , loin. 3, pag. 24-
branis quœ spinalem potissimum mcdullam , ac indè propullantes neivos ambiunt , quœrenda est . Cette explication est sans doute très-rationnelle , mais on conçoit difficilement comment l’affection de la moelle épinière peut être la cause de certains mouvemens spasmodiques bornés à une portion de l’un des membres. Le fait suivant peut être cité comme exemple.