‹ Traité de la paix intérieureChapitre 68 sur 93 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Modérer son aclivilé en toutes choses.

ARTICLE PREMIER

Modération de V activité dans les désirs

JN*e vous livrez pas d’abord à tous les désirs qui vous paroissent louables, dit l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ , et ne rejetez pas du premier mouvement ceux qui vous paroissent i*e pas l’être. Ne vous exposez pas, en prévenant vos réflexions par votre choix, aux erreurs qu’elles pourroient vous faire apercevoir, et aux regrets qui pourroient les suivre. Quand même ces désirs scroient indubitablement bons et en eux-mêmes et dans toutes leurs circonstances , ce qui ne peut se rcconnoître sans un examen raisonnable, quelquefois même fort long, vous ne devriez pas vous y livrer d’abord et sans retenue, Cette activité inconsidérée entraîne ordinairement avec elle de lacheux inconvéniens. Le premier est que l’on agit souvent d’une manière tout humaine , que l’on ne cherche pas Dieu en Dieu même , et que l’on ne

fait que sa propre volonté dans les cnoses mêmes qu’il veut que nous fassions. Le second , que lorsque l’on agit en vue de Dieu et par son mouvement, on se recherche avec lui, et l’on se met à son côté. Le troisième , que l’on se dissipe par sa précipitation. Le quatrième , qu’étant peu réglé dans sa conduite, on scandalise le prochain. Le cinquième , que si l’on vient à rencontrer des obstacles à son empressement , on s’inquiète , on se trouble, et on fait quelquefois plus de mal par là , que le désir même ne faisoit espérer de bien. Le sixième , que l’on ne fait jamais qu’imparfaitement ce que l’on veut faire trop subitement. Le septième enfin , qui est celui que nous considérons particulièrement ici , c’est que cet empressement fait perdre la paix intérieure, qui ne peut habiter au milieu de l’agitation d’un cœur bouillant.

Il est donc essentiel de ne point suivre avec impétuosité ses meilleurs désirs. Mais ce n’est pas tout : il faut les observer tous de près lorsqu’ils commencent à se former en nous , et ne les laisser croître que par degrés ; afin que s’ils sont bons , ils puissent se fortifier et jeter dans le cœur de

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flatter. Nous cherchons alors nos véritable» intentions dans nos meilleurs désirs; nous tâchons de découvrir nos vues par nos mouvemens , et nous nous développons tout entiers à nos propres yeux. Sans cela Ton n’aura jamais un discernement juste de ce qui regarde la vie intérieure; on se recherchera secrètement en mille occasions, et l’on donnera dans bien des illusions. Demandez-vous donc à vous-même, lorsque votre activité vous remplit de désirs , et que vos pensées se présentent en foule et précipitamment à votre cœur :

Quel est mon but, et qu’est-ce que je cherche avec tant d’empressement? La gloire de Dieu ? mon avancement spirituel ? celui de mon prochain ? Tout ce que je puis désirer chrétiennement se réduit là , et tout ce qui ne revient pas à ce but n’est que néant ou corruption. Encore ces trois objets se réunissent-ils en un seul ? qui est l’accom plissement de la volonté de Dieu , puisque je ne dois procurer sa gloire que de la manière qu’il le veut, que mon avancement consiste à me rendre de plus en plus conforme à sa volonté, et que je ne dois travailler au salut du prochain qu’à mesure qu’il m’y appelle, et par le» moyens qu’il m’offre. Mais La volonté àv

Dieu est-elle ardente et empressée comme je le suis ? Sa force n’agit-elle pas de concert avec sa douceur ? Moi-même ne désiré,-je pas une infinité de choses en vue de cette volonté adorable avec beaucoup de tranquillité ? c’est sans doute que ce qui m’occupe maintenant intéresse secrètement mon amour-propre, toujours inquiet et toujours impatient. Vous ne vous tromperez guère dans ce jugement. Fût-il même quelquefois trop sévère, il ne peut que vous être utile. Il vous rendra humble et circonspect, quoiqu’il ne doive pas vous rendre timide , lent et irrésolu; et peutêtre n'aurez - vous pas beaucoup à chercher dans les replis de votre propre cœur pour trouver ce qui vous émeut et ce qui vous fait perdre le repos. Car pour moi je pense que quoique l’activité naturelle puisse elle seule nous jeter dans l’empressement , il est rare que notre amour-propre n’y ait quelque part. Il n’y a du moins que lui seul, et les passions dont il nous remplit, qui puissent pousser l’empressement jusqu’au trouble.

