‹ Traité de la paralysie générale des aliénésChapitre 98 sur 126 · RESPONSABILITÉ DES PARALYSÉS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ DES PARALYSÉS GÉNÉRAUX

sation ; mais le plus souvent ils écrivent peu ; beaucoup moins, par exemple, que les aliénés simples ou par vésanie, qui croient avoir une mission à remplir, ou être persécutés ; pour peu que la débilité intellectuelle ait atteint un certain degré, les fous paralytiques le révèlent beaucoup mieux en écrivant qu'en parlant. — Il en est, par exemple, qui conservent une bonne tenue, qui répondent d'une façon satisfaisante aux questions, qui ont conservé les formules ordinaires de la politesse; chez lesquels, en un mot, un observateur inattentif pourrait méconnaître le trouble mental, et qui, mis en demeure d'écrire quelque chose, ne tracent que des phrases inachevées et sans suite. Ils commencent une lettre dans un sens et la finissent dans un autre ; le plud souvent ils ne la finissent pas et décèlent ainsi leur affaiblissement intellectuel. Quand ils écrivent des lettres un peu longues, la lucidité diminue à mesure qu'on arrive à la fin de la lettre. Les idées émises en premier lieu peuvent être raisonnables, tandis que les suivantes ne s'enchaînent plus d'un façon logique ; comme si le malade se fatiguait en écrivant. — Au point de vue de la forme graphique, les écrits des paralytiques ne sont pas moins intéressants à étudier. Nous n'avons pas à parler des signes hiéroglyphiques que tracent ces aliénés parvenus à la deuxième ou à la troisième période. C'est seulement l'écriture des fous paralytiques au début qui doit nous arrêter un instant.

Cette écriture est le plus souvent troublée; les A et les 0 sont surtout irréguliers, les caractères en sont ordinairement fins ; mais à côté des caractères fins, on en voitde trop gros. Les lettres majuscules abondent, les lettres ne sont pas parallèles; la ponctuation manque; on y constate des fautes d'orthographe dues le plus souvent à l'omission de lettres. Des syllabes, des mots entiers, sont passés. Nous donnons d'ailleurs à la fin de ce volume quelques spécimens. Il est inutile de dire que la constatation de ces défectuosités dans récriture n'a de valeur absolue que si l'on peut prendre comme point de comparaison les écrits des malades, antérieurs à l'invasion de leur folie. La plupart de ces détails ont d'ailleurs été signalés par Marcé (4) et Brierre de Boismont (2).

Le médecin légiste peut encore tirer quelques indications des

(1) Marcé, De la valeur de» écrite de$ aliénés, in Ann. (thyg, pub. et de méd, lég. 1864.

(2) Arierre de Boismont, Ann. méd,'p$f/ckoU)giques, 1861.

^i CONSIDÉRATIONS MÉDICO-LÉGALES.

circonstances dans lesquelles ont été accomplis les actes qui out attiré sur l'inculpé les poursuites de la justice.

Les actes dos fous paralytiques qui motivent le plus souvent des poursuites judiciaires sont :

Les attentats à la pudeur, les vols et les homicides ou lenlalives d'homicides.

Or, nous avons dit au chapitre consacré à l'étude des symptômes que les attentats à la pudeur ressemblaient à ceux commis par les vieillards atteints de démence sénile. Nous devons ajouter qu'on ne remarque pas d'habitude, dans la forme débile, l'eiagèration des appétits sexuels que nous avons signalée dans la forme cxpansive.

Quant aux vols, ils portent avec eux le caractère d'une souveraine imprévoyance. — « L'un dérobe, en passant, un outil qu'un ouvrier occupé dans la rue avait placé auprès de lui, sans pouvoir d'ailleurs en tirer aucun profit >. (Lasègue.) L'autre, c'était un officier de l'armée, enlève à l'étalage d'un épicier un morceau de sucre qu'il met tranquillement sous son bras (Villemin). En général, ces larcins sont sans importance, et le malade ne croit pas mal faire en les commettant; aussi ne se cache- t-il pas pour les accomplir. Il le fait d'une façon si naturelle qu'il n'a même pas l'air de voler.

Darde rapporte dans sa thèse l'histoire d'un homme qui avait pris une valise à côté de son possesseur, à la gare de Strasbourç, et qui s'en allait tout tranquillement, sa valise à la main, quand un employé l'arrêta : or, cet homme qui ne paraissait pas êli*e encore atteint de paralysie générale confirmée, mais qui le devint par la suite, fut condamné à six mois de prison. — l" malade cité par Magnan, voyant une barrique pleine devant un marchand de vins, alla prier deux sergents de ville de vouloir bien l'aider à rouler cette pièce de vin, et ceux-ci de se mettre à l'œuvre sans se douter le moins du monde qu'ils aidaient à commettre un vol. Le plus souvent les malades seraient bien eu peine d'expliquer les raisons qui les ont poussés à opérer ce> larcins ; dans d'autres circonstances, ils se figurent de bonne loi que ce qu'ils ont dérobé leur appartenait. Cette idée n'a rien d'extraordinaire aux yeux des personnes qui ont étudié le délii^ ambitieux et le délire des richesses observables chez la plu|ai^

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