‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 74 sur 126 · INFLUENCE DES ABUS DE TABAC · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ABUS DE TABAC

« Elle est commune sur les cuisiniers, qui sont exposés à l'ardeur d'un feu altérant, aux émanations de l'oxyde de carbone, et qui se laissent entraîner à boire de préférence des vins liquoreux et du rhum.

Comme les causes qui viennent d'être mentionnées exercent surtout leur influence dans les grands centres de population, dans les cités opulentes, on doit s'attendre à rencontrer la périenccphalite chronique diffuse bien plus souvent qu'ailleurs à Paris et à Londres, par exemple, c'est en effet ce qu'on est à même de constater journellement; mais les habitants de la vraie campagne que les travaux de la fenaison el de la moisson exposent pendant Tété à l'ardeur d'un soleil brûlant, n'échappent point complètement à ses ravages.

Influence des abus de tabac. — L'influence des abus du tabac à fumer nous semble également incontestable. Le tabac est un poison, c'est là un fait incontestable; qu'on interroge à cet égard, sans aller plus loin, les personnes qui commencent à fumer, et elles pourront donner des renseignements suffisants.

On s'y accoutume, mais l'abus doit être évidemment nuisible, il finit par être toléré. Ce n'est vrai que dans une certaine mesure, car l'action du tabac se fait sentir même chez les habitués, loi^qu'ils sont placés dans des conditions spéciales : loi^qu'ils fument à jeun, par exemple, ou lorsque, après un repas copieux accompagné de libations abondantes, ils ajoutent à ces influences excitantes celle du tabac à fumer, ils sentent alors très-bien que leur lête se trouble davantage et qu'une cause de congestion est venue s'ajouter; même chez les fumeurs habitués, il arrive que des excès passagers produisent de véritables vertiges et un malaise général ; c'est ce qui prouve bien l'influence nuisible de cet agent.

Il est certain également que les abus de tabac diminuent la mémoire et amènent des troubles de la vue (Sichel, Hutchinson, Mackensie, Warlomont, De Vamaurose cmisémtive aux abus du tnbac). C'est donc qu'ils agissent puissamment sur les centres nerveux et qu'ils peuvent jouer un rôle dans l'étiologie de la folie paralytique.

Nous n'avons pas plus longtemps à insister sur cette opinion qui a déjà été suffisamment défendue.

A. VOISIN. Paralysie. ii *

322 ETIOLOGIE.

M. le docteur Jolly (1) a attaché son nom à la poui^suile des abu> de tabac; Vleminckx, Lefebvre, Masoin, Guislain, en Belgique, oni brillamment continué la campagne, et la cause du tabac ne |)eul plus aujourd'hui trouver que des défenseurs intéressés.

Nous devons cependant reconnaître qu'il y a des pereonnesol môme des populations tout entières qui supportent, sans en ressentir de fâcheux effets, l'usage même immodéré du tabac à fumer, par exemple les Allemands. On a dit que cette immunité tenait à la petite quantité de nicotine contenue dans leur tabac.

Toutes les influences que nous avons étudiées jusqu'ici, c e>là-dire les influences morales, celle du travail exagéré, celle de l'activité somatique excessive, celle des abus du coït, d'alcoohl de tabac, pourraient être réunies en un seul groupe sousleliln* A' influences du milieu social. Nous évitons de prononcer le nom d'influences de la civilisation, parce que ce n'est pas la civiliïatiou qu'il faut incriminer, mais bien les écarts qui n'ont rien dt commun avec elle ou avec le progrès, ou du moins qui n'en soiii pas les conséquences nécessaires.

Influence du tnilieu social. — L'influence du milieu social a beaucoup préoccupé l'Académie de Belgique en 1873-1874, w Lefebvre (2) a insisté avec détail sur cette influence qu'il cruil devoir appeler influence de la civilisation. Nous ne voulons inèmi pas chercher à résumer les nombreuses et vives discussions ijni ont été soulevées par cette étude ; répétons seulement que l'influence du milieu social sur l'aliénation est d'autant plus marqu»* dans les divers pays que la civilisation est plus avancée.