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lîjf piège dans lequel on ne manque guère d’être pris, c’est le désir delà santé,

plus profondes racines , et qu’accoutumés dès leur naissance à la soumission , ils ne nous entraînent pas avec rapidité comme malgré nous lorsqu’ils seront dans toute leur force; et que,, s’ils sont mauvais, nous puissions les rejeter sans effort et sans trouble , et nous épargner leurs retours inquiétans ; ce qui ne peut se faire lorsqu’ils ont pris un certain empire sur nous. C’est sans doute dans cette vue que l’auteur du Combat spirituel veut que nous mettions une sentinelle à la porte de notre cœur , afin que du plus loin qu’elle verra paroître quelque nouveau désir, elle nous avertisse pour lui en interdire l’entrée. Je 11e sais si saint François de Sales ne fait pas allusion à cette pensée, lorsqu’il dit (1) que la paix est le passe-port des saintes âmes. Car de même que la garde qui est aux portes des villes examine les passeports de ceux qui veulent y entrer , pour voir s’ils ne viendroient pas d’un pays ennemi , ou infecté de la contagion ; ainsi à la paix que les désirs portent dans nos âmes , ou au trouble qu’ils y excitent , on ■•econnoit s’ils viennent de Dieu ou du démon. Mais encore, après avoir reconnu qu’ils sont bons, et que c’est Dieu qui

(1) Lettre n. 9. tiy, 4.

nous les envoie, il ne faut les laisser entrer qu'avec beaucoup de précaution. C’est comme si , après avoir fermé la porte pour examiner les passe-ports, on n’ouvroitque le guichet pour laisser passer le voyageur, de crainte qu’il n’entrât avec lui une troupe de gens suspects ou d’animaux dangereux. Et certes l’amour-propre se présente presque toujours en habit déguisé , pour entrer dans notre cœur dès qu’on l’ouvre à un désir, quelque bon qu’il soit : et l’empressement peut bien être mis au nombre des reptiles que sainte Thérèse dit être toujours à la porte du château de l’ame.

s. ni.

Lorsque quelque désir vous presse , dites-vous à vous-même • Qu’est-ce que je veux , et qu’est-ce qui me presse si fort ? Car on manque souvent et on s’égare avec de bonnes intentions, parce qu’on ne s’approfondit pas soi-même. L’on ne sauroit trop mettre de netteté dans ses idées et d’ordre dans ses projets. Le démon et l’amour-propre qui se cachent dans les replis de notre cœur, ne craignent rien tant que ces regards de nous-mêmes, par lesquels nous nous sondons sans nous

DE LA PAIX INTÉRIEURE. Î07 du crédit, des talens, que nous croyons nécessaires pour faire réussir les pieux desseins que nous avons formés. Il est rare que ce désir, qui en entraîne après soi plusieurs autres, ou qui se multiplie en une infinité d’objets, ne jette dans l’empressement, dans l’inquiétude et dans le trouble , lorsqu’avec peu d’expérience et de discernement on a quelque zèle pour le bien, et de la vivacité dans le naturel* Mais un peu de lumière dissipe bientôt l’illusion. Si Dieu veut que je m’emploie à une bonne œuvre, il me donnera la santé qui m’est nécessaire pour cet effet. S’il veut que j’y réussisse, il m’en fournira les moyens; ou lui-même sans moyens , et contre tous les moyens opposés, il fera secrètement son œuvre; et si les difficultés ne me la font pas abandonner, je la trouverai toute faite entre mes mains lorsqu’elle semblera désespérée. S’il veut que je n’y sois que pour le dessein et pour l’entreprise , et peut-être pour la confusion qui me reviendra devant les hommes d’avoir trop entrepris, et pour la mortification que je ressentirai en moi-même de n’avoir rien pu faire, je dois être content d’aller jusqu’où Dieu veut , et de ne point passer outre : il me doit suffire d’avoir commencé par son

