MÉDICAMENTS NUISIBLES
malades, ont servi à établir notre conviction. En voici des exemples.
Une femme de mon service de la Salpêirière, la nommée Hy..., avait été regardée à tort par moi, lors de son enti^, comme étant atteinte de folie simple, et conune telle, traitée par la morphine ; son état, loin de s'améliorer, s'aggravait de jour en jour, jusqu'au moment où, sous l'influence d'une injection sous-cutanée de0,08 de chlorhydrate de morphine, elle présenta, quelques instants après, des symptômes inquiétants de congestion cérébrale (prostration extrême, état vultueux de la face, etc.) : l'apparition de ces symptômes m'éclaira sur le diagnostic, qui d'ailleurs se confirma plus tard. La malade mourut au bout de deux ans, et l'autopsie me démontra les lésions de la méningo-encéphalite.
Un médecin m'amenait récemment un malade chez lequel je crus de prime abord à l'existence d'un état de folie névropathique ; en conséquence, je conseillai l'usage de la morphine, à la condition de commencer, comme il faut toujours le faire, par des doses extrêmement faibles, un demi-milligramme en injection souscutanée. Au bout de quelques jours, l'état du malade était quelque peu aggravé, et ta description que me fit mon confrère des symptômes éprouvés par son malade sous l'influence du médicament me fit affirmer^ sans même revoir le malade, que nous étions dans une fausse voie thérapeutique. Et en effet, quelques jours plus tard, nous pûmes constater de visu que ce malade était paralytique ; il eut devant nos yeux une convulsion épileptiforme àts, plus nettes qui dura deux minutes.
Autre exemple. Une malade offrant des symptômes nerveux qui pouvaient, à la rigueur, être pris pour des phénomènes névropathiques, ce qui était, pour bien dire, une erreur de diagnostic, fut traitée par la morphine sur le conseil d'un médecin. Tous les jours, elle prit à l'intérieur un milligramme de chlorhydrate de morphine ; sous l'influence de cette faible dose, elle sentit son état s'aggraver ; on dut au bout de cinq jours suspendre le traitement.
Elle avait en effet la figure plus congestionnée que d'habitude, un malaise inexprimable, une sensation de fatigue qui l'empêchait de vaquer à ses occupations habituelles ; ses hallucinations de la vue, de l'ouïe, avaient augmenté d'intensité. Ces symptômes démontrèrent que l'on avait fait erreur, et vérifièrent l'opinion
de son médecin, qui, ayant suivi la malade depuis le début c'est-à-dire depuis deux mois environ, Tavait considérée comme menacée de paralysie générale ; chez cette femme le traitement rationnel fut institué de suite, et depuis cinq mois le retour à la santé est complet. J'ai fait les mêmes observation, sur un malade de Sedan.
Ces faits et d'autres encore m'ont démontré que la morphine est loin d'être utile dans les cas de paralysie générale ou de troubles liés àun état congestif de l'encéphale ; si la morphine peut servir dans lescas douteux, c'est précisément par son action native, en ce sens que dans les cas douteux elle peut aider au diagnostic. C'est une sorte de pierre de touche que nous ne nous ferons pas faute d'employer dans les cas exceptionnels où le diagnostic ne pourra pas être posé par la considération des symptômes, soit psychiques, soit surtout somatiques.
€ On est quelquefois amené, dit Calmeil, dans le but de calmer les emportements du délire et de remédier à la pei^istance de l'insomnie, à administrer à certains frénétiques des potions contenant soit 1 centigramme d'acétate de morphine, soit une quinzaine de centigrammes d'extrait d'opium ; mais l'opium, s'il était administré trop longtemps dans les phlegmasies cérébrales, pourrait contribuer à entretenir et augmenter l'engorgement de> capillaires ; cet agent ne doit être conseillé que d'une façon accidentelle. » C'est là tout à fait notre manière de voir. Bracheta professé la même opinion (1).
b. Médicaments utiles. — Que faut-il penser des bains prolongés ? Bonnafous (!2) parle d'une malade atteint d'une paralysie générale au début, qui aurait guéri rapidement sous l'influence d'un bain prolongé de quinze jours ; mais il faut bien dire, et Lunier n'a pas laissé passer ce détail dans la réponse à Bonnafous, que cette même malade s'était fait des brûlures considérables, eu voulant s'enfermer dans sa cellule, et que la guérison pourrait bien être due à l'influence révulsive de ces brûlures.
