‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 32 sur 126 · DURÉE · texte numérisé non relu

DURÉE

travcfôées par des poussées plus ou moins aiguës; de même il est des paralysies générales aiguës et des paralysies générales chro* niques ; chez quelques-unes de ces dernières, il peut survenir d'un instant à l'autre des recrudescences, de véritables poussées inflammatoires qui font rapidement évoluer la maladie.

C'est donc, en somme, une recherche vaine que celle qui porte sur la durée moyenne de la maladie ; elle ne peut donner que des renseignements de peu de valeur, et môme le chiffre fourni par la statistique peut être l'origine de beaucoup d'erreurs. Combien de fois, en effet, n'est-il pas arrivé que des praticiens même expérimentés ont fixé à trois ans par exemple (c'est le chiffre consacré) le terme d'une paralysie générale, et la maladie, déjouant toutes leui^ prévisions, a duré pendant sept ou huit ans ; Lunier connaît même à l'asile de Blois une femme chez laquelle la démence paralytique date de plus de vingt ans (1). Dans d'autres circonstances, et cela est plus grave, le médecin croit pouvoir fixer à trois ans la durée d'évolution d'une paralysie générale, et la maladie marche en trois mois. Provisoirement, nous croyons qu'il est sage de ne jamais se prononcer sur la durée probable de la paralysie générale, à moins qu'on n'ait affaire à la forme sénile ou à la forme démente.

Les diverses tentatives faites pour déterminer la durée moyenne de cette maladie, quand elle affecte la forme chronique, donnent d'ailleurs des résultats tellement contradictoires, qu'il y a lieu de s'étonner de voir le terme de trois ans adopté par un gi*and nombre de médecins non spécialistes. Voici ce que dit Marcé à cet égard :

« M. Parchappe a trouvé en moyenne une durée d'un an, onze mois et quatre jours pour Tasile des aliénés de la Seine-Inférieure. En 1825, M. Calmeil l'avait limitée à treize mois pour l'établissement de Charenton, et Bayle, autrefois, l'avait fixée à dix mois. Ce qui est incontestable, c'est que chez les femmes, où elle est relativement peu fréquente, la paralysie générale a une durée beaucoup plus longue ; c'est aussi que les soins dont la malade est entourée, les circonstances accessoires de la maladie, tendent singulièrement à l'abréger ou à la prolonger. Elle marche avec rapidité, quand l'aliéné, longtemps abandonné a lui-même, a pu 86 livrer sans contrainte à des excès de toute nature, lorscjue des

({} Ann. mal. jMijch.i 1877, pt 4iOi

congestions cérébrales répétées ont aggravé tous les accidents et hàlé en quatre ou cinq mois l'arrivée des derniers symptômes. Au contraire, des soins minutieux, des précautions de toute nature, une hygiène bien réglée, un traitement convenablement maintenu, l'absence de toute complication, permettent de prolonger la vie pendant trois années, quatre années et même plus. Dans les établissements privés, la moyenne est beaucoup supérieure â celle des grands asiles consacrés aux indigents. J'ai même vu, dans quelques cas exceptionnels, des paralytiques résister six années, sept années, et la maladie s'immobiliser de la manièi*e la plus inattendue. ]>

Nous avons déjà dit, à propos de l'étude des cinq formes de paralysies générales que, dans la variété sénile, la maladie évolue rapidement, et que deux années est le terme extrême ; que dans la forme qu'on peut appeler démence paralytique, la durée esl, au contraire, en général, beaucoup plus longue. Dans lu fonue aiguë, la maladie a une évolution irrégulière; la paralysie générale commune, avec délire ambitieux, a le plus oitlinairement la durée de trois ans assignée par les auteurs, surtout lorsqu'il se produit des accidents congestifs ; dans la forme spinale, rien n'est moins fixe que la durée de la maladie; elle est quelquefois trèslongue : c'est lorsque les troubles médullaires ouvrent la scène; elle est quelquefois très-courte : c'est surtout lorsque les symptômes encéphaliques et les symptômes médullaires débutent simultanément.

Terminaisom. — La paralysie générale peut se terminer de différentes façons. Il est certain que l'issue la plus fréquente est la mort, mais on observe aussi d'autres modes de terminaison.

Quelquefois la maladie guérit ; d'autres fois elle passe à Té lai chronique et elle peut alors durer des années. Étudions chacun de ces modes de terminaison.

