‹ Traité de la paix intérieureChapitre 69 sur 93 · VII · texte numérisé non relu

VII

La gloire de Dieu est l’objet de votre œuvre ; mais l’empressement avec lequel vous la désirez, doit vous faire craindre que votre propre gloire 11e soit l’objet de votre cœur. Le moyen d’épurer votre in-

(1) Qtiid imln et rihi est, millier ? Norulùm vvuit bora mua. Juan. a. v.

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teution et de modérer par là voire désir , c’est de n’envisager dans cette bonne œuvre que ce qu’elle a ou peut avoir de mortifiant pour vous , des travaux sans fin , des mépris, des persécutions, des médisances, des calomnies pendant toute votre vie et jusqu’après votre mort , et tout ce que l’enfer peut susciter pour traverser votre projet, ou pour s’en venger sur vous ; cela bien médité fera tomber vos désirs , s’ils ne viennent que de votre fonds ; ou vous sera une preuve qu’ils vous viennent d’en haut, s’ils vous répondent comme l’Apôtre , qu’ils ne craignent rien de toutes ces contradictions : Nihil horum ver cor.

Vous voulez entreprendre une aF dont vous espérez beaucoup de bien ? Prenez garde que votre empressement ne vous fasse beaucoup de mal , ne gâte vos desseins comme dans leur germe , et ne vous fasse perdre pour vous-même tout ce que vous ferez de bien pour le prochain.

Vous voulez corriger un abus? Le dessein est louable ; mais souvenez -vous que la prière est le premier moyen , et la douceur le second.

Vous souhaitez une entrevue avec une personne d*une haute piété, dont vous espérez tirer de grands secours pour votre

DE LA PAIX INTÉRIEURE. 3G<J progrès spirituel ? Si c’est pour cela seul que vous la cherchez , et si rien ne peut raisonnablement tous interdire cette recherche , allez : mais ne vous empressez point par la crainte de manquer l’occasion : elle ne manquera jamais à Dieu; et s il ne permet pas que des recherches paisibles vous fassent parvenir à ce que vou9 souhaitez, c’est sans doute qu’il ne vous a pas destiné ce moyen d’avancement.

Vous souhaitez de vous pourvoir de quelque objet de dévotion , de quelque bon livre dont on vous a parlé , que sais-je ? d’instrumens de pénitence ? car , hélas ! l’homme se retrouve partout , et ne sait rien faire ni désirer avec la modération convenable. Deux ou trois jours de plus ou de moins n’y font rien : attendez, quand ce ne seroit que pour attendre, et pour mortifier votre activité.

Enfin , quelque bonne œuvre que vous ayez en vue , et de quelque conséquence qu’elle puisse être ou pour vous ou pour le prochain, souvenez-vous que la paix intérieure est la marque des bons désirs , et doit être le fruit des meilleures œuvres. Si elles ne sont pas d’une grande conséquence, il n’en est pas de même de la paix intérieure. Il semble même qu’elle est plus exposée, et que nous devons prendre plus

de précautions pour la couserver dans les petites choses , parce qu’elles reviennent plus fréquemment , qu’elles nous passionnent insensiblement , et qu’elles ne font pas sur nous des impressions assez fortes pour nous avertir du dérangement qu’elles y causent.

Appliquez-vous ce que saint François de Sales dit à une religieuse. « Il faut atten- » dre le mot de.... ( c’étoit une réponse décisive sur une bonne œuvre d’une grande conséquence ) , « et cependant demeurer » en paix ; et quand le mot sera venu, de- » meurer en paix ; et quoi qu’il dise , de- » meurer en paix de tout notre pouvoir ( 1 ) . » Ailleurs le même saint recommande dans les termes les plus touchans, de conserver cette paix , et de n’éviter rien tant que ce qui peut la faire perdre (2).

Il faut être homme de désirs , et de grand désirs, comme Daniel ; vir clesideriorum. Car Dieu les voit avec complaisance , et les récompense toujours par quelque faveur.

Mais , comme ce prophète , il faut en attendre long-temps l'accomplissement sans se troubler , et être même content d’en laisser le fruit à une postérité fort reculée, si Dieu le veut ainsi. L’impatience que vous

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DF- LA PAIX IATjfelUFIRE. 5? 1

témoignez est comme une fumée qui vous offusque , et qui s’élevant du fond de votre cœur , vous fait connoître que le feu qui vous anime n’est pas celui d’un zèle bien épuré. Si vous n’aviez que le Seigneur en vue , les désirs ne vous donneroient guère d’empressement , ni les succès de vanité, ni les contradictions de trouble.

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