Dans le British médical journal du 24 octobre 1874, on peut voir relatés deux cas de paralysie générale guéris par la fère i'^
(1) Brachet, D€ Vemploi de Vopium dans les phlegmasies des membranes rnsq^f*"^ séreuses et fibreuses. 1838.
(2) Afin, méd.'psuch.. mai 1869.
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Calahar ; les essais que nous en avons faits n*ont prouvé en aucune façon que Tadministration de ce médicament pût être utile. Bouchut a traité trois malades atteints de paralysie générale progressive avec ou sans aliénation, au moyen du mtrate d'argent^ et il a observé dans deux cas la guérison de la paralysie, et dans uu cas de l'amélioration, sans que la folie ait été amendée (1).
h* arsenic est donné par un assez grand nombre de praticiens dans le but de décongestionner Tencéphale (2). Lasègue l'emploie, mais sans accorder à ce médicament une confiance exagérée. Le tartre stibié en doses massives a été également essayé à titre de contre-stimulant; mais il est loin de produire dans la périencéphalite diffuse les résultats avantageux qu'il amène dans certaines autres phlegmasies.
Parmi les médicaments qui ont une action anticongestive moins discutable, il faut citer l'ergot de seigle, la digitale, le bromure de potassium et le sulfate de quinine (3) ; chacune de ces substances a été essayée dans le traitement de la paralysie générale.
Crichton Browne a employé V ergot de seigle dans les maladies mentales, c II est indiqué dans les cas de lésions nerveuses dont l'hyperhémie constitue l'élément principal, d (Trousseau, Gubler, Brown-Séquard) . On doit alors le donner à la dose de 10 centigrammes, répétée six ou huit fois par jour. L'ergotine en injections sous-cutanées a été essayée par le docteur Reiner de Sacksenberg, mais les injections n'ont jamais produit que des abcès (4); notre pratique nous a donné les mêmes résultats fâcheux. Nous avons longtemps essayé ce médicament, par usage interne, dans la paralysie générale, sans en obtenir de résultats utiles.
La digitale, nous l'avons essayéesous toutes ses formes, alcoolatuœ, teinture; nous avons adopté l'usage de la digitaline Nativelle ; nous en donnons 1 à 4 granules par jour. Pendant un certain temps, nous avons administré ce médicament d'une fa-
(1) Bouchot, BM, de thérapeutique, 1865.
(2) Liste, Du traitement de la congestion cérébrale et delà folie par Vacide anénieux, {Journal de méd. et de chir. pratiques, 1872.)
(3) Voy. Ga*ette médicaU de Paris, 12 décembre 1874, p. 628, l'analyse d*an travail de Schûle intitulé : De l'influence qu*exercent certains médicaments sur les vaisseaux de Vencéphale.
(4) AUg. Zeitschrift fur Psych., 1873.
çon quotidienne, en variant le nombre des gi^nules dei à 4 suivant l'état du pouls. M""' L..., citée dans la thèse de Burlureaux, a été soumise à l'influence de ce médicament pendant plus de cinq mois, et d'une façon continue ; est-ce à lui qu'on doit rapporter l'évolution lente que la maladie a eue chez cette paralytique? c'est bien possible; néanmoins, depuis cette époque, nous avons reDoncé à l'emploi quotidien de la digitaline, parce que nous avons remarqué qu'elle produisait une action défavorable sur l'état général. Les malades deviennent en efiet jaunes, et prennent un teint semblable à celui des cancéreux ; nous en réservons l'usage pour combattre les poussées congestives, et pour les prévenir lorsque l'ascension du thermomètre indique qu'il y a menace de poussée au cerveau.