Paralysie générale terminée par laguérisotK — 11 existe dans la science des cas incontestables de guérison de paralysies générales; et, par guérison, nous entendons la disparition complète de toutes les manifestations physiques et somatiques de la maladie, disparition constatable pendant plusieurs années.

On a dit et l'on a répété que la paralysie générale était une maladie incurable : c'est & tort. Le raisonnement indique que la

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paralysie générale n'est pas, de sa nature, une affection incurable, les faits (i), de leur côté, confirment ce que le msonnement fait prévoir. La logique, disions-nous, porte à croire que la périencéphalite diffuse n'est pas fatalement au dessus des ressources de l'art ou de la nature, car enfin, pourquoi ne paiTiendrait-on pas à enrayer une inflammation, si étendue qu'elle soit? On doute beaucoup trop, en général, de la puissance des moyens thérapeutiques. Pour nous, nous sommes convaincu que des vésicatoires, par exemple, appliqués sur le cuir chevelu préalablement rasé, peuvent amener une dérivation puissante et extrêmement salutaire. Ce n'est pas ici le lieu de démontrer la raison d'être de cette conviction, nous y reviendrons à l'article du traitement. De même une suppuration abondante peut amener une dérivation utile. Enfin la nature peut spontanément, enrayer le processus inflammatoire; cela n'a rien d'illogique; la cause inconnue dans son essence, qui amène la congestion des vaisseaux encéphaliques, peut spontanément disparaître, de même qu'elle était spontanément survenue ; ne voit-on pas survenir spontanément des rémissions et dans les cas les plus graves ! Et il est fort probable alors que les phénomènes vasculaires s'amendent temporairement pour reprendre ensuite leurs cours. Qu'y a-t-il d'illogique à admettre un degré déplus dans l'amendement des phénomènes vasculaires amenant, non plus aloi*s une diminution, mais une disparition plus ou moins prolongée et parfois définitive de toutes les manifestations pathologiques ? En tous cas, les faits sont là pour prouver la possibilité des guérisons.

Il est curieux de voir avec quelle obstination certains médecins se refusent à accepter ces guérisons ; ils en arrivent à torturer les fiîils, à dire que ces fiiits, qu'on prend pour desguérisons, ne sont que des rémissions prolongées, ou même à penser que telle maladie qu'ils avaient prise pour une paralysie générale n'était pas une paralysie générale, puisqu'elle avait abouti à la guérison. C'est certainement dans une fausse voie que poussent ces idées préconçues.

Nous allons réunir ici tous les cas de guérisons incontestables que nous avons pu trouver dans la science de façon à réagir contre cette fâcheuse tendance. Quant aux guérisons que nous

(I) Voir robscrwition, p. 177.

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avons nous-même observées, nous avons déjà dit que leur élude serait faite dans le chapitre consacré au traitement, parce que, dans presque tous ces cas, c'est à l'intervention thérapeutique qu'il faut rapporter les guérisons.

Esquirol (1) rapporte un cas de guérison qui se maintint pendant cinq ans, jusqu'au jour où la mort arriva subitement par suite d'hémorrhagie cérébrale ; la guérison coïncida avec l'apparition de nombreux furoncles qui survinrent en trois poussées successives et qui donnèrent lieu à une abondante suppuration.

De même, M. Baillarger a cité un cas dans lequel une éruption de furoncles sembla avoir consolidé la guérison et peut-être prévenu une récidive.

Observation XIX. — Il s'agit d*un homme de quarante et un ans qui, dès le mois de juillet 1856, était atteint d'un commencement de paralysie générale. En novembre et en décembre, on put craindre rinvasion de h démence; l'intelligence baissait sensiblement; l'embarras de la parole étai! plus prononcé ; et cependant, de janvier à mai 1857, on put noter une amélioration progressive et le malade fut rendu à la liberté.

Un an après, il écrivait lui-même à H. Baillarger une lettre trës-sensêf dans laquelle il raconte qu'il lui est, à deux reprises, survenu des poussée furonculeuses au bas-ventre et aux bras, dont il eut toutes les peines de monde à se débarrasser, après quatre mois de traitement.

Bayle rapporte le cas d'un homme atteint une première fot d'un accès de manie passager, qui fut ensuite pris d'un autre accès de manie, avec délire ambitieux. Il avait 500 000 francs de rente, il était ministre, maréchal de France ; sa prononcialion était difficile, il bégayait, sa démarche était mal assurée ; il urinait souvent sous lui sans en avoir conscience ; et cependant, malgré ces symptômes si graves, il guérit.

