TRAITEMENT RATIONNEL
identique à la nôtre, c'est-à-dire qu'ils devront, et dès le début, combattre énergiquement la lésion cérébrale ; mais ils devront aussi porter leur attention sur le trouble fonctionnel : éviter, par exemple, de provoquer chez leurs malades des excitations, des colères, qui étant donnés les rapports indéniables qui existent entre le moral et le physique, ne manqueraient pas de provoquer vei^ l'encéphale un afflux sanguin pernicieux.
Traitement rationnel. — Quelle que soit la théorie adoptée, la conduite à tenir est la même : appliquer une bonne hygièfw morale et intellectuelle et un traitement antiphlogistique.
1° Hygiène morale et intellectuelle. — Les organiciens les plus convaincus, les métaphysiciens les plus avancés, doivent se donner la main sitôt qu'ils sont sur le terrain de la pratique, ce qui, pour le dire en passant, prouve qu'il y a moins de distance entre les deux doctrines qu'on n'est porté à le supposer. L'hygiène morale, en quoi consiste-t-elle? elle peut se résumer à ceci : rééduquer sur de nouvelles bases et dans la mesure du possible ; viriliser les malades, en utilisant ce qui leur reste de liberté morale, et en établissant un équilibre harmonieux entre les diverses facultés morales et mentales ; ne pas se contenter de les garder à vue et de les enfermer dans des maisons d'aliénés.
Des conditions d*ufie bonne hygiène morale. — Qu'y a-t-il à faii'e pour donner à l'hygiène morale une bonne direction? Notre libre arbitre intervient-il en quelque façon? Les écarts qui constituent une mauvaise hygiène ne sont-ils pas déjà symptomatiques d'une prédisposition ou d'une maladie du cerveau? Ces colères, cette ambition illimitée, ne sont-elles pas déjà pathologiques? Cette tendance à s'affecter démesurément de malheurs domestiques, de pertes de fortune, n'est-elle pas déjà le fait d'un état maladif?
Telle est la question que nous allons essayer de résoudre; question intéressante au point de vue de la prophylaxie, mais très-délicate, parce que dans le domaine de la pathologie tout s'enchaîne, et parce que ce qui était un effet peut devenir une cause, et trèssouvent une cause énergique de l'aggravation des accidents morbides.
Beaucoup de médecins considèrent les changements d'habitudes et d'humeur comme autant de manifestations de la période de début de la maladie. Dans ces cas, disent-ils, la liberté morale
est coinpléleinenl anéantie, tous les actes que commet le malade sont du fait même de sa maladie ; la société n'a pas le droit de les blâmer, elle n'a que le droit de les empêcher. Les raisonnemeots, ajoutent-ils, n'ont aucune prise sur toutes ces manifestations symptomatiques ; elles sont fatales, pour tout dire en un mot.
Quant à cette période de début, elle peut, suivant eux, durer très-longtemps; on peut l'observer de nombreuses années avant l'invasion de la maladie confirmée.
Influence du libre arbitre sur la direction de l'hygiène tmrole. — Pour nous qui admettons chez l'individu sain l'existence de la liberté morale, sorte de centre d'arrêt qui a le pouvoir de réagir puissamment contre les impulsions instinctives, foDctioo éminemment cérébrale, nous ne croyons pas que cette fonction soit abolie tout d'un coup et complètement chez les malades atteints de paralysie générale au début.
L'intelligence est-elle donc anéantie brusquement? Au contraire, chez ces mêmes malades, ne la voit-on pas décroître progressivement? n'observe-t-on pas d'habitude une diminution progressive dans la ménioii^, dans la vigueur des conceptions, dans la vivacité des sentiments, dans toutes les fonctions cérébrales? Pourquoi donc la liberté morale serait-elle supprimée brusquement chez les individus atteints de folie paralytique? Au début il n'en est pas ainsi : le libre arbitre subit, comme toutes les autres fonctions, une déchéance progressive ; il n'est qu'affaibli et à des degrés variables au début, et son influence peut encore être utilisée pour donner une direction à l'hygiène morale.
La liberté morale, d'autre part, existe à degrés divers chez les divers individus, absolument comme la mémoire. Il est, eneifel, des sujets chez lesquels, probablement par suite de l'hérédité, la liberté morale est très-peu développée ; ce sont des êtres originairement faibles, qui cèdent aux moindres influences, qui nesaveol pas se dominer, qui sont le jouet de leui's passions, qui sontabaltus par les moindres chagrins ; tout comme il est des être^ qui^ originairement, ont la mémoire infidèle ou rebelle ; mais de même qu'on peut chez ces derniei's développer la mémoire insuffisante, de même chez les premiers on peut arriver à développer singulièrcmeut cette faculté qui s'appelle la liberté morale.