C'est dans les mêmes circonstances que nous employons le sulfate de quinine et les bromures de potassium , de sodium^ d'ammonium. On doit peu compter sur l'action curative des bromures dans le traitement de la paralysie générale; mais on l'emploie avantageusement pour prévenir les attaques épileptiformes, pour en diminuer l'intensité. Gubler s'en estservi avec succès pour apaiser l'excitation de certains fous pairalytiques. Je m'en trouve bien pour combattre les ardeurs génitales de quelques-uns de ces malades. Il faut savoir que l'intoxication par le bromure donne lieu à des phénomènes pouvant faire croire à la paralysie générale. (Voy. Diag. différent j page 298). Lunier m'a dit avoir vu le même fait une fois.
Lunier a essayé le bromure associé à Tiodure de potassium (1).
L'auteur prétend avoir obtenu quelques demi-succès, à la première etmémedanslaseconde période de la maladie, par l'emploide l'iodure de potassium etsurtout de lamédication bromo-ioduréedsso' ciéeaux préparations ferrugineuses. Ces médicaments agiraienten régularisant la circulation cérébrale, les phénomènes de nutrition et la menstruation. La dose du médicament ne doit pas être considérable, et le bromure est toujoui^ donné en moindre quantité que l'iodure. Cette médication réussit également, au dire de l'auteur, dans l'alcoolisme chronique, et dans toutes les autres formes de folie, surtout celles qui sont liées à un état général défectueuï.
(1) Mémoire lu à TAcadéinie de médecine dans la séance du 4 mai 1852.
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L'auteur cite huit malades atteints de diverses formes de folie chez lesquels il employa cette médication avec succès.
c. Moyens antiphlogisdqaes. — Les moyeas d'une utilité incon^ testable qui nous restent à étudier ont tous pour action de combattre la con4festionei V inflammation de Taxe céœbro*rachidien. Lorsqu'il s'agit d'aliénés paralytiques, il ne faut jamais perdre de vue l'importance du processus inflammatoire. C'est lui qu'il faut soupçonneret craindre lorsque la maladie, encore mal déterminée, n'est représentée que par cet ensemble de manifestations que nous avons étudiées au chapitre consacré à la période du début. C'est lui qu'il faut savoir combattre dès cette époque, si Ton veut se rendre maître de la maladie.
C'est encore lui qu'il faut combattre et avec rigueur chez les individus qui, à peu près en état de santé jusqu'alors, sont brusquement frappés par une attaque apoplectiforme ; si l'on perd du temps, et surtout si l'on abandonne aux soins de la nature médicatrice le malade ainsi subitement frappé, on risque de le laisser mourir, ou tout au moins de laisser s'établir dans son cerveau des lésions qui ne feront ensuite que s'aggraver et qui finiront par amener la démence paralytique.