Bayle ajoute que cet exemple de guérison est plus frappant q«ceux qu'il a déjà rapportés, parce que le rétablissement de la raison a été complet et durable.

Il existe dans un travail du docteur Earle (2), sur la paralp' générale, une observation où la guérison n'a pas duré moins J'^ dix ans. II s'agissait d'un homme de quarante-deux ans, aya: du délire ambitieux, ne parlant que de millions, de mines d 'T'

(1) Esquirol, Sur les crises dans la folié. Maladies mttdaUs. Paris, 1838, 1. 1, p. Yil (â) American jawr}%al ofthe médical science*

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etc., ayant de Tanesthésie du goût, de l'inégalité pupillaire, qui, au bout d'un an, guérit parfaitement à la suite d'une suppuration provoquée par un se ton et entretenue par des plaies multiples sur le corps.

Baume (1) rapporte également un cas de guérison qui ne s'est pas démenti pendant six ans. Cette guérison survint en même temps qu'une eschare à la jambe.

Ce même auteur a encore observé un cas analogue :

Observation XX. — Une femme Leb.... était atteinte de paralysie générale à la seconde période. Au moment où Ton regardait la mort comme imminente, il se déclara à la jambe droite un œdème aigu avec gangrène et eschare partielle; l'agitation alla en diminuant à mesure que la plaie prenait un meilleur aspect ; tous les symptômes de paralysie s'amendèrent et depuis deux mois le délire a disparu; Leb... s'occupe et désire sa sortie. La durée de la guérison est restée inconnue.

Les observations suivantes sont aussi démonstratives :

Observation XXI. — Une femme de cinquante-trois ans fut prise tout à coup de délire ambitieux ; elle se rend aux Tuileries pour voir TEmpereur; elle dit qu'elle possède toute la France; elle crie et chante; elle est très-agitée. Un examen attentif fait constater que certains mots ne sont pas nettement prononcés ; la pupille droite est plus large que la gauche ; il y a des grincements de dents, de l'incontinence des fèces. Au bout de huit mois, le délire disparait peu à peu, mais l'intelligence reste très-embarrassée et la malade très-affaiblie. Un abcès étendu survint à la jambe droite et donna lieu à une suppuration abondante. Le calme revint peu à peu, le délire disparut, la malade reprit des forces; elle disait que l'année qui venait de s'écouler n'existait pas pour elle, et que c'est comme si elle avait été morte. Elle ne tarda pas à recouvrer la mémoire de tous les faits antérieurs, et bientôt rien ne put faire soupçonner qu'elle avait passé par une maladie aussi grave. Au bout d'un an de guérison, la malade était encore à la Salpétrière, mais calme, laborieuse, n'offrant aucun signe de son aucienne maladie (Baillarger).

Observation XXII. — Un homme fut pris de délire mélancolique, puis plus tard du délire des grandeurs, d'embarras de la parole. Pendant plus de sept mois le malade offrit toutes les phases de la paralysie générale jusqu'au jour où il dut s'aliter à cause de l'état d'épuisement et de marasme. Or, un abcès du foie survint qui donna lieu à un écoulement purulent d'une abondance incakulabk et d'une durée de quinze jours. Peu à peu, sous l'influence de cette puissante dérivation, le malade revint à l'état normal et il fut si bien guéri qu'il put, non-seulement reprendre son état de teinturier à Nancy, mais transporter son industrie à Paris et l'exercer sur une plus vaste

{t) Baume, Thèse, 1851.

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échelle pendant trois années au moins. L'observation n'ayant pas duré au delà de ces trois années, on ne peut pas dire combien de temps la gué* rison s*est maintenue (Morel).

Observation XXIII. — Un homme entra à Tasile de Sainte-Gemmes pour une affection caractérisée par une certaine agitation, des idées de grandeur et un embarras de la parole qui firent diagnostiquer une paralysie générale progressive. Un an après survint une poussée de méningo-encéplialite aiguë avec délire, fièvre intense, hallucinations. Cet état aigu durait depuis cinq jours, quand on fit une saignée aux deux artères temporales qui calma le délire ; le lendemain de cette saignée, écoulement de pus par les deux oreilles, chute de la fièvre. Les jours suivants, amendement progressif; deux mois après, rémission permanente ; plus de délire : trois mois après, l'embarras de la parole diminue ; cinq mois après, sortie en bon état apparent. On peut affirmer que la guérison se maintint pendant au moins un au, mais la durée totale de la guérison est inconnue (Combes) (1).

