‹ Traité de la paix intérieureChapitre 86 sur 93 · II · texte numérisé non relu

II

i.° Le véritable attrait respecte les lois , et les supérieurs qui les ont faites. Le faux, au contraire , se préfère aux lois , et regarde en pitié ceux de qui elles sont émanées. 2.0 Le véritable attrait veut toujours obéir * tant que la conscience n’y est point intéressée , et laisse à Dieu le soin de faire ce qu’il ne peut faire lui-même sans résister à une autorité légitime. Le faux ou n’obéit pas, ou n’obéit qu’au dehors, et en murmurant , et en regardant l’obéissance non comme une sainte subordination qu’il doit respecter , mais comme une dure tyrannie dont il cherche à secouer le joug avec quelque bienséance. 3.° Le véritable attrait ne vêut qu’une conduite ordinaire, mais il veut la perfection de cette conduite. Le faux affecte toujours la singularité, et va tracer au loin un plan de perfection , tandis qu’il néglige celle de son état. 4*° Le véritable attrait veut temporiser et consulter, non pour résister à Dieu, mais pour éprouver les esprits. Le faux veut tout précipiter , et ne veut prendre conseil de personne, ou n’en prend que de ceux qui adoptent toutes ses idées.

DE LA PAIX INTÉRIEURE. Ifih 5.® Le véritable attrait veut prier, et prier beaucoup, et prier avec une parfaite soumission aux ordres du Seigneur. Le faux ne prie point, ou prie avec une disposition toute décidée, et se contente d’une courte prière , ou il cherche plutôt un pré texte à son entêtement qu’une règle à sa conduite. 6.° Le véritable attrait est consent et uniforme, et s’affermit avec le temps. Le faux est peu ferme et peu égal, et se dissipe insensiblement de lui-même. 7.0 Le véritable attrait porte à l’humilité , à la patience , à la douceur. Le faux est impérieux, turbulent, et plein d^amertume. 8.* Le véritable attrait nous met intérieurement en silence et en paix. Le faux nous trouble et nous fatigue. 9.0 Le véritable attrait nous donne des idées claires et des images nettes des choses qu’il nous propose , et de celles qui en dépendent. Le faux confond ou obscurcit toutes les idées et toutes les images de ces choses, par une espèce de nuage qu’il fait élever du fond de l’ame à force de remuer les passions. 10. 0 Le véritable attrait nous fait sentir notre incapacité , et en même temps nous donne du courage. Le faux nous remplit de présomption, ou nous jette dans le désespoir.

Paix inter

§. III

Si votre attrait a tous les caractères du véritable , S'il est doux , paisible , patient , humble , obéissant , modéré , suivez-le sans hésiter et sans relâche : il vous conduira loin , mais il ne vous conduira qu’à Dieu. On voit tous les jours des personnes privées de tout secours humain faire de grands progrès dans la vertu par la seule fidélité à ces mouvemens intérieurs , et avancer plus l’ouvrage de leur sanctification par le renoncement continuel à elles-mêmes pour suivre l’impression de l’Esprit divin , que par tous les préceptes et toutes les méthodes des maîtres de la vie spirituelle (1). L’onction divine leur enseigne toutes choses , comme dit l’apôtre saint Jean (2). Le Saint-Esprit qui réside dans une ame juste , est un grand directeur , quand on veut l’écouter et qu’on sait l’entendre. Et proprement c'est lui seul qui dirige. Les hommes qu’il emploie à ce saint ministère ne sont que ses interprètes : toute leur autorité se

(1) Plus proficiunt rehnquendo omnia , quam studendo subtilia. Imit. Christi. lib . 3. c. 43.

(2) Et vos unetionem quàm accepistis ab eo maneat

In vobis Sed sicut unctio çjus docet vos de omnibus

etc- 1 Joan, 1, *7;

Jborne à faire reconnoître aux âmes qu’ils conduisent, ses desseins sur elles , et à leur faire discerner sa voix. Pour l’entendre il faut être attentif , et avoir sans cesse l’oreille à la porte du cœur : car c’est dans le cœur qu’il parle (1) , et comme à l’oreille (2). Cette attention n’est pas une application pénible, mais un silence tranquille et heureux. Toujours renfermée en ellemême , toujours unie à Dieu , attentive à ses paroles , souple à ses impressions , une ame jouit d’une paix continuelle , dont elle ne sauroit exprimer la douceur, ni estimer le prix (3). Toujours dirigée par l’Esprit divin, qui ne cesse point d’inspirer quand on ne cesse point de répondre à ses inspirations, ses désirs sont justes et modérés, ses actions réglées et saintes , ses passions assujetties , ses discours sérieux , ses manières graves , ses intentions pures , et enfin sa vie toute divine. Ce n’est plus elle qui vit, c’est Jésus-Christ qui vit en elle.

Il est temps de finir ce traité déjà fort étendu. Je ne rappelle pas ici bien des cho-

(1) Loquar ad cor ejus. Osee, 2. 9 . 14.

(*) Audi, filia, et vide, et inclina aurem tuam. P s. 44.

(3) Utinàm sic tecum esset , et ad hoc pervenisses , ut.... ad nutum meum purè stares ! *Tunc.... tota vita tua in gaudie et pace transiret. /mit. christi.l , 3. e. 3 a.

45G Pratique

ses dont j’ai parlé dans la théorie, parce que la pratique en est facile , ou que l’on en trouve les règles dans les livres de piété , bien plus répandus sans doute que celui-ci ne le sera. Je finis par la prière pour demander à Dieu cette paix : car c’est toujours à la prière qu’il faut revenir , après toutes les spéculations et toutes les maximes, puisque ces spéculations et ces maximes doivent être elles-mêmes le fruit de la prière , et que sans la prière on ne sauroit ni les bien comprendre ni les bien pratiquer.

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