C'est l'opinion de Brierre de Boismont (3), de Desgenelles de Griesinger, qui ont observé en Egypte, d'Alexandre de lluiiiboldt, qui a vu de près les peuplades de l'Amérique du Sud, dr Ruchs, professeur de Philadelphie (1872), de Guislain (I840),d' Moreau (de Tours), qui a observé en Orient, de Sineth (thèse ^ui la Mélaticolie) j de Masoin (Belgique), de Morcl.

Or, ce qui est vrai de la folie en général l'est surtout pour laloli' paralytique. Il est intéressant de rechercher à cet égard (|ucllee>l

(l) JoUy, Le tabac et Vahsinthe. Paris. 1877.

• 2) Lcfcbvn\ Étiologie de la folie paralytique (liai, hebdomad., 1874).

(3) Brierre de Boismont, Ann. méd,'psych,j 1854.

I>FU1L\Œ DU MlLIEl SOCLIL. JH

la Iréquence relative de la folie (^laralytique. c Ce iiV'sl plus, dit Calmeil, ce n'est plus dans la propoiiîon d'un quinzième, qui me paraissait déjà considérable autrefois, mais bien dans la propoition d'un quait à un tiers que les cas dV'nci''plialite chronique diffuse se comptent parmi les hommes qui entrent chaque jour dans les asiles d'aliénés de nos jn'andes villes; il en est à peu près de même, d'après les ren^eill:Ilenlen^^ que j\ii pu recueillir, dans la plupart desgi-ands établissements d'AnjîleteiTe.

Ainsi, d'après Calmeil, sur iUU admissions il y aurait environ :U) cas de folie paralytique ; mais remarquons qu'il base son calcul sur les admissions des hommes et dans les établissements des «îi-andes villes.

Or, voici les chiffres que Bertillon <l) a extraits d'une trèsbonne mono<n^phie de Dufour ri). Par iO,OOU habitants de chaque sexe et de chaque catégorie d'état civil , on trouve : chez les célibataires mâles, :).95 aliénés; â.i7 chez les hommes maiîés, et 8 chez les veufs. De même, par 10,000 femmes, on trouve 8. 4 folles chez les filles, i .9 chez les épouses, et SAS chez les veuves. Si l'on prend les deux sexes ensemble, les trois ra|>- |>orts pi'écédenls deviennent : 3.08 chez les célibataires, 2.0:2 chez les époux, et 3.01 pour les veufs et veuves. Ainsi, la préservation que l'association conjugale exerce contre la folie est si puissante, qu'elle réduit le danger à près de moitié <enviit>n dans le rapport de 0.55), quoique l'âge d'élection pour la folie soit préci^ément l'âge probable des époux. Il y a là, au profit du mariage, une influence préservatrice évidemment très-considérable, mais que le manque d'ensemble dans les documents nous ompéche malheureusement de mesurer avec précision.

Il est surtout fâcheux, au point de vue qui nous occupe, ({ue la statistique n'ait pas différencié l'une de l'autre lesdivei-ses formes de folie; c'est on travail à faire, qui montrera sans doute que la paralysie générale est de beaucoup plus fréquente chez les célibataires ou chez les veufs que chez les hommes mariés. Le suicide, qui n'est souvent que le dénoùment d*une maladie mentale,

(Il Bertillon, arU<:le Mauagi: du Diclinmuiire de DerlianiNriv

<:f /'Dufour, De tencombremeHt det asiles d'aliénés, p. 14. Paris, 1870. — OaiMilie^ : COMpie rendu du Congres méd. de Lijon, 1864, et Gai. kebd. 1864, p. 738.

321 ÉTIOLOGIE.

est deux ibis moins fréquent chez les individus mariés que chez ceux qui ne le sont pas.

C'est tout ce que nous savons de précis sur celte importante question.

Marcé est encore porté à élever le chifl're proportionnel; il le lixe à tout près de 50 sur 100, mais il ne parle que des hommes et il défalque de ses relevés statistiques les idiots et les épileptiques.

Les statistiques belges indiquent les proportions suivantes. Sur 100 cas de folie il y en aurait :

14 de folie paralytique pour l'asile d'Ypres;

16 pour celui d'Anvers;

19 pour celui de Froidmont (population exclusivement masculine) ;

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