ARTICLE V
Détachement des moyens de vertu
Ne soyez pas esclave des secours et des moyens que Dieu vous donne pour pratiquer la vertu , puisqu'il saura bien en substituer d’autres, si ceux-là vous manquent, et qu’après tout ce n’est pas pour vous y attacher qu’il vous les donne , mais pour vous conduire à l’union avec lui seul. Imitez saint Scrapion le Sindonite , qui après avoir donné aux pauvres jusqu’à ses habits , leur donne enfin le livre des Evangiles d’où ilprenoit le sujet de ses méditations qui le consoloient de la perle de tout le reste , et ’écrie , plein d’une consolation encore plus pure : J’ai tout quitté , même le livre qui m’a appris à tout quitter. Détachez-vous ainsi de tout moyen particulier de vertu , pour ne plus tenir qu’à la vertu même. Les exercices spirituels , les pratiques de mortification, la retraite, le directeur, ne sont des moyens de perfection qu’autant que l’on n’y tient pas. Ce dernier vous dit pour lui et pour tout le reste , comme saint François de Sales à une personne qu’il dirigeoit: Seroit-il possible que je vous fusse
un objet d’attachement , moi qui ne vous suis utile qu’autant que je vous conduis au détachement de tout objet créé ? Vous ne serez jamais si riche , que quand vous ne le serez que de dépouillement et de pauvreté, comme on l’a dit d’un grand saint, vir ditissimœ paupertatis ; et vous ne serez jamais si tranquille et si content, que quand vous embrasserez nu la croix toute nue (1). Car il n’y a point d’autre voie pour arriver à la véritable paix intérieure, que celle de la croix , et d’une mortification totale et continuelle (2).