‹ Traité de la paix intérieureChapitre 7 sur 93 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

La paix intérieure nous aide beaucoup à nous connoître nous-mêmes.

Un autre grand bien que cette paix nous procure , est la connoissance de nous-mêmes, incompatible avec le trouble intérieur. Dans une eau bien tranquille on distingue les plus petits grains de sables ; et dans la paix de l’ame on aperçoit ses plus légères fautes : on se voit tel que l’on est 9 on se connoît et on se méprise : car se connoître et se mépriser sont deux choses inséparables : de là naît l’humilité , qui est le fondement de tout l’édifice intérieur. Il

DE LA PAIX INTÉRIEURE. il

est vrai que cette paix même pourroit bien nous enfler le cœur, si nous nous arrêtions à nous considérer avec complaisance dans cette égalité et dans ce calme , au lieu de porter nos regards sur les défauts qui nous défigurent. Mais cet inconvénient est commun à la paix intérieure et à tous les autres biens. Hé ! de quoi l’orgueil ne se nourrit-il pas , lui qui vit quelquefois de sa propre destruction , et qui renaît de ses cendres? Pour éviter cet écueil, il ne faut pas craindre d’être en paix, ni même de l’apercevoir. Les brebis ne quittent point leur peau , parce que les loups s’en couvrent quelquefois, dit saint Augustin. Abandonner le bien pour fuir la vanité qui en pourroit naître, ce seroit se rendre méchant par la crainte de le devenir.

Si vous ne vous regardez dans cette paix que par pure nécessité ; si vous vous envisagez d’un œil simple et modeste, comme une personne parfaitement désabusée des grâces dont la nature l’a favorisée , se présente devant le miroir pour s’arranger d’une manière honnête , sans s’y laisser amuser par la vanité , et aussitôt oublie sa figure , comme dit l’apôtre saint Jacques (i), jusqu’à ce que le besoin i’v ramène ; si vous

(i) Chap. i. v . 2/i

l6 EXCELLENCE

vous considérez en esprit de désappropria tion, comme vous considéreriez les autres; si vous regardez en vous le don de Dieu , et non vous - même dans le don de Dieu ; si vous vous perdez de vue autant qu’il le faut , pour ne voir que Dieu opérant en vous et avec vous , vous ne deviendrez pas admirateur de vous - même , en vous contemplant dans cette tranquillité ; parce que vous verrez qu’elle ne vient pas de votre fonds , et qu’au contraire vos passions et votre légèreté la troubleroient sans cesse , si le frein de la grâce ne les retenoit. Les réflexions de complaisance sur vous-même seront écartées par des retours simples vers Dieu. Se rendissent-elles toujours plus importunes, vous n’en devriez être que plus vigilant à la conservation de votre paix : elles ne sauroient la troubler , si vous ne vous en alarmez pas; et ils raffermiront même , si en vous tentant de vaine gloire , elles vous portent à vous mépriser.

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