‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 102 sur 126 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

TraltMneat dm te p«i«ljslc générale.

L'intervention du médecin, pour ce qui concerne le traitemeal et la prophylaxie de la folie paralytique, n'est pas aussi illusoire que quelques personnes inclinent à le croire.

Il faut dire qu'en principe nous n'admettons pas la négation systématique lorsqu'il s'agit de thérapeutique; car cette négation ôte à la science médicale ce noble caractère qui en fait la science par excellence. Pour l'homme, en effet, qui de prime abord ou sur la foi de ses devanciei^ affirme l'incurabilité d'une affection, à quoi se réduit la science? A une pure affaire de curiosité.

Le chercheur passionné fouille et souvent échoue dans ses investigations ; quelquefois il parvient à trouver un rapport de causalité enU^e telle lésion qu'il constate et telle manifestation qu'il a observée pendant la vie du sujet ; mais à quoi aboutit cette découverte? A ajouter une page à un tmté de physiologie.

C'est certainement quelque chose de très-intéressant, c'est aussi quelquefois très-utile, et nous sommes loin de nier l'importance du rôle de ces chercheurs assidus; mais est-ce là tout?

Le médecin doit-il se contenter du titre de savant ? pour lui les malades ne sont-ils que des sujets d'observation? Non, certainement : les malades sont avant tout des êtres souffrants qu'il s'agit d'assister, et le titre de guérisseur est de tous le plus enviable. Que le médecin qui ambitionne ce titre mette à son service tous les matériaux recueillis par les physiologistes, par les physici^t parles chimistes, rien de plus naturel; mais qu'il commence par avoir la foi, ou du moins par ne pas fermer les yeux, de parti pris, et par ne pas nier, à priori^ la possibilité de guérison, chez les malades auxquels il va avoir à donner des soins.

Le scepticisme en thérapmtique^ qui malheureusement perce

UU SCHPTICISIIE EN THÉRAPEUTIQLE. i73

h travers les doctrines de quelques-uns de nos grands maîtres, n'a pas seulement pour effet de réduire la moralité professionnelle, il a aussi pour résultat de retarder les pn^ès de la science ; il est si commode, en effet, de nier l'efficacité d'une intervention quelconque, de rester dans le statu quo , d'accuser très-haut rincurabilité des affections et de se contenter de prescriptions hygiéniques.

Quant à l'intérêt que présente la science pure, dénuée de toute utilité pratique immédiate, cet intérêt est-il assez puissant pour la majorité des esprits, et sont-elles donc si nombreuses, ces intelligences d'élite qui, sans avoir de foi thérapeutique, sont suffisamment soutenues par la passion de la science pour consacrer leur vie à des études absorbantes et pénibles? Les sceptiques non-seulement ne produisent en général rien, mais encore ils empêchent les autres de produire ; il est si facile, en effet, d'opposer une fin de non-recevoir et de nier résolument ce qu'avancent avec timidité les personnes qui marchent dans la voie que nous croyons la bonne ! il est si facile de discréditer et de traiter de vaines toutes les tentatives qu'un éclatant succès n'a pas encore couronnées ! Les sceptiques arrivent ainsi non-seulement à faire partager leurs doutes aux indifférents, mais à ébranler les convictions encore mal assises de ceux mêmes qui font des recherches dans une voie nouvelle. Cette influence est d'autant plus pernicieuse qu'elle émane parfois d'individus revêtus par ailleurs d'une incontestable autorité scientifique. Elle a donc, comme nous le disions plus haut, pour résultat immédiat celui d'enrayer les progrès de la science ou du moins de les retarder. Car il ne faut pas perdre de vue cette vérité, que la science a ses lois d'évolution contre lesquelles viendront en vain se butter les doctrines et les théories» contre lesquelles viendront échouer les jalousies et les passions. La vérité finira certainement par se faire jour et par triompher; mais s'opposer à ce qui peut en hâter l'apparition, c'est commettre un acte rétrograde que nous ne saurions trop hautement condamner.

