‹ Traité de la paix intérieureChapitre 20 sur 93 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

b 'efforcer. de calmer ses scrupules parle raisonnement , c’est vouloir laver de l’argile jusqu’à ce qu’elle rende de l’eau claire. Il faut couper court avec son imagination comme avec une folle, qu’on ne fera jamais taire en répondant à ses extravagances. Mais un scrupuleux veut répondre à ses scrupules seulement pour cette fois , bien résolu de n’y plus revenir. Hé ! pourquoi fait-il maintenant ce qu’il ne veut plus faire en semblable occasion ? C’est un hydropique qui ne veut boire qu’un verre d’eau. Il se satisfait , et il se borne pour un moment ; mais sa maladie empire , sa soif augmente , et il boit toujours.

S- xiv.

Il en est d’un scrupuleux comme d’un hypocondriaque , il est en même temps malade imaginaire et vrai malade : il réfléchit sans cesse, il consulte , il fait des remèdes à l’infini pour les maux qu’il n’a pas ; et il ne pense nullement à guérir celui dont il est atteint ; il regarde même en pitié ceux qui l’en avertissent. L’obéissance a des médecins experts , la déférence pour des amis prudens, et 4 s’il est permis de ledire , la dé-

f)3 MiMfeDES AUX OBSTACLE!

«occupation de soi-même , sont les moyens de guérir l’un et l’autre.

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Que les scrupuleux ne s’entretiennentils beaucoup de Dieu et avec Dieu , et peu d’eux -mêmes avec eux - mêmes ? Le goût de Dieu, le sentiment de sa présence, l’éclat de sa lumière, leur dilateroit le cœur, et dissiperoient les ténèbres qu’une sombre timidité répand sur leur esprit. Dieu est tout lumière , et l’homme n’est que ténèbres. Ne considérer que soi , et être surpris de ne voir que de la confusion , c’est demander pourquoi on ne voit pas clair dans un profond abîme. Si vous voulez vous regarder vous-même ( et il le faut sans dou* te, mais avec discrétion ) , considérez- vous en Dieu , approchez de lui , et vous serez éclairé , environné , pénétré de sa lumière , et vous ne deviendrez ténébreux que lorsque vous vous retournerez vers vousmême. La colonne qui éclaire les Israélites , aveugle les Egyptiens ; l’aspect divin en fait la différence.

s- XVI

Je ne sais , âmes scrupuleuses , pourquoi vous ne tournez nas la délicatesse de voire

conscience contre vos scrupules mêmes qui vous ont été si nuisibles. Ils vous ont souvent fait abandonner la communion , et plus souvent encore ils vous l’ont rendue sèche et presque entièrement infructueuse. Vous en avez perdu la confiance en vos directeurs , ou vous n’y avez eu recours qu’avec les dernières alarmes : la confession est devenue pour vous une torture ; vous n’en approchez qu’en tremblant , et vous n’en sortez que comme un criminel sort de son interrogatoire. Tandis que le* autres font des progrès dans la vertu, vous consumez un temps précieux à grimacer dans la prière , à vous tourmenter sur tou* vos devoirs, à peser des atomes , et à vous faire des monstres des plus petites bagatelles. Presque tout le fruit que vous avez retiré de votre piété , est d’avoir fait gémir vos confesseurs , affligé vos amis ,. contristé l’Esprit saint en vous , ruiné votre santé , et affoibli votre esprit. Outre le mal que vous vous êtes fait à vous-mêmes, vous en avez fait beaucoup aux autres ; vous ave* rendu la piété ridicule et rebutante à un grand nombre de personnes qui ne la con* noissant pas , ont cru que vos incertitudes , vos troubles , vos tourmens , et comme ils disant , vos risibles petitesses en étoicnt

tout le fruit. Si vous vouliez encore justifier vos scrupules , je n’aurois qu’à vous de* mander si la vertu se détruit elle -même.

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