On pouiTait nous objecter que la gravité de la lésion encéphalique est telle qu'il ne faut pas tenter la lutte : c'est ce que disent beaucoup d'anatomo-pathologistes, lorsqu'ils ont sous les yeux des cerveaux ou des moelles d'aliénés paralytiques arrivés à la troisième période ; lorsqu'ils constatent ces pachyméningites, ces adhérences de la pie^mère avec la couche corticale, ces suffîisions séreuses, qui font que les méninges ont l'aspect gélatineux, ces ramollissements, ces atrophies; ou lorsqu'ils constatent au microscope ces dégénérescences qui appartiennent à la période cachectique de la paralysie générale. On se demande, quand on constate ces lésions, comment la vie a pu être un instant compatible avec elles, et l'on est naturellement porté à douter d'une thérapeutique quelconque. Mais est-ce ainsi qu'il faut raisonner? A ce compte, le pronostic de toutes les maladies s'assombrirait de telle sorte que personne n'aurait le coui-age d'être médecin praticien. C'est la réflexion qui nous est venue en faisant des autopsies des malades ayant succombé à la fièvre typhoïde, pendant une épidémie. Trente malades présentaient des symptômes à peu
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près identiques ; sur ces trente il en mourut cinq dans la première semaine, et Fautopsie démontrait l'existence de lésions éminemment graves dont on aurait difficilement compris la régression ; il était logique de penser que les malades qui n'avaient pas encore succombé étaient cependant porteurs de lésions à peu près aussi graves, puisqu'ils avaient présenté les mêmes symptômes, puisque la maladie avait été contractée dans les mêmes circonstances; mais fallait-il s'appuyer sur ce raisonnement pour abandonner toute espérance? Non certainement; on aurait eu grand tort, puisque sur les vingt-cinq qui restaient, vingt et un sont arrivés à guérison complète. Ces faits ne prouvent qu'une chose, c'est que la nature a des ressources d'une puissance incroyable, sur lesquelles il faut toujours compter et qu'il faut aider de toutes ses forces. La réflexion et l'observation des malades montrent, tous les jours, que telle lésion qui à prion pourrait être considérée comme incompatible avec la vie et comme fatalement irrémédiable, est cependant susceptible de régression et même de disparition complète.
Ainsi donc, d'une façon générale, l'étude de l'anatomie pathologique, loin d'amener le doute dans les esprits, doit en bonne logique y faire naître la foi ; notre cause sera bien plus facile à défendre, si au lieu d'aborder le cas où l'on a affaire à des paralysies générales à la troisième période, nous envisageons ceux où la maladie est au début de son évolution. Quelles sont donc dans les premières périodes les lésions si graves contre lesquelles la thérapeutique doit être fatalement impuissante?
Elles consistent en un simple processus congestif souvent peu marqué, quelquefois (quand il est tout à fait au début) localisé à telle ou telle circonvolution. Selon toute apparence, ce processus congestif est sous l'influence d'actions vaso-motrices, et la maladie emprunte sa gravité à la délicatesse de l'organe atteint bien plus qu'à l'intensité de la lésion. Tant qu'il ne s'est pas produit de lésions secondaires, le raisonnement basé sur l'observation anatomo-pathologique, doit donc donner au médecin la foi, loin de la lui ôter. L'observation ne nous prouve-t-elle pas d'ailleurs qu'on peut beaucoup contre les processus congestifs, lorsqu'on les attaque à leur début? Le bromure de potassium, par exemple, n'a-il pas une action extrêmement puissante sur les phénomènes
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d'ordre congestif; un simple bain de pieds très-chaud, très-court, un simple sinapisme, ne font-ils pas disparaître souvent la céphalalgie congestive ; une saignée faite à temps dissipe toute trace de congestion cérébrale. Ainsi tel malade qui était dans le coma, privé de sensibilité et de mouvement, àla suite, par exemple, d'une insolation, revient à lui immédiatement après une large saignée, et au bout de deux jours il ne reste plus rien de cet élat si grave qui a mis ses joure et sa raison en danger. Le traitement révulsif, dérivatif, antiphlogis tique, a une action incontestable contre les états congestifs, lorsqu'ils sont pris à leur début ; le nier, c'est fermer les yeux à l'évidence. Ainsi donc la paralysie générale prise au début doit pouvoir être assez facilement enrayée. Le tout est de savoir la diagnostiquer dès son apparition. Et même lorsqu'elle est dans le cours de son évolution, l'observation démontre que cette maladie ne doit pas être tout à fait inaccessible aux moyens thérapeutiques. Que sont, en effet, ces rémissions spontanées, ces temps d'arrêt que nous avons étudiés à propos de la marche de l'affection? Ces rémissions supposent une régression spontanée. Ces temps d'arrêt supposent un état de statu quo de la lésion encéphalique. C'est là un fait qu'on ne peut pas démontrer, mais qui est infiniment probable. Eh bien, puisque la lésion est susceptible de régresser spontanément, pourquoi ne serait-elle pas capable de régresser sous l'influence de moyens thérapeutiques? Enfin, l'observation prouve encore qu'il y a des cas de guérison radicale de la folie paralytique. Ces cas, pour être rares, n'en sont pas moins authentiques. Les guérisons ainsi connues sont survenues quelquefois spontanément ; d'autres fois, sous l'influence de certains phénomènes qu'on peut considérer comme critiques; d'autres fois, sous l'influence d'une violente révulsion, soit provoquée, soit accidentelle. Ils prouvent que l'affection n'est pas toujours et nécessairement mortelle, et ils doivent encore donner confiance et engager dans la voie des recherches thérapeutiques.