C'est surtout pour ce qui a rapport à la thérapeutique des maladies mentales que ce scepticisme obstiné s'affiche en plein jour, aussi bien chez les médecins que chez les gens du monde. Les gens du monde qui, pour toute autre maladie, acceptent pour

m TRAITEMENT.

ainsi dire les yeux fermés les moyens théi^peutiques les plus ridicules, qui se laissent, sans murmurer, exploiter par des charlatans sans pudeur, ferment résolument leur esprit lorsqu'il s*agit de la guérison des aliénés : d'où vient ce scepticisme réYoltant?ne seraitce pas par hasard un reste de barbarie? On sait, en effet, qu'autrefois les aliénés étaient considérés comme étrangers à l'humanité (a/t^t, étrangers). On faisait tout pour les éliminer; on les incarcérait brutalement pêle-mêle avec les criminels; plus tard, on finit par comprendre qu'ils avaient droit à un certain degré d'assistance^ et l'asile remplaça la prison ; plus tard encore, sous l'influence de l'évolution des idées et par suite de la noble persévérance de bons esprits dévoués à la cause de ces déclassés, on finit par admettre que l'aliéné était encore un homme, les chaînes tombèrent, et on essaya, par le traitement médical, de rectifier ces intelligences déviées; malheureusement ces tentatives thérapeutiques étant restées à peu près infructueuses, la patience des chercheurs finit par se lasser, et l'on se contenta de garder à vue les aliénés, de les placer dans des établissements d'aliénés, pour les empêcher de nuire aux autres ou à eux-mêmes, en proclamant Tincurabilitéde la folie. Mais une voie nouvelle nous semble se dessiner; pour notre part, parlant de cette idée que la folie est une maladie somatique, nous croyons que les aliénés doivent être considérés comme des malades ordinaires ; non plus seulement dignes de commisération, mais exigeant des soins médicaux éclairés. Dans la grande majorité des cas, c'est dans la famille que doivent être donnés ces soins assidus ; et ces soins seraient suivis d'un résultat des plus heureux, si le médecin ordinaire de la famille était en mesure d'appliquer, dès le début, une thérapeutique raisonnée dont il ne peut puiser les éléments que dans un enseignement clinique. Quand les malades sont trop agités ou dangereux, il faut bien se résoudre à les placer dans des maisons spéciales; mais ce placement ne doit pas être considéré, par les familles; comme une séparation définitive, et comme une mort anticipée, le malade atteint d'aliénation mentale et même d'aliénation miv raie fait encore partie de la société, et n'est pas nécessairement incurable.

L'étude de la folie est*elle donc assez complète à l'heure qu'il estrpour qu'on soit en droit d'affirmer l'impuissance de la théra-

dire, passée en article de foi. C'est tellement vrai, que de très-bons esprits arrivent à douter de leur diagnostic dans les cas les mieux confirmés de folie paralytique, si par hasard la maladie arrive à guérison. Baillarger lui-même n'a pas échappé | à cette erreur de raisonnement, puisquMla cru devoir donner une dénomination spéciale aux cas de folie paralytique terminés par la guérison ; il les a englobés dans son groupe mal défini des folies congestives, ce qui, par parenthèse, introduit dans Tétude de la folie congestive des difficultés inextricables.

Eh bien non, la paralysie générale même bien confirmée n'est pas une affection absolument inexorable : c'est ce point qui nous reste à étudier. C'est à tort qu'on prétendrait que la paralysie générale est absolument incurable.

Il est permis de penser que la folie paralytique n'est pas nécessairement fatale, lorsqu'on étudie avec quelque soin l'analonïie pathologique de cette affection. Il résulte en effet de tout ce que nous avons démontré que la folie paralytique est toujours en rapport avec un état inflammatoire de l'encéphale. Il est bien possible que ce processus inflammatoire à marche lente ou rapide soit la conséquence d'un trouble dynamique; qu'en d'autres termes, la folie paralytique, avant de devenir une maladie organique, passe par une phase qu'on pourrait appeler psychique; il se peut encore que le processus inflammatoire soit primitif, et qu'il amène consécutivement des troubles psychiques; qu'en d'autres termes, la foHe soit la conséquence de la lésion cérébrale. Cette dernière opinion est le plus généralement adoptée par les médecins.

