‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 73 sur 126 · INFLUENCE DV TRAVAIL LNTELLBCTUEL · texte numérisé non relu

INFLUENCE DV TRAVAIL LNTELLBCTUEL

générale est le plus souvent rattribut des tempéraments san-

{^uins.

Nous voilà bien éloigné, à ce qu'il me semble, de ce que nous avons rintention d'étudier sous le nom d'hygiène morale ; mais le retour au point de départ est facile, et l'on peut résumer ces articles en disant qu'une mauvaise hygiène morale est souvent le l'ait d'une prédisposition à la folie, mais qu'elle est également la source de troubles intellectuels variés, et que, suivant les conditions de l'individu, il en résulte soit un état de sthénie vasculaire qui se traduit par la folie simple, soit un état d'hyperhémie qui joue un rôle essentiel dans les manifestations ultérieures de la folie paralytique.

Influence du travail intellectuel exagéré. — Celte influence a été gravement incriminée (Calmeil, Contesse (i), etc.). A notre avis elle n'est dangeureuse : i" que quand le travail est mal dirigé; "i*' quand le ti*avail intellectuel n'est pas contre-balancé par l'exeri'ice parallèle des autres modes d'activité psychique; 3" en dehoi's de ces conditions, le tmvail de l'intelligence, même poussé à un degré considérable, n'est jamais dangereux; bien au contraire, c'est le meilleur préservatif contre la folie; 4" mais il ne laut pas que le travail intellectuel soit opéré par un cerveau déjà malade ou fortement menacé de le devenir.

Voilà quatre propositions qu'il va s'agir de développer et de démontrer.

Mauvaise direction du travail intellectuel. — Le travail intellectuel, pour produire le meilleur rendement et pour ne pas être nuisible, est soumis à certaines lois qui sont relatives à sa quantité et à sa qualité. Relativement à sa quantité^ il y a une sorte de point de saturation qu'il faut atteindre de près, qu'il ne faut jamais dépasser. Ce point de saturation varie suivant les individus : i** par le fait des aptitudes héréditaires; 2" par le fait des aptitudes acquises.

4** Il y a en effet des enfants qui apportent, pour ainsi dire en naissant, des aptitudes singulières pour le travail intellectuel. D'autres, au contraire, sont réfractaires jusqu'à un certain âge.

(I) OHil«»ssr, Tlièso, Pari*. IHfii.

SI6 ÉTIOLOGIE.

Ijc môme chez les adultes, il en est qui ont le travail facile oi d'autres qui ne l'ont pas, il en est qui peuvent travailler trois heures sans fatigue, tandis qu'au bout d'une heure d'autres seront à bout de forces. Parmi les personnes qui consacrent leur vie aux travaux intellectuels, des différences semblables s'observent : le? uns, en effet, auront le travail rapide, mais seront épuisés au bout d'une heure; d'autres, au contraire, travailleront lentement, mais pourront, sans ressentir le moindre malaise, fournir une somnii» considérable de travail. Il faut évidemment compter dans lou> les cas avec les dispositions naturelles, et il est impossible de fiur une commune mesure qui puisse convenir à préciser quelle dnil L'tre la quantité du travail intellectuel.

2*" Cette quantité qui doit varier suivant les aptitudes héivditaires, pourra encore varier par le fait des aptitudes acquise?. C'est ainsi qu'il existe un véritable entraînement pour le travail intellectuel comme pour le travail musculaire. De même que V boxeur anglais arrive à dépenser sans fatigue énormément di: force musculaire, de même le travailleur de l'esprit, lorsqu'il m est habitué, arrive à produire beaucoup, sans en ressentir auciint' fâcheuse influence.

A la question des aptitudes acquises se rattache cncoi'e l<' problème pédagogique. Il y a en efiet une façon de procéder qui permet de fournir sans fatigue une somme considérable de travail. L'homme qui sait travailler éloigne pour ainsi dire à volonté le point de saturation dont il a été fait mention plus haut. Malheureusement tout le monde ne sait pas travailler, et il n'y a encoi'^ aucun bon traité d'hygiène intellectuelle basé sur des m\m^ sérieuses et scientifiques, à notre connaissance du moins.

Ce n'est pas à nous à l'entreprendre. Nous insisterons seulement sur la nécessité qu'il y a d'introduire de la diversité dam le travail. L'esprit arrive rapidement à se fatiguer et à s'amoindrir alors qu'il s'exerce toujours sur le même thème. (Vesl iv que nous allons développer rapidement, puisqu'il est dans noirprogramme de donner quelques considérations sur la qualii* du travail au point de vue de l'étiologie de la folie paralytique.