Observation XXIV. — Un paralysé général étant dans un état cachectique des plus fâcheux, eut une rémittence complète et sa guérison se maintint pendant vingt-cinq ans, jusqu^à la mort du malade, qui fut causée par une affectiou thoracique. Il nMlait resté aucun phénomène pathologique, si ce n*est une gène singulière de la parole, le malade ne bégayait pas, mais fréquemment il s'arrêtait avant de prononcer un mot et surtout avant de commencer une phrase; puis, après cette brusque suspension, il reprenait librement sou discours (Ferrus) (2).

Voici deux observations dans lesquelles la guérison a été consécutive à une amputation de la cuisse. La première est due à Fabre (thèse); la seconde à M. Baillarger {Ann. méd. psych., 1858, 3' série, tome IV, page 410).

OnsEnvATiON XXV. — Un homme de quarante-sept ans avait, à son entrée à Bicétre, du délire ambitieux, de l'incohérence, de la diminution de la mémoire, de Tcmbarras de la parole, un léger tremblement des membres. Ce malheureux fit une chute de 30 pieds de haut, d*où résulta une forte contusion du pied; puis des abcès se formèrent; bref, on dut, in extremis^ pratiquer l'amputation à la partie moyenne delà cuisse. Le malade, pendant l'opération, ne donna aucun signe de douleur; ce n'est que deux mois après qu'il remarqua, à sa grande surprise, qu'il n'avait plus qu'une jambe. Depuis lors, en même temps que l'état des forces s'améliora, les symptômes de l'aliénation mentale disparurent. Le malade cessa de parler de fortune et de grandeurs, sa parole redevint libre ; la sensibilité générale revint ad integnim et six mois après son entrée, quatre mois après l'opération, le malade sortit de Bicétre parfaitement guéri de tous ses maux. Malheureusement la durée de la guérison est restée inconnue (Fabre).

(1) Combes, Sur la mâche de la folie, thèse de Paris, 1858. (â) Las^>gu3, thèse d'agrégation, p. 72.

TERMINAISON PAR U GUÉR1S0N. 197

Le cas cité par M. Baillarger a beaucoup d'analogie avec celui que nous allons rapporter :

Obseryation XXYI. — Un homme avait du délire ambitieux, de rembarras de la prononciation, un affaiblissement intellectuel notable ; ayant dû subir Tamputation d'une jambe, ce malade ne manifesta aucune douleur. Après quatre mois de séquestration, amélioration notable ; après sept mois, il n'y avait plus d'embarras de la parole ni aucun signe de délire ; les réponses du malade étaient justes et brèves, mais il restait de l'inégalité pupillaire. On rendit alors le malade à la liberté et cinq ans après il jouissait encore de toutes ses facultés physiques et intellectuelles.

Observation XXVII. — Paralysie générale terminée par une guérison

définitive (i).

M. B..., soixante ans, qui depuis deux ans n'avait plus de relations sexuelles avec sa femme, éprouva tout à coup des besoins insolites ; il court les maisons publiques ; placé dans le coupé d'une diligence avec sa femme, il lient des propos obscènes et se livre en une nuit une douzaine de fois au coït avec émission de sperme. Quelques jours après, il entre dans la maison de santé de M. Pinel, qui le trouve dans l'état suivant :

Tète chaude, principalement à l'occiput, face congestionnée, yeux brillants, sourire continuel, parole difficile, bégayement assez prononcé dans certains moments ; loquacité, agitation, propos obscènes, désir de voir dos femmes, paralysie incomplète du membre abdominal droit, le membre thoracique du même côté ne présente pas de différence avec le gauche, circulation régulière et normale, mémoire affaiblie pour les faits récents; les jours suivants, exaltation plus grande, chants joyeux et sales, projets insensés, idées de grandeur et de fortune.

Le malade est général, roi, empereur ; il va secourir la Pologne à la tète d'un régiment cuirassé C4)mme dans le moyen âge et qu'il vient de créer à ses frais; il épouse une princesse du sang royal; le délire satyriaque va en augmentant; il crie, il vocifère, il demande des jeunes filles pour satisfaire ses désirs brûlants; insomnie, loquacité incessante, hallucinations. Le malade cause avec plusieurs jeunes filles qu'il croit tenir dans ses bras, il les appelle parleurs noms, il est comme dans une ivresse complète.

Cet état de surexcitation des oi^anes génitaux continue pendant trois semaines et finit enfin par céder aux moyens mis en usage (ventouses à la nuque, bains prolongés de 5, 6, 8 et 10 heures par jour, avec douches froides en pluie fine sur la tète pendant la durée du bain; laxatifs, boissons roucilagineuses et nitrées, potions camphrées et opiacées, régime doux.