Dans les deux hypothèses, il est rationnel de combattre ce processus inflammatoire, quelle que soit la théorie qu'on adopte sur sa genèse; car en admettant qu'il soit la cause essentielle du trouble psychique, il est absolument indiqué de le combattre énergiquemenl. Si l'on admet qu'il est plutôt l'effet du trouble fonctionnel initial, il faut encore lutter contre lui, parce que la pathologie nous montre à chaque instant que ce qui était un effet peut devenir une cause, et souvent une cause puissante de persistance et même d'aggravation des maladies. Le raisonnement le plus élémentaire, d'ailleui's, indique qu'il faut porter ses efforts contre la lésion organique, parce que, même en admettant qu'elle soit l'effet

ployer toutes les ressources du imitemenl antiphlogistique, et on parviendra, dans certains cas, h enrayer, ou du moins à ralentir la marche d'une affection le plus souvent extrêmement grave et à évolution rapide ; nous voulons parler de la paralysie générale aiguë à forme hypochondriaque, que nous avons décrite dans le cours de cet ouvrage.

On pourrait en dire autant pour toutes les autres formes de délire. Ces diagnostics, dans Tétat actuel de la science, sont excessivement difficiles, nous n'en disconvenons pas. Pour les poser, il faut non-seulement connaître la pathologie mentale, mais encore, et à fond, le reste de la pathologie.

Que ceux qui voudront aborder cette science l'abordent donc en connaissance de cause; ils entreprendront une tâche difficile, mais au fur et à mesure qu'ils creuseront le sujet, ils trouveront des vérités qui les consoleront de leurs peines. Quant aux personnes qui n'oseront pas aborder cette étude ainsi comprise, quant à celles qui voudront rester dans les anciens errements qu'elles s'abstiennent du moins de jeter le discrédit, el qu elles se contentent de rester dans une prudente réserve.

Ainsi donc, tant que l'étude de la pathologie mentale ne sera pas plus avancée qu'elle ne l'est actuellement, personne ne sera en droit d'affirmer Tincurabilité de la folie. Pour ce qui est de la folie paralytique en particulier, c'est une affection qui est bien mieux connue que toutes les autres formes d'aliénation mentale, mais elle ne l'est pas encore assez. — En effet, la majorité des médecins ne connaissent pas assez bien les symptômes du début ; ils ne sont donc pas à même d'opposer à la maladie un traitement quiàcette période pourrait être extrêmement utile. Lorsque la maladie est arrivée à sa seconde ou à sa troisième période, la plupart des médecins ont l'habitude de ne plus rien faire et se contentent d'attendre patiemment la mort des sujets. Il est certain que, dans la plupart des cas, l'affection arrivée à la fin de la seconde période est au-dessus des ressources de l'art ; mais ne faut-il donc rien chercher? Ne serait-ce que pour prolonger de quelques mois ou de quelques années l'existence des malades, si l'on peut arriver par des moyens qui n'imposent pas aux patients des souffrances inutiles ?

L'incurabilité en matière de paralysie générale est, pour ainsi

CIJRABIUTÉ DE LA PARALYSIE GÉiNÉHALE. Ml

dire, passée en article de foi. C'est tellement vrai, que de très-bons esprits arrivent à douter de leur diagnostic dans les cas les mieux confirmés de folie paralytique, si par hasard la maladie arrive à guérison. Baillai^er lui-même n'a pas échappera cette erreur de raisonnement, puisqu'il a cru devoir donner une dénomination spéciale aux cas de folie paralytique terminés par la guérison ; il les a englobés dans son groupe mal défini des folies congestives, ce qui, par parenthèse, introduit dans l'étude de la folie congestive des difficultés inextricables.

Eh bien non, la paralysie générale même bien confirmée n'est pas une affection absolument inexorable : c'est ce point qui nous reste à étudier. C'est à tort qu'on prétendrait que lapai-alysie générale est absolument incurable.