Tous ces aliments, que nous pourrions longuement développer, suffisent, à notre avis, pour ruiner l'objection que nous combattons. Et nous pouvons affirmer que la gravité des lésions encéphaliques dans la paralysie générale n'est pas telle qu'il faille de parti pris renoncer à toute intervention.
Il en reste une autre que les partisans de la non-intervention
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ne manqueront pas de nous adresser. On a tout essayé, disent-ils, contre cette terrible afFection, chacun s'est ingénié à imaginer quelque remède, et comme tout a échoué jusqu'ici, il est inutile de faire de nouvelles tentatives contre cet inexorable processus; nous connaissons très-bien tous les remèdes qui ont été proposés ou essayés, et nous avouons que beaucoup d'entre eux sont pour le moins inefficaces ; mais, par contre, nous en savons de vraiment utiles.
Il aiTive quelquefois que l'inflammation sévit avec une intensité exceptionnelle ; il en résulte, en l'espace de quelques jours, un ramollissement très-étendu de la substance corticale. Les malades sont plongés dans un collapsus, avec fièvre et délire hypochondriaque le plus souvent ; si l'on n'intervient pas, et d'une manière très-active, la mort arrive, et d'une façon presque constante, en l'espace de quelques jours ; si au contraire on intervient à temps on arrive quelquefois à éviter cette issue funeste ; mais il faut, en face de ces cas, de l'énergie et de la persévérance dans l'emploi des moyens thérapeutiques; ces cas de paralysie générale galopante sont heureusement fort rares.
Entre cette forme et la forme chronique ou classique, existent un certain nombre de degrés; suivant chaque cas, le praticien aura à employer des moyens plus ou moins énergiques, et il le fera avec plus ou moins de chances de succès. Lorsque le processus inflammatoire a définitivement pris domicile, c'est-à-dire dans la paralysie générale chronique à la première période, un ensemble de moyens thérapeutiques, sagement combinés, peut encore en enrayer les progrès et même le faire rétrocéder, sinon disparaître ; on parvient à provoquer des rémissions prolongées; et si le malade est soumis à une hygiène sévère dont l'action continue contrebalance la fâcheuse tendance qu'a le sang à affluer vers l'encéphale, ces rémissions pourront être indéfiniment prolongées ; on pourra même obtenir des guérisons complètes et durables.
Lorsque, dans le cours d'une paralysie générale confirmée, on sera à même de soupçonner l'invasion prochaine d'une de ces terribles complications qui mettent si souvent la vie des malades en danger, telles qu'attaques apoplectiformes ou convulsives, il faudra se hâter d'opposer un traitement capable de détourner la poussée congestive; nous savons en outre que, loréque Ton inler-
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vient à temps, on Tempêche facilement de se produire; c'est surtout dans ce cas qu'une thérapeutique éclairée peut rendre des services émînents. Lorsque, prévenu trop tard, le médecin n'a pas pu s'opposer à une complication telle qu'une attaque apoplectiforme, il ne doit pas rester inactif, car il parvient le plus souvent à empêcher la mort immédiate ; mais son rôle est moins brillant dans ce cas que dans le précédent.
