TERMINAISON PAR LA GUÉRISON
Pendant dix ans, jusqu'à sa morty sa guérison ne s*est pas démentie. Il nous a écrit plusieurs fois pour nous exprimer sa reconnaissance.
On voit par tous ces exemples, qui sont incontestablement des cas de paralysie générale, que la guérison est possible ; elle survient, soit spontanément et peu à peu, soit par le fait d'une révulsion puissante et prolongée, telle qu'une amputation de cuisse, soit par suite d'une sorte de crise, telle qu'une éruption de furoncles, soit par suite d'une thérapeutique vigoureusement appliquée, ainsi que le prouve l'obseration de Gollin. page
Mais telle est la puissance d'une idée préconçue, que beaucoup de médecins se refusent à admettre qu'il s'agit, dans ces différents cas, de véritables paralysies générales; ainsi M. Baillarger lui-même se donne une peine inouïe pour essayer de démontrer que tous ces cas appartiennent à la folie congestive et non à la paralysie générale. C'est bien à tort; nous aurons à nous expliquer plus tard sur ce qu'il faut entendre par folie congestive. Mais nous croyons fermement que tous les cas relatés plus haut appartiennent dûment à la paralysie générale.
Cette malencontreuse obstination à nier la possibilité des guérisons dans la paralysie générale est bien manifeste dans le cas suivant, rapporté par M. Pinel.
Observation XXYIII. — Le 7 mai 1855, je reçus dans mon établissement M. X..., dont l'état était constaté par le certificat suivant : c Les médecins soussignés certifient que H. X... est affecté de démence et de paralysie générale accusant une affection cérébrale ancienne et remontant, suivant toute probalité, à un an au moins. {Signé : Legrand, FovillCy Magne). » Mon certificat portait qu'il était atteint de démence et de paralysie générale caracté* risée par un affaiblissement des organes locomoteurs. Dans les premiers mois, M. X... éprouve de l'embarras dans la langue, du bégayement, une trémulation spasmodique des lèvres; les mains sont tremblotantes, les membres pelviens sont faibles, la marche est mal assurée et légèrement chancelante ; la mémoire des faits anciens est bien conservée, elle est faible et confuse sur ce qui s'est passé depuis qu'il est malade ; les idées sont délirantes et vaniteuses, etc., il existe une double amaurose depuis environ deux ans et la cécité est complète ; cependant le malade persiste à dire qu'il y voit. Vers l'automne, diminution des phénomènes paralytiques.
Les docteurs Fovillcet Legrand visitent de nouveau le malade en décembre et constatent une amélioration de la lésion de la motilité, mais le même affaiblissement des facultés intellectuelles. Pendant l'hiver, la famille demande qu'il soit interdit, et son interdiction fut prononcée. Vers la fin de l'hiver, les phénomènes somatiques ont à peu près disparu ; un mieux sensible se manifeste ; cependant l'affaiblissement mental ne peut être douteux.
Dans les premiers jours de mai, M. X... est retiré de la ooaisoa de santé. Peu de temps après, on lui conseille de demander la levée de son interdictioo; on réunit trois médecins pour examiner le malade; leur certificat porte que H. X... n'est pas atteint de paralysie générale et qu'il n*a pu en être afTerli^, parce qtie cette maladie est incurable.
M. X... est soumis pendant huit jours à Texamen d'un médecin, directeur d'une maison de santé. Cet honorable confrère cherche à prouver dans son rapport que M. X... n'a pu être atteint de paralysie générale, parce que celle-ci va toujours en progressant, ne guérit jamais, et que les rémissions ne se voient pas à la période où il est arrivé. >
Le tribunal de première instance et la cour d'appel ont levé rinterdiction; seulement un conseil judiciaire a été donné à M. X..., qui a pu se marier quelques mois après.
En juin 1858, c'est-à-dire trois ans après la première entrée du malade en maison de santé, l'état mental ne laissait rien à désirer, d'après le témoignage du docteur Lisle. Ce serait là pour M. Pinel un cas de guérison de paralysie générale.
Passage à Vétat chronique. — Une des terminaisons qu'on peut encore considérer comme relativement heureuse s'observe quand la maladie prend, dans le cours de son évolution, la forme de démence paralytique, que nous avons étudiée comme constituant notre quatriième variété. Nous en observons plusieurs cas, soit à l'hôpital, soit en ville. Marcé a signalé ces faits dans le passage suivant (1) :
« On voit des malades ayant présenté du délire ambitieux, de l'embarras de la parole et tous les symptômes de la paralysie générale, rester en démence, tout en conservant des idées ambitieuses isolées, mais offrir un arrêt complet dans le développement des troubles de la motilité. La vie peut alors se prolonger indéfiniment comme dans la manie chronique ou la démence simple. J'ai en ce moment sous les yeux deux malades qui présentent, l'un depuis six ans, l'autre depuis huit ans, cette singulière transformation. Disons tout de suite, pour expliquer toute ma pensée sur ce sujet, que ces deux individus avaient abusé au plus haut point des liqueurs alcooliques, et que, tout en réservant l'avenir, je suis disposé à regarder les faits de cette nature non comme de véritables paralysies générales, mais comme des faits de démence alcoolique associée à des idées ambitieuses et à des troubles passagers de la motilité dus uniquement à Tintoiication spéciale. >
(1) Marcé, Maladiei mentaletj p. 445.