UVGIÉLNE MORALE ET LNTELLEGTUELLE. tôl
Influence prophylactique de réducation. — On parviendra à développer la liberté morale par une instruction solide et surtout par une éducation soignée , conformément aux principes établis par Ferrus, Félix Voisin, Seguin, etc.
A ce titre, l'éducation est d'une immense importance au point de vue de la prophylaxie de la folie, soit vésanique, soit paralytique, puisque l'éducation développe la liberté morale, et puisque la liberté morale c'est précisément le frein qui doit s'opposer aux influences pernicieuses que nous avons énumérées plus haut : ambition démesurée ou illégitime, oi^eil, cupidité, jalousie, haine, convoitise, etc.
Mais supposons que la liberté morale n'ait pas à intervenir et que les influences perturbatrices soient tout à fait indépendantes de l'individu; qu'il s'agisse, par exemple, d'une série de malheurs domestiques, de pertes de fortune, etc. : la prophylaxie de la folie est-elle encore possible? Oui certainement, car une bonne éducation antérieure aura suffisamment aguerri l'individu, pour qu'il ne succombe pas sous le poids du malheur; et comme le dit le poète : Jnstumet tenacem^ impatndum ferient ruinœ. c L'homme, dit Ferrus, dont les facultés sont exactement équilibrées peut résister, sans perdre le libre exercice d'une raison parfaite, aux plus dures traverses de la vie, aux pertes les plus sensibles, à l'excès même de la douleur; l'emprisonnement le plus prolongé laisse son moral intact et son intelligence pleinement lucide. > Telle est aussi l'opinion que soutient Hurel (1).
Le rôle prophylactique de l'éducation ne s'étend pas seulement à l'individu sain ou menacé de folie; il augmente encore d'importance si l'on songe aux générations futures. En eflet, une bonne éducation des parents est une garantie pour leurs descendants, en ce sens que la prédisposition s'atténuera au fur et à mesure que les générations se succéderont, et l'observation des lois de l'hygiène morale arrivera sans doute à diminuer, dans un avenir plus ou moins éloigné, le nombre des malades atteints de folie simple et paralytique; à faire disparaître presque complètement ce fléau des sociétés actuelles, qui fait à cette époque de transition des progrès si alarmants.
(1) Hurel. Étude sur la folie pétiitentiaire. {Ann, méd.'p$y.f 1865.)
A. VOISIN. Paralysie. 31
iSt TRAITEMENT.
Mais laissons à d'autres ces considérations sociologiques, cl revenons aux moyens prophylactiques de la paralysie générale. Supposons un individu prédisposé qu'on n'aurait jamais soigné, et qui aurait eu déjà des manifestations annonçant pour un bref délai l'invasion définitive de la folie paralytique : l'hygiène morale a-t-elle encore un rôle à jouer dans ce cas? oui, elle peut retarder ou même prévenir l'invasion de la maladie.
C'est alors qu'une vie régulière, des exercices corporels modérés joints à la suppression de tout travail intellectuel, pourront être extrêmement utiles. Donc à la période de début on pourra encore compter sur l'efficacité de ces moyens.
Que si au contraire l'individu, habitué de bonne heure à écouter ses penchants, ses instincts et ses passions, se laisse de plus en plus aller dans cette voie.... les excès de toute nature qui! va commettre, la suractivité qu'il va donner à son être instinctif ou intellectuel, deviendront à leur tour des causes secondaires d'irritation morbide, qui entraîneront l'amoindrissement progressif de toutes les facultés du cerveau et l'évolution rapide delà phle^asie encéphalique. Dès lors le rôle de l'hygiène morale est terminé, celui de la thérapeutique commencera.
Uhygiène murale bien entendue réclame eticore l'exercice k< facultés affectives. — Aussi, est-il nécessaire que l'homme qui travaille par l'intelligence ait en dehors de son travail quelque chose qu'il puisse aimer; ses sentiments égoïstes ne suffisent pas; il faut des sentiments moins concentrés, plus expansifs, plusgénéreux. Il faut, en d'autres termes, que les tendances impersonnelles puissent se donner carrière. Ace titre, la vie de famille est ce qu'il y a de plus propice ; car dans une union bien assortie, resserrée encore par l'existence d'un ou de plusieurs enfanls, la partie affective de notre être trouve une ample satisfaction. Le jeu de la partie affective est d'autant plus important dans ce cas, qu'il s'exerce d'une façon continue, et sans ces grandes secousse^ capables de produire des ébranlements pernicieux.
Il serait, à ce propos, intéressant de rechercher, la statistique en main, l'influence du célibat sur le développement de la folie simple ou paralytique.
Les sentiments affectifs peuvent et doivent encore s'exercer sur d'autres scènes. Ainsi, les sentiments patriotiques, à la con-