Qualité du travail. — Relativement aux connaissancos à acquérir, aux matériaux a assimiler, la variété dans le iy^^^^-

HYGIÈNE INTELLKiTrUELLE. 3!7

est la meilleure condition pour éloigner le point de saturation.

Un mathématicien, par exemple, au bout de trois heures d'études mathématiques pourra paraître épuisé; mais que ce savant se livre, même immédiatement après ces trois heures de travail, à l'étude de l'histoire, de la littérature, etc., il y trouvera une diversion, une récréation utile, et il pourra ainsi acquérir sans fatigue de nouvelles connaissances; que dans la même journée il étudie les langues, il s'assimilera comme par surcroit de nouveaux matériaux.

Pour beaucoup acquérir sans danger, il faut beaucoup varier les travaux; de môme, pour beaucoup produire, il est essentiel d'avoir des connaissances variées. Le principe de la division du travail et des spécialités, qui s'applique si bien à tout ce qui concerne la production industrielle, est absolument contraire à l'hygiène de l'esprit.

Des plienomdiies propres à avertir que la limite physiolofjique a ete' dépassée. — On voit, d'après ces données, que rien n'est plus variable que la limite à laquelle il convient de pousser le travail intellectuel; atteindre cette limite, sans jamais la dépasser, est le principe fondamental d'une bonne hygiène intellectuelle. Y a-t-il donc un critérium qui puisse indiquer que la limite est atteinte? Oui, il y en a un; le voici. On est averti qu'il faut diminuer, et au plus vite, la dose du travail intellectuel : 1" lorsque les fonctions somatiques s'en ressentent, que les digestions sont laborieuses, que le sommeil est agité, lorsqu'il survient de la céphalalgie ou un sentiment pénétrant de fatigue intellectuelle, un certain vague dans les idées et des conceptions bizarres qui ne sont pas encore pathologiques, mais qui sont sur le point de le devenir. Une fois cette limite atteinte, il serait imprudent de surmener le cerveau, ce serait risquer d'en détendre le ressort.

En résumé, le travail intellectuel n'est dangereux que quand il est exercé par un cerveau déjà malade, quand il est poussé Ji des limites excessives^ et surtout quand son influence n'est pas contrebalancée. En dehors de ces conditions, le travail est un élément de conservation non-seulement pour l'intégrité intellectuelle, mais peut-être aussi pour la santé physique.

318 ÉTIOLOGIE.

Mauvaise influence de V hyper activité physique. — Nous avons passé en revue ce qui était relatif à la partie affective et à la partie intellectuelle de Têtre psychique, il nous reste à étudier le rôle de l'activité physique.

La vie hyperactive a été très-souvent notée chez les individus qui sont devenus plus tard aliénés paralytiques. Tout ce que nous avons décrit à propos des prodromes n'est en effet, habiluellemenl, que l'exagération maladive des habitudes d'activité qu'avaient présentées les malades; mais faut-il conclure de là qu'une vie très-aclive est une cause de folie paralytique? Pas le moins du monde, à la condition que l'activité physique soit réglementée el qu'elle ait un contre-poids.

Le contre-poids de l'activité somatique, c'est l'hygiène morale et l'activité intellectuelle. Un homme qui fait travailler en même temps son esprit et qui peut trouver les conditions propres au développement de la partie affective de son individu, pourra pousser impunément le travail musculaire à des limites considérables. Nous en avons la preuve en regardant autour de nous, par exemple, les médecins en renom, qui mènent forcément une vie exlri'mement fatigante, qui déploient une activité incroyable, el qui cependant ne deviennent pas aliénés paralytiques. Nous croyons donc que l'activité somatique peut être poussée très-loin impunément si son influence est contre-balancée. Dans ces conditions l'activité somatique est plus qu'inoffensive, elle est utile el elle constitue sans aucun doute un élément de conservation pour le corps comme pour l'esprit; c'est ce qu'ont parfaitement compris les ordres monastiques, qui n'ont jamais manqué de joindre aux travaux intellectuels et aux exercices de piété des travaux manuels parfois très-pénibles.

Si au contraire l'activité physique n'est pas contre-balancée, elle peut devenir dangereuse ; c'est ainsi que les hommes qui, sont toute la journée en mouvement, occupés de leurs affaire^ commerciales, qui s'imposent des veilles prolongées pour mellit en ordre la nuit les affaires de la journée, ou pour jouir de la vie factice du monde, ces hommes, qui n'ont ni paix ni trêve, ni jours fériés ni vacances , qui n'ont pas ou qui ne prennent pale temps de s'occuper de leur famille, qui, en un mot, néglige'"' de développer simultanément la partie affective et la partie in-

HYPERAGTIVITË PHYSIQUE. 319

tellcctuelle de leur individu, s'exposent gravement à devenir aliénés paralytiques. Il en était de même autrefois de bon nombre d^officiers de l'armée, qui menaient, par le fait de leur profession, une existence active sans exercer parallèlement les autres fonctions de leur cerveau , et qui joignaient à cette mauvaise hygiène des excès préjudiciables.