mouvement, d’être entré dans les voies qu’il m’a ouvertes, et d’avoir suivi les pa3 de sa providence, sans jamais la devancer. Que si Dieu ne veut pas même que je fasse les premières démarches pour les plus beaux projets , pourquoi voudrois-je travailler à sa vigne sans y être appelé , et faire mon œuvre de la sienne ? Car nous devons être bien persuadés que quoique tout ce qui se fait dans le monde, excepté le péché, soit son ouvrage, tout ce qui s’appelle bonnes œuvres, et surtout celles qui regardent le salut des âmes, sont singulièrement l’œuvre de sa providence et l’exécution de ses grands desseins sur ses élus. C’est à ce point que tout le reste se rapporte. Il en est jaloux, et il ne veut pas que personne y mette la main que lui, et ceux qu’il y emploie; afin que personne ne se glorifie , mais que la gloire du dessein et de l’exécution lui revienne tout entière.

Vous êtes arrêté par une maladie ou par quelque autre accident lorsque votre affaire prenoit le meilleur train du monde ? Soyez tranquille. Si c’est l’œuvre de Dieu , vous ne lui êtes point nécessaire : et si ce n’est que la vôtre, vous devez être bien aise de ne plus perdre votre temps et vos

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soins. Assurément vous n’entreprendrez jamais un aussi grand ni un aussi saint ouvrage que rétablissement de la religion chrétienne dans le monde, et vous n’y serez jamais aussi nécessaire ou aussi utile que l’étoit l’apôtre saint Paul à cette œuvre divine. Il est cependant retenu dans les l’ers durant plusieurs années, et sa sollicitude pour toutes les Eglises ne l’empêche pas de jouir d’une profonde paix. Il sait que Dieu a ses momens et ses moyens, souvent bien diflférens des nôtres : il les attend sans vouloir les deviner ni les prévenir. Son objet est, non pas de finir heureusement son ouvrage, mais de consommer fidèlement sa course, dont Dieu a placé les bornes. S’il craint quelque chose , ce n’est pas la prison qui l’arrête , les tourmens qui lepuisent, ou la mort qui met fin à ses projets et à ses travaux; mais c’est de ne pas remplir avec assez de zèle et d’exactitude le ministère de la parole, que le Seigneur Jésus lui a confié, et de ne pas rendre un témoignage assez éclatant à l’Evangile de sa grâce (1). En un mot, tout son désir est de répondre fidè-

(i) Nihil horum vereor, dummodô consumem ctirsmn meum , el minbterium verbi quod accepi à Domino Jesu, testificari Evangelium gratiæ Dei. A et . 20. y. a 4,

ement aux desseins de Dieu sur lui, et de remporter la couronne qui lui est destinée , en courant dans la lice de sa vocation (i). Ce n’est pas qu’il ne pense qu’à lui-même ; son zèle pour le salut du prochain est un feu qui le dévore (2), mais qu’il n’entretient qu’autant que Dieu le veut , qu’il contient dans les bornes où Dieu le veut, et toujours sans préjudice d’une profonde paix intérieure, parce que Dieu le veut.

Si vous faisiez attention , ame chrétienne, que tout votre bonheur consiste dans le repos en Dieu seul , que toute votre vertu est de ne regarder et de ne posséder que Dieu seul, que votre vie doit être une vie cachée en Dieu seul ; si vous pensiez sérieusement que tout ce qui vous tire de cette occupation, emplois, charges, entretiens, études , affaires , est plus pour les autres que pour vous , et que tout ce qui vous en tire avec empressement est ordinairement un effet de l’amour-propre, à qui Dieu seul ne suffit pas ; si vous étiez toujours en

(1) Ad destinatum persequor , ad bravium supern» vocatioois. Philipp. 3. v. 14.

(a) Qtiis scandalizatur, et ego non uror? a Corinth. 1 x. y. 29.