TERMINAISON PAR U MORT. Ml
 cette opinion de Marcé sur le rôle possible de l'alcoolisme dans ces cas, je puis répondre que les malades de ce genre que nous avons en observation n'ont fait aucun abus de boisson ; en voici un exemple :
Observation XXIX. — M. B..., comptable^ marié, très-sobre, est devenu paralysé général à la suite d^încendies de la Commune qui se sont passés sous ses fenêtres et qui ont failli se communiquer à sa maison. Dans la première année, délire d'ambition de (richesse) uni à des troubles de la parole, et à de la démence. Incontinence progressive de Furine et des fèces; attaques épileptiforroes.
Au bout de trois ans n'a plus de délire, mais ne présente que la démence absolue et Timpossibilité de parler distinctement.
Terminaison par la mort. — La mort est la terminaison habiluellede la paralysie générale , elle est le plus souvent amenée par des maladies intercurrentes.
Les paralytiques paraissent présenter une certaine immunité vis-à-vis des épidémies cholériques. Ainsi tandis qu'en 1849 une aliénée sur quatre a été atteinte du choléra, aucune aliénée paralytique n'a subi l'influence épidémique (i), mais, par contre, les pneumonies sont fréquentes et presque toujours mortelles. On les voitsouvent survenir sans cause connue, chezdes malades qui restent couchés dans leur lit. Si l'on songea l'état de détériorationdetout l'orçanisme qui, ainsi que nous l'avos dit, s'observe constamment à la troisième période, à l'état du sang qui est le plus souvent vicié dans sa constitution, on comprendra facilement comment l'orçanisme ne peut pas réagir efficacement, et comment le malade succombe fatalemenlàla pneumonie intercurrente. Au demeurant, la pneumonie n'a pas, chez ces malades, les allures de la pneumonie franche, ce qui fait qu'elle est souvent méconnue à son début et que, quand le médecin la constate, il est le plus souvent trop tard pour opposer un traitement efficace.
Il arrive aussi que la diarrhée colliqiiative met un terme à la maladie; la diarrhée, qui était plutôt salutaire que nuisible à la première période, devient, à la troisième période, une source de dangers, d'autant plus grave que la thérapeutique parvient rarement à l'enrayer.
La cystite consécutive au cathétérisme trop souvent répété est aussi parfois la cause d'accidents mortels.
(1) BnUarger, Atm. médico. fiy€koU)g., ia49, p. 316.
Les eschares sont fréquemment, ainsi que nous l'avons dit plu^i haut, la cause de la mort, soit parce qu'elles sont le point de départ d'une infection putride, soit parce qu'elles aggravent rapidement l'épuisement des malades.
Il est encore une cause de mort que nous avons déjà signalée plus haut, c'est Y asphyxie. Les matières alimentaires accumulées dans r arrière-bouche et oblitérant les voies aériennes, produisent une asphyxie rapide, ou bien les liquides, en s'insinuant dans les ramifications bronchiques, amènent également la mort par asphyxie.
Quelques malades meurent par épnisement, ils tombent peu à peu dans le marasme; insensibles à toute excitation, ils finissent par s'éteindre au moment où on s'y attend le moins, et dansais cas, il n'est pas possible de découvrir à l'autopsie de lésious appréciables qui puissent rendre compte de la mort aussi rapide.
Enfin les deux tiers des malades sont emportés par des cùmplications d^ origine cérébrale ; il peut survenir à toutes les périodes des poussées congestives se traduisant par des attaques apoplectiformes, épileptiformes, par du coma, des contractures, etc., etc. Il peut survenir des hémorrhagies méningées, de l'urémie, de l'hydropisie dans les ventricules. On comprend que toute celle série de faits mérite bien d'être étudiée spécialement; c'est celle étude qui fait l'objet du chapitre suivant.
RÉSUMÉ
La paralysie générale est irrégulière dans sa marche ; cependant on peut parvenir à établir quatre formes principales. L'irrégularité dont nous parions dérive de quatre ordres de faits :
1* Des rémittences dans chacun des symptômes;
^ Des rémissions, c'est-à-dire de la dimiwUion temporaire dans les diflërenls groupes de symptômes;
S*" Des guérisons temporaires, c'est-à-dire de la disparition temporaire de tous les symptômes ;
i"" Des temps d'arrêt, c'est-à-dire d'une suspension temporaire eo v^rtii de laquelle la maladie reste dans le statu quo.
Les quatre variétés qu'il est néanmoins possible d'établir d'après une classification naturelle, et qu'il est indispensable d'établir, surtout au point de vue du pronostic, sont :
1* La paralysie générale à marche rapide. Dans ces cas, ou bien la maladie survient inopinément chez un individu sain jusqu'alors, ou bien elle sunieat