Au fur et à mesure que la maladie est plus avancée, la thérapeutique donne des résultats de moins en moins satisfaisants. C'est qu'alors ce n'est plus seulement le processus inflammatoire qui en est cause; il faut encore compter avec les lésions secondaires ; cependant nous croyons que le médecin peut encore rendre des services aux malades qui sont dans la deuxième période et même à la troisième; il peut, entre autres choses, leur éviter les eschares, diminuer l'ataxie, et surtout prolonger l'existence, ce qui est toujours un but qu'il ne faut pas perdre de vue. C'est encore en luttant contre le processus inflammatoire qu'on obtiendra ces résultats souhaitables.
L'existence de phénomènes indiquant des lésions médullaires ne contre-indique en rien le traitement dont nous parlons ; car nous avons dit que les lésions de la moelle sont absolument de même ordre que les lésions cérébrales ; d'ailleurs l'observation nous permet de dire qu'on peut lutter avec succès contre les phénomènes médullaires, et par le même ensemble de moyens qui doivent être employés contre les lésions encéphaliques.
On voit par ce qui précède que nous considérons comme étroitement unis les uns aux autres tous ces états si variés et en apparence si différents, dont le premier terme est la congestion cérébrale à durée temporaire, et dont le dernier terme est la cachexie avec démence et profondes lésions cérébro-spinales. C'est qu'en effet tous ces états appartiennent à un même groupe, et si l'on veut s'en faire une idée bien nette, il faut les embrasser par un coup d'œil d'ensemble; la précision des connaissances n'a rien à perdre à cette étude synthétique.
On se rappellera que tous ces états peuvent, chez le même individu, se succéder les uns aux autres, que les diverses variétés de folie paralytique que nous avons distinguées pour en faciliter l'étude peuvent se transformer les unes dans les autres, et que
d'ailleurs il existe entre chacune des transitions insensibles. Eh bien ! cette parenté que Tobservation démontre légitime l'emploi de moyens thérapeutiques analogues dans tous les cas; et l'observation des résultats obtenus ne fait qu'ajouter un lien à ce faisceau constitué par les maladies inflammatoires diffuses de l'axe cérébro-rachidien, auquel il ne manque qu'un nom pour le consacrer. Étudions donc les moyens auxquels on peut recourir pour lutter d'une façon rationnelle contre le processus inflammatoire, soit qu'il attaque l'encéphale, comme c'est le cas le plus fréquent, soit qu'il atteigne la moelle, ou simultanément l'encéphale et la moelle.
Nous passerons en revue chacun des moyens à employer, sans chercher à savoir s'il fait partie des agents de telle ou telle médication. Nous voulons absolument rester sur le terrain de la pratique, et [d'ailleurs un même moyen peut appartenir à plusieurs médications à la fois; le cautère, par exemple, appartient autant à la médication transpositive qu'à la médication spolialive; le bain froid appartient non-seulement à la médication antiphlogistique, mais aussi à la médication reconstituante et à la médication révulsive; nous voulons nous engager le moins possible dans la voie des hypothèses, surtout sur le terrain de la thérapeutique; et nous nous contenterons d'étudier, au point de vue de la pratique, chacun des moyens dont nous avons reconnu l'efficacité, en précisant les cas auxquels ils s'appliquent plus spécialement. Nous constituerons ainsi une sorte de table à laquelle le praticien se reportera, choisissant tel ou tel moyen suivant les cas plus ou moins graves ou plus ou moins aigus; proportionnant l'énergie des agents à l'intensité des symptômes, et le nombre des agents au résultat qu'il s'agit d'obtenir.
La saignée générale est parfois extrêmement utile au début de la folie paralytique, surtout lorsque la maladie commence par une attaque apoplectique en rapport avec une violente poussée congestive encéphalique. Dans ce cas, elle sera d'autant plus indiquée que le sujet sera plus sanguin et plus robuste; il ne faut pas hésiter alors à retirer 500 ou 600 grammes de sang; sous Finfluence de cette bienfaisante déplétion, on voit souvent les malades sortir du coma dans lequel ils étaient plongés, coma qui aurait pu se prolonger et aboutir à la folie pai^alytique, et revenir