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garde contre les suggestions de ce subtil ennemi de nous-mêmes, qui veut toujours se produire et qui ne peut se souffrir seul et dans l’oubli , qui se recherche secrètement presque en tout, et qui se retrouve quelquefois tout entier dans les choses mêmes où il semble s’oublier entièrement pour ne penser qu’aux autres ; si vous étiez bien convaincue que tout ce qui ne tend pas à Dieu seul et qui ne vous conduit pas à l’oubli de vous-même, esprit, talens, naissance, crédit, autorité, etc. , est moins utile que dangereux pour vous ; l’on ne vous verroit pas si empressée à poursuivre les afFaires que vous avez entreprises , à cultiver vos talens, à ménager voire crédit , à maintenir votre autorité. Votre goût pour les affaires, au milieu desquelles vous devriez être toujours gênée et dans une situation violente , prouve que vous ne connoissez pas l’excellence, les douceurs , la nécessité même du silence et de l’oubli , après lesquels vous devriez sans cesse soupirer, et auxquels vous devriez toujours revenir par penchant, et quelquefois même par distraction.

Je sais que les saints ont distingué deux sortes de vie ; une vie de repos et de séparation, et une vie d’action et de mims

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tère. Mais à le bien prendre, celte distinction n’est que dans les fonctions particulières , les unes extérieures et publiques, les autres intérieures et secrètes, et nullement dans le fond de la vie chrétienne , qui est pour tous, selon l’Apôtre, une vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ (i) : de sorte que, quelque importans que soient nos emplois , quelque publiques que soient nos fonctions , quelque bien que nous espérions de nos projets , nous devons nous élever au-dessus de tout, être cachés en esprit , consentir à être oubliés autant qu’il est possible sans manquer aux desseins de Dieu sur nous , et nous regarder comme aussi seuls que s’il n’y avoit que Dieu et nous dans le monde. Mais que c’est une chose bien difficile ! Cependant , pour goûter le repos au dedans de nous-mêmes , et pour éviter les dangers où nous jettent les actions du dehors, il est nécessaire de contenir notre activité, qui veut toujours de l’extérieur et du mouvement, sous prétexte d’agir pour Dieu , mais en effet souvent parce qu’elle ne sait pas se reposer en Dieu , ni attendre ou discerner l’ordre de Dieu pour allier l’action avec le repos.

(i) Vila VBstra abscondifà est oum Christ d in Deo. Coioss. 3. v. 3.

L’apôtre saint Paul a attendu cet ordre polir s’engager dans les fonctions de la vie publique ; et nous devrions l’attendre com me lui, et après l’avoir reçu , ne nous produire qu’en tremblant et par pure obéissance, en gémissant à la vue de la sûreté que nous quitterions, et des dangers auxquels nous irions nous exposer : dangers parmi les proches , dangers parmi les étrangers , dangers jusque dans la solitude , où les images importunes que nous y porterions obséderoient notre esprit (1). Oui* il y a autant de dangers dans la vie publique , qu’il y a de sûreté dans la vie privée.

Saint Paul l’ermite, ne recevant point cet ordre d'agir et de se communiquer , reste seul avec Dieu seul dans un vaste désert durant près de cent ans , ignorant tout ce qui se passe dans le monde , l’établissement de la religion , les révolutions des empires, et jusqu’à la succession des temps; connoissant à peine les choses dont il ne peut absolument se passer, le ciel qui le couvre , la terre qui le porte , l’air qu’il respire , l’eau qu'il boit , et ie pain mira-

(i) Periculis ex genere , periculis ex genttbus, periculis in eivitate , periculis in solitudine , elc. a Corüit/i. ii. c. a 6.