Quelle est la limite à laquelle on peut pousser Tactivité somatique, en admettant qu'elle soit suffisamment contre-balancée ? Â notre avis, le meilleur critérium est la qualité du sommeil.

L'homme qui travaille avec mesure par le corps et par l'esprit et qui a une bonne hygiène morale doit avoir un sommeil calme; il ne doit pas se rappeler, même vaguement, les rêves de la nuit.

L'homme qui ne fait pas assez travailler son esprit a le sommeil Iravei^sé par des rêves, comme si la fonction intellectuelle, laissée pendant le jour dans un repos forcé, prenait sa revanche la nuit.

L'homme qui ne fait pas travailler son corps a également des rêves, des cauchemars, surtout s'il travaille de l'esprit pendant la soirée. C'est qu'alors la fonction intellectuelle est surexcitée et que le mouvement acquis persiste pour ainsi dire pendant le sommeil.

En tous cas, il est bien facile à chacun de se rendre compte du mode d'activité qui est trop surmené et de sentir les rectifications nécessaires; malheureusement, beaucoup les sentent sans les exécuter et se contentent de traduire le vers d'Ovide :

Video meliora proboque Détériora sequor

Quittons cet ordre de considérations philosophiques, malgré rinlérêt qu'elles présentent, et continuons la nomenclature des diverses influences qui, combinées entre elles et ajoutant leur action, finissent par congestionner l'encéphale et par déterminer la folie paralytique.

Abus de régime. — U y a lieu de signaler les abus de coït, mais comme ces derniers agissent surtout par voie réflexe, nous les étudierons plus loin.

Les abus de coït, d'ailleurs, vont rarement seuls. Ils s'accompagnent le plus souvent d'abus alcooliques, d'excitations de toutes sortes. La question est donc complexe. Il est vrai qu'on observe

320 ETIOLOGJE.

que les paralysés généraux, avant d'être nettement malade^ sont fort enclins à des abus de coït; mais cette propension n\^l• elle pas plutôt l'effet de la maladie existant déjà en germe, que la cause de la maladie ? Question difficile à résoudre, car la paralysie générale reconnaît souvent une période prodromique bien longue. D'ailleurs, cette considération a peu d'importance au point de vue qui nous occupe, car ces abus de coït, fussenl-il> l'effet de la maladie, n'en réagissent pas moins sur l'encéphale et deviennent ainsi cause k leur tour.

Le sommeil après le repas, surtout dans une almosphi^p chaude, nous semble aussi très-dangereux au point de vue ilt> congestions encéphaliques. Il suffit, pour s'en rendre compte, i: considérer combien ce sommeil est lourd, combien il laisse après lui de pesanteur de tête, de congestion delà face, d'hyperhénii^ oculaire. On sait, d'ailleurs, combien il est dangereux chez les vieillards, et quel rôle il joue dans la production des hémuirhagies cérébrales.

Les abus alcooliques répétés sont également capables de congestionner l'encéphale. Bien que nous nous soyons efforcé, an chapitre précédent, d'établir une différence très-nellc enlit l'alcoolisme chronique et la paralysie générale, nous ne pouvons pas nous défendre de croire que les excès d'alcool soient uni cause prédisposante de paralysie générale.

« L'inflammation des méninges etde la substance corticale p'riphérique, écrivait Galmeil (4) , est des plus fréquentes chez les d'I'i* lants de vin et d'eau-de-vie, chez les épiciers, les distillaient les marchands de tabac, les cafetiers, et en général chez 1'ju> les individus dont la profession rend les excès alcooliques facil'"^ Elle est très-répandue chez les officiers qui s'habituent à fn*queuter les cafés, a boire avant la fin de chaque journée na nombre plus ou moins considérable de verres de vin sucré, A rhum ou d'eau -de- vie; mais, dans les dernières campaiin*^ d'Afrique, c'est surtout l'abus des liqueurs préparées avec lai»sinthe qui a entraîné la perte d'un nombre considérable de militaires, que rien n'a pu soustraire à l'invasion de la démence elJ la paralysie générale incomplète.

(1) Cnlmcil, /oc. cit., p. 289.

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