‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 3 sur 126 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Depuis vingt ans j'ai vu passer sous mes yeux, dans les services de Bicêtre et de la Salpêlrièrc, un grand nombre d'aliénés et de paralysés p^énéraux. Tous ont fait Tobjet d'observations que j'ai dictées personnellement à mes élèves. Toutes les autopsies ont été dirigées par moi ainsi que les recherches histologiques dont elles fournissaient le sujet. •Le livre que je publie aujourd'hui est donc le résultat. d'observations nombreuses et faites avec soin. Je suis heureux d'ajouter une pierre à l'édifice construit par mes devanciers, et dont Calmeil et Baillarger ont si bien jeté les bases. L'étiologie, les symptômes, le diagnostic, l'anatomie pathologique , la marche de cette maladie ont occupé l'attention des médecins, non-seulement dans des œuvres personnelles, mais encore dans les sociétés savantes.

L'intérêt qui s'attache à l'étude de la paralysie générale s'explique, lorsqu'on assiste à l'extension de cette affection redoutable ; sans l'appeler la maladie du siècle, il faut reconnaître l'influence des bouleversements sociaux et des révolutions sur le développement de cet état morbide, la participation plus spéciale des causes morales dépressives à cet accroissement.

Les désordres que cette affection détermine dans le système nerveux ont eu le privilège de provoquer des opinions contradictoires sur sa nature intime, opinions qui reposent sur une interprétation différente des données anatomiques que fournit l'examen du cerveau à l'état normal.

Un point est acquis, malgré quelques dissidences : c'est que la paralysie générale est une maladie inflammatoire.

viii PRÉFACE.

Vingt ans d'études, loin d'ébranler l'édifice de Galmeîl, l'ont au contraire consolidé. Les formes de trouble mental et de délire ont été étudiées d'une façon plus complète; l'on sait maintenant que le délire ne présente pas toujours le caractère gai, satisfait, heureux, que la pensée du malade ne porte pas toujours sur les richesses, sur les grandeurs, mais que souvent ces aliénés sont mélancoliques el hypocondriaques.

Les progrès de l'anatomie pathologique et rattention de plus en plus grande apportée aux nécropsies ont éclairé cette partie de la symptomatologie, qui avait échappé aux médecins de la premier emoitié de ce siècle : aussi la lypémanie vésanique est-elle moins fréquente et la statistique donne-t-elle une notable augmentation de la lypémanie inflammatoire.

Les traits d'union entre la folie vésanique et la paralysie générale ne sont pas si éloignés qu'on peut le croire. Des observations certaines, et j'en ai de personnelles, démontrent comme possible la transformation de la folie vésanique en folie paralytique ou paralysie générale. Un certain nombre de faits m'ont appris qu'il est un moment de l'évolution de ces deux classes de maladies, que j'ai appelé péna({e intermédiaire^ où il est difficile de dire si un aliéné est atteint de vésanie ou s'il devient paralysé général : c'est affaire de sexe, d'âge, de tempérament, de diathèse.

J'ai dû chercher à m'assurer si la doctrine nouvelle des localisations cérébi*ales était conforme aux autopsies et aux observations que j'ai faites. Une ou deux autopsies seulement la corroborent, mais tout au moins peut-on dire qu'elle ne se trouve pas atteinte par l'examen des faits, les lésions occupant presque toujours les circonvolutions pariétales en même temps que les autres circonvolutions ordinairement atteintes.

La cachexie que l'on observe chez un grand nombre de paralysés généraux m'a engagé à rechercher l'état du sang : j'y ai constaté des lésions inconnues jusqu'alors qui me paraissent expliquer suffisamment la pathogénie de cette complication.

Portant toute mon attention sur l'in^portance des caractères histologiques des lésions observées dans la paralysie générale, je me suis

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