‹ Traité de la paix intérieureChapitre 80 sur 93 · ARTICLE VI · texte numérisé non relu

ARTICLE VI

Détachement des consolations de la vertu.

Le goût et le plaisir que l’on ressent à servir Dieu, est le dernier objet dont on se détache; et il est même rare que l’on s’en détache tout-à-fait, soit une espèce de sensualité raffinée qui veut goûter les plaisirs de l’ame si elle renonce à ceux du

(1) Nudam crucem nudiis amplectar. Hieron.

(a) Non est alia via... ad veram internam pacem nixi ?ia sanclæ crucis et quotidianæ mortificationis. Imit, Chris ii. I. a . c. i a

Paix int. 14

corps , soit erreur qui prend ces goûts da la vertu pour la vertu même , ou qui du moins les regarde comme une forte preuve qu’on la possède , puisque l’on en fait les actions avec tant de facilité et de plaisir. Nous croyons avoir suffisamment dévoilé cette illusion en traitant des moyens d’acquérir la paix. Si donc vous trouvez beaucoup de goût à pratiquer la vertu , ne vous en élevez pas en vous-même , puisque vous n’êtes pas pour cela meilleur; et si vous n’y trouvez que du dégoût et de la répugnance , ne vous en affligez pas , puisque vous n’en êtes pas plus mauvais. Si le Seigneur vous console par sa présence, ne vous livrez pas à une joie excessive, puisqu’il pourra bientôt s’éloigner; et quand il s’éloignera, ne vous abandonnez pas à la tristesse, puisqu’il pourra bientôt revenir; et jamais ne fondez votre paix sur des goûts sujets à tant d’alternatives, mais sur la croix, qui ne Deut jamais vous manquer.

Ne vous attendez qu’à souffrir beaucoup et de toutes les manières, et vous ne serez jamais troublé, ou vous le serez bien peu, et pour peu de temps (î). Si, lorsque Dieu

(i) In mulla patientia erit pax tua. /mit. CliristiJ, 3.

c, af

1)E LA PAIX INTÉRIEURE. i\\h

retirera de vous ses consolations, bien loin d’en murmurer, d’en gémir, vous adorez sa conduite et vous offrez à souffrir toujours davantage , vous voilà dans le grand et droit chemin de la paix (1) : et si enfin vous en venez jusqu’à l’oubli total et au parfait mépris de vous-même, sachez que vous jouirez alors de la plus profonde paix qu’on puisse goûter dans ce misérable exil (2).

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