Il est permis de penser que la folie paralytique n'est pas nécessairement fatale, lorsqu'on étudie avec quelque soin l'anatomie pathologique de cette affection. Il résulte en effet de tout ce que nous avons démontré que la folie paralytique est toujours en rapport avec un état inflammatoire de l'encéphale. Il est bien possible que ce processus inflammatoire à marche lente ou rapide soit la conséquence d'un trouble dynamique ; qu'en d'autres tenues, la folie paralytique, avant de devenir une maladie organique, passe par une phase qu'on pourrait appeler psychique; il se peut encore que le processus inflammatoire soit primitif, et qu'il amène consécutivement des troubles psychiques; qu'en d'autres termes, la folie soit la conséquence de la lésion cérébrale. Cette dernière opinion est le plus généralement adoptée par les médecins.

Dans les deux hypothèses, il est rationnel de combattre ce processus inflammatoire, quelle que soit la théorie qu'on adopte sur sa genèse ; car en admettant qu'il soit la cause essentielle du trouble psychique, il est absolument indiqué de le combattre énei^iquement. Si Ton admet qu'il est plutôt l'effet du trouble fonctionnel initial, il faut encore lutter contre lui, parce que la pathologie nous montre à chaque instant que ce qui était un effet peut devenir une cause, et souvent une cause puissante de persistance et même d'aggravation des maladies. Le raisonnement le plus élémentaire, d'ailleui-s, indique qu'il faut porter ses efforts contre la lésion organique, parce que, même en admettant qu'elle soit l'effet

du Irouble dynamique, il est évident que lantqu*elle persistera, le fonctionnement régulier sera entravé ; nous voulons bien admellre dans une certaine mesure que la fonction fait l'organe; mais les psychologues les plus spiritualistes ne pourront nous contester ce fait, à savoir que pour avoir un fonctionnement régulier et harmonieux, il faut de toute nécessité un substratum organique parfaitement sain. Les indications à remplir sont donc absolument les mêmes, quelle que soit la théorie qu'on adopte sur la genèse de la lésion organique. En effet, ceux qui admettent que la lésion est consécutive à un trouble dynamique, seront conduits tout d'abord à modifier le dynamisme au moyen de Thygiène morale, sur laquelle nous avons insisté à l'article pathogènie; mais en même temps ils auront à employer toutes les ressources du traitement antiphlogistique pour lutter contre la lésion oi^anique, au moment où ils estimeront que cette lésion a déjà élu domicile.

La question, va-t-on dire, est de savoir à quel moment s'installe la lésion oi^anique. Voilà, par exemple, unmalade qui présentedes troubles psychiques. De quel droit va-t-on supposer queson ceneau est déjà altéré, et qu'il a de l'inflammation encéphalique? De quel droit, parconséquent, ira-t-onde prime abord employer les moyees antiphlogistiques? Aceci nous répondons en renvoyant le lecteur à la fm de notre chapitre consacré à l'étude de la période intermédiaire de la folie paralytique. Nous pensons qu'il y a tout lieu de considérer les lésions organiques comme existant dès cette période, et comme étant sinon antérieures à l'apparition de troubles fonctionnels, du moins comme étant contemporaines; si nous sommes dans le vrai, ce que l'avenir démontrera, il faut conclure de la façon suivante : Le traitement rationnel de la paralysie générale consiste : 1** à modifier le fonctionnement cérébral au moyen d*une hygiène appropriée ; ^ à lutter contre les lésions encéphaliques, et dès le débuty sans perdre de temps, au moyen d'un traitement antiphlogistique convenable. C'est le traitement antiphlogistique qui convient, parce que l'anatomie pathologique et la symptomalologie nous ont toujours démontré la nature inflammatoire des lésions encéphaliques.

Quant aux médecins qui inclineront à regarder la lésion encéphalique comme primitive, c'est-à-dire comme étant la cause du trouble fonctionnel, ils devront avoir une conduite absolument

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