‹ Traité de la paix intérieureChapitre 6 sur 93 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La paix intérieure nous est d’un grand secour* contre les tentations.

Quels secours cette paix ne nous fournitelle pas contre les tentations ! Dans cet état de recueillement, d’attention sur notre intérieur , de possession de nous-mêmes , rien ne passe en nous que nous n’apercevions d’abord. Nous voyons la tentation dès sa naissance , lorsqu’elle est encore sans force, et qu’il est facile d’en arrêter les

progrès. Dans ce silence intérieur on entend d’abord le mouvement de la flèche qui voie légèrement durant le jour, et de l’ennemi qui se glisse sourdement dans les ténèbres : mille traits tombent à notre gauche, et dix mille à notre droite, et pas un seul ne nous atteint (1). Notre force et notre salut sont dans le repos et dans le silence (2). Notre ame recueillie et concenfrée en elle-même , fortifiée d’ailleurs par les grâces singulières dont Dieu la soutient, acquiert une solidité que les plus vives secousses de rennemi ne peuvent ébranler.

Le trouble au contraire nous ouvre de toutes parts , nous déconcerte , et nous rend aussi faciles à être vaincus qu’une armée en désordre , où l’on ne distingue point ses frères d’avec ses ennemis , où l’ordre est mal donné , et encore plus mal exécuté; et où le nombre des combattans qui devroit en faire la force , ne fait qu’en augmenter la confusion. Le grand secret dans les périls est de se posséder. Celui à qui la

(1) A sagitta volante in die, à negotio perambulante in tenebris.

Cadent à latere tüo mille , et decem millia à dextris tuis , ad te autem non appropinquabit. Ps. 90. v. 6 et 7,

(2) Si quiescatis-, salvi eritis : in silentio erit

fortiludo veslra. fs, 3o. v. i5.

tête tourne sur le penchant d’un précipice, y tombera infailliblement. A l’aspect du danger , il tremble , il est saisi d’effroi , sa vue se trouble , son sang se glace ; le dis-* cernement et la force l’abandonnent en même temps; il n’est plus en état, ni do choisir les moyens propres à se retirer du péril , ni de les mettre en œuvre : figura bien naturelle de la situation d’une ame troublée par la crainte excessive de succomber à la tentation. Depuis que mon cœur est dans le trouble , dit le Prophète roi , mes forces se sont retirées de moi : tous les objets capables de me consoler et de me soutenir, ont disparu à mes yeux^ et je me vois enseveli dans une nuit profonde (i).

Si cette ame se soutient , ce ne peut être que par une espèce de miracle , et par le secours d’une grâce toute particulière, que Dieu ne manque point de donner à celle qui ne s’en est point rendue indigne, et dont le trouble vient plus de crainte excessive , que d’infidélité. Mais n’en seroit-ce pas une, que de se livrer à cette inquiétude toujours mêlée d’une secrète défiance du secours de

(i) Cor meum conturbatum est , dereliquit me virtus inea , et lumen oculorum meorum , et ipsum non est tnecum. Ps. 3 7. v, i r

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Dieu , aussi-bien que de sa propre ioiblesse ; de négliger les devoirs d’un directeur qui prescrit dans ces occasions une contenance plus ferme ; et enfin de perdre la paix intérieure contre l’attrait qui nous y porte ?

Outre les tentations que la paix de l’ame nous aide à surmonter, elle nous en épargne un grand nombre , que la légèreté , la dissipation , et la facilité à suivre nos peu* chans nous occasionent ordinairement.

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