culeux dont il se nourrit. Que pouvoit-il faire dans ce grand loisir ? diront peut-être avec les mondains dissipés ces âmes actives qui croiroient ne pas vivre si elles n’étoient dans un mouvement perpétuel. Ce qu’il faisoit ? Hélas ! on pourroit avec bien plus de sujet vous demander ce que vous faites vous-mêmes lorsque vous ne faites pas ce que le ciel et la terre font, la volonté de Dieu. N’est-ce donc rien faire , que de ne faire que ce que Dieu s’est proposé en nous donnant l’être, le contempler, l’adorer, l’aimer? Est-ce être oisif et inutile dans ce monde, que d’y être uniquement occupé de ce que les bienheureux font dans l’autre , de ce que Dieu même fait et de ce qu’il peut faire de mieux ? Ce qui suffira à tous les anges et à tous les saints pendant l’éternité tout entière, ce qui suffira toujours à Dieu même, ne pourroi t-il suffire à l’homme durant cette courte et misérable vie ? Faire autre chose , s’il ne se rapporte au même but, si Dieu n’en est le principe comme la fin , si nous ne le faisons dans une dépendance continuelle de sa divine volonté, qui nous demande toujours plus le cœur que la main, et le repos de l’ame plus que son activité , qu’estce, sinon se détourner de sa fin, perdre

DE LA PAIX INTÉRIEURE. 365 son temps, et redemander le néant dont Dieu nous a tirés.

Vous avez des talens et du crédit , trop peut-être pour vous ; vous avez de la naissance, de l'autorité, une réputation bien établie de génie, de savoir et de droiture, la confiance du public. Saint Arsène en manquoit-il ? Et cependant avec tous ses grands talens , avec les sciences des grecs et des romains , comme il dit lui-même , avec tout le crédit possible à la cour de Tempereur, dont l’estime et la confiance le mettoient à portée de faire tant de bien dans tout l’empire pour l’Eglise et pour l'Etat, il se dérobe aux pieux empressemens du prince, qui le fait chercher en vain sur terre et sur mer; il va se cacher dans un désert affreux, et ne veut pas même voir les anges terrestres qui l’habiteut. U a moins d’égard au grand bien qu’il auroit pu faire , qu’à la volonté de Dieu , sans laquelle on ne peut rien faire de bien. N’est-ce pas assez pour fermer la bouche à notre présomption qui est infinie en raisons plausibles pour se tirer de l’obscurité qui la confond, et du saint repos qui rennuie ? Les talens, l’autorité, le

crédit et la confiance du public, et tous les autres moyens de faire du bien., dont on se prévaut tant pour tirer une ame de la retraite , n’en sont pas une raison suffisante , loin de lui en faire une nécessité comme on le prétend. Dieu, qui ne mérite pas sans doute qu’on ne lui abandonne que le rebut des hommes et ceux qui ne sont bons arien dans le monde, donne souvent les talens, l’autorité, le crédit, comme les richesses , les plaisirs et les commodités de la vie, non pour en user, mais pour lui en faire le sacrifice. Et qui osera dire que ce soit être un serviteur inutile , que de ne faire que ce que Dieu veut ? Le talent que l’on enfouit par son ordre, est un grain que l’on met en terre , et qui produit au centuple, comme on le voit dans les Arsène, les Nil, et tant d’autres.

Mais sans multiplier ici les exemples des saints, qui sont sans nombre, celui du Saint des saints est sans réplique. De trente-trois ans qu’il a vécu sur la terre , il en a passé trente dans l’obscurité d’une vie privée et d’une humble condition , malgré le zèle de la gloire de Dieu et du salut des hommes , dont son ame étoit embrasée , malgré les désordres et les scandales sans nombre qui lui perçoient

le cœur. La sagesse éternelle ne rompt le silence et ne sort de l’obscurité qu’à l’heure qui a été arrêtée dans les desseins de Dieu, et elle rejète avec sévérité la prière de sa mère selon la chair, parce qu’elle semble vouloir prévenir cette heure (1) : et nous, nous céderons aux moindres persuasions humaines, sans consulter beaucoup la volonté de Dieu, pour nous engager dans les œuvres extérieures et dans des ministères périlleux; ou plutôt nous nous laisserons séduire par notre amour-propre , qui nous persuade, souvent sans beaucoup de fondement, que nous devons nous y livrer , et que nous sommes en état d’y réussir ! Les faveurs de la Providence sont-elles donc une raison suffisante pour nous tirer de son ordre ? et suffit-il d’avoir des mains et des forces avec une bonne volonté , pour se mettre à cultiver la vigne du Seigneur ?

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