La paralysie générale fait des progrès. Le malade devient sale, il laisse échapper ses excréments et ses urines dans son lit et dans ses vêtements, il se vautre dans Tordure ; ses membres sont de plus en plus faibles et peuvent à peine le soutenir; il traîne les deux membres inférieurs et sa marche chancelante devient de plus en plus difficile. La parole est plus embarrassée, la langue est tremblotante, la nutrition ne se fait pas, le malade maigrit tous les jours ; les jambes et les pieds sont fortement œdématiés ; les yeux

(f) Pinel, Société médko-piifckologique (séance da S8 juin 1858).

sont ternes, le faciès stnpide, le sourire continuel et niais; la sensibilité des plus obtuses, la mémoire nulle. Les facultés affectives sont à peu près aoêanties, il voit et quitte sa femme avec indifférence ; il dit être le plus heureui des hommes; il est incapable de tenir et de suivre la plus légère conversation. Une seule chose l'occupe et l'absorbe : ce sont les diamants dont il a trouvé une mine dans le jardin de sa division; il passe son temps à creuser la terre et à ramasser tous les cailloux, tous les débris qu'il voit ou qu'il prend pour des pierres précieuses dont la valeur lui paraH Incalculable. Il les trie, les classe et les met dans une partie du jardin pour les déposer ensuite dans son cabinet. Si on le force à quitter sa mine et ses diamants, il crie, il pleure, il s'agite et demande en grâce qu'on lui doDDf la liberté d'y retourner; une fois là, il ne parle plus et est parfaitement tranquille. L'affaiblissement physique et moral va en augmentant ; le malade a besoin d'un aide pour marcher, sa faim est insatiable.

Vers le commencement du mois d'août, quatre mois après son entrée, fièvre, douleur abdominale, dysenterie, bronchite intense, gonflement crdématèux considérable des jambes et des pieds avec érysipèle à la jambe gauche, pouls petit et accéléré ; faiblesse extrême, soif ardente, langue roage et sèche ; continuation du délire, gaieté constante, rire hébété ; prononciation toujours difficile ; décubitus sur le dos, eschares gangreneuses au sacrum et au talon droit. Peu à peu les symptômes de la maladie intercurrente diminuent, et, vers la fin du mois, le malade peut quitter le lit. Les idées délirantes sont les mêmes, mais plus variées. Il est propriétaire du château de Randan, il est riche à millions, etc. Du reste, il continue à être gâteux, la nuit et le jour, ne pouvant se tenir sur ses jambes et à peine sur son séaot.

Dans la première quinzaine de septembre, deux cautères à la nuque, bains avec affusions fraîches, régime tonique. La nutrition se fait mieux, le malade est plus tranquille la nuit et dort bien, les déjections sont moins involontaires ; bientôt le malade ne se salit plus ; l'embonpoint revient, la faiblesse» diminue, il peut faire quelques promenades ; la parole est moins embarrassée, mais il délire toujours. Il veut sortir de l'établissement parce qu*il ne se croit plus malade et il exprime sa volonté d'une manière plus énergique, il s'occupe un peu moins de ses diamants.

Vers le milieu de septembre, les facultés intellectuelles paraissent moins altérées; sa conversation est suivie et moins déraisonnable, sa mémoire est meilleure, il désire voir sa famille et se plaint qu'on ne vient pas le visiter. il parle moins de ses idées chimériques.. Le sommeil est bon, les fonctions normales calmes; lecture, promenades, distractions; parole plus libre. Le malade croit toujours que les cailloux dont il fait une collection sont des diamants. Il persiste à dire qu'il est propriétaire du château de Randan ; il écrit à sa femme et à son oncle des lettres qui sont insensées. Cependant quelqoe temps après, nous lui annonçons une lettre de sa femme et son prochain retour à Paris où elle doit venir le chercher pour le ramener dans sa famille. Deux jours après, vers la fin de septembre, il reçoit la lettre de sa femme, et à partir de ce moment, nulle trace de délire ; il reconnaît qu'il a été aliéné et il déclare qu'il est délivré pour toujours de ses idées folles, il dods témoigne une vive reconnaissance. Sa femme arrive, il la revoit avec boohcnr et elle le trouve plein de raison ; sa parole est facile ; sa conversation agréable et pleine d'aménité. Il part le 10 octobre dans un état parfait de lucidité et rentre dans son pays natal.

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