CINQUIÈME PAIRE
les lésions des cellules de la troisième paire ; nous n'avons pas à y revenir. Les lésions du moteur oculaire commun amènent des troubles trophiques dans les muscles auxquels il se distribue. C'est ainsi que le releveur de la paupière, le droit interne, le droit supérieur et petit oblique, nous ont présenté l'altération granulo-graisseuse (pl. X, fig. 7, 8 et 9).
Nous avons cherché à étudier l'état des muscles ciliaires en les colorant, suivant les indications de Frey, avec du chlorure de palladium ; mais nos recherches n'ont abouti à aucun résultat.
Quatrième paire. — Elle ne nous a jamais présenté rien de particulier.
Cinquième faire. — Ce n'est qu'exceptionnellement que nous avons constaté des lésions de la cinquième paire ; il nous a été donné de le faire dans un cas de paralysie générale à la troisième période : le sujet était une femme, qui succomba rapidement après avoir présenté, deux ou trois jours avant sa mort, du délire hypochondriaque consistant à dire qu'elle n'avait plus de dents ni de joues : l'un des deux trijumeaux était entouré d'un manchon membraneux rouge et épaissi ; le nerf lui-même ne paraissait pas altéré ; des coupes faites dans la protubérance, un peu au-dessus de l'émergence du trijumeau, nous ont cependant montré au milieu des fibres du nerf plusieurs vaisseaux qui présentaient des caractères inflammatoires dans leurs parois : des noyaux nombreux se voyaient à l'extérieur et le long du vaisseau, à droite et à gauche. L'altération des vaisseaux n'était pas égale dans toutes les préparations : dans quelques-unes on voyait, en outre, des noyaux disséminés sur le trajet des fibrilles ou entre les fibrilles (pl. XIII, fig. 5 et 6) qui composent le nerf dans sa partie intraprotubérantielle. Quant aux fibres qui composent le nerf à partir de son émergence, elles n'étaient pas altérées.
Laméningequi entouraitle trijumeau renfermait une très-grande quantité de noyaux embryoplastiques (i).De même chez un autre malade, la méninge qui entourait ce nerf depuis son émergence jusqu'au trou crânien était infiltrée de noyaux embryoplastiques, et chez cette dernière, parmi les quatre vaisseaux qu'on voyait au microscope, un seul présentait beaucoup de noyaux dans ses parois.
(1) Planche XIII, fig. 6.
Sixième paire. — Les lésions du moteur oculaire externe sont analogues à celles du moteur oculaire commun, mais moins prononcées et bien moins constantes ; elles peuvent amener des lésions dans les muscles que ces nerfs innervent. Cette altération musculaire a été très-nette chez une femme qui avait un strabisme interne : le moteur oculaire externe correspondant était atrophié (pl.X,fio-.3).
Septième paire. — A propos de l'étude du bulbe, nous avons vu que les lésions des cellules de la septième paire étaient trèsprécoces. En outre, les délicates fibrilles d'origine du facial, circulant à travers un tissu altéré par suite de l'abondance des noyaux embryoplastiques, sont nécessairement gênées dans leur fonctionnement. Chez une femme, au deuxième mois de la paralysie générale, les lésions des vaisseaux d'une partie du cerveau et surtout des cellules d'origine du facial (pl. VIII, fig. 1 et 2) étaient déjà bien manifestes.
Voici l'observation de la malade à laquelle je fais allusion.
Observation XLIX. — La nommée Sch..,, cinquante ans, journalière, est entrée dans mon service de la Salpêtrière, dans un état maniaque datant de deux mois. La maladie a commencé par des métrorrhagies considérables, qui ont été accompagnées de sensation de froid dans les jambes, de douleurs continues à la nuque. Insomnie pendant ces deux mois. Idées d'empoisonnement depuis quinze jours. Le trouble mental date d'un mois. Dès le début, elle a manifesté des idées de satisfaction, disant qu'elle était riche et qu'elle n'avait plus besoin de travailler, qu'elle avait sauvé la France, qu'elle avait sauvé l'Impératrice, puis qu'elle était condamnée à mort. Elle avait des hallucinations de la vue.
Une sœur de la malade est morte aliénée; un frère est très-original.
Elle est amenée dans mon service dans un état d'agitation considérable, prononçant des paroles incohérentes, répondant à des voix du côté de la fenêtre, injuriant des personnages imaginaires, parlant de trois têtes de son lîls que l'on a coupées, menaçant de sa colère, répétant un grand nombre de fois : « Eh oui ! eh non ! » et employant des nombres toujours exagérés.
Cet état d'excitation ne cesse pas pendant quinze jours. Le 31 décembre, je constate une pleuropneumonie droite, qui se complique d'empyème. La malade succombe le 12 janvier 1874.
Autopsie: Poids du cerveau, 1110 grammes. Les méninges à peine injectées, transparentes, peuvent s'enlever, sans arrachement de la substance grise.
Rien de particulier à la vue, dans les nerfs de la base, dans le quatrième ventricule, dans la protubérance, le bulbe, les corps opto-striés. Un peu d'hyperhémie dans la partie la plus centrale du lobe sphénoïdal gauche.
Rien de particulier dans le reste du cerveau coupé par tranches.
Hépatisation et gangrène du poumon droit, sérosité purulente dans la plèvre droite.