DU SCEPTICISME EN THÉRAPEUTIQUE
politique? Il y a à peine un siècle que l'on s'occupe de cette étude si difficile; et aujourd'hui la plus grande obscurité règne encore dans la majorité des esprits sur toutes les questions relatives à l'aliénation mentale; nos devanciers, Esquirol et son école, n'ont encore fait que déblayer le terrain et qu'apporter des matériaux; ils n'ont pas institué un véritable corps de doctrine ; ils ont relaté fidèlement des symptômes, ils ont cherché à les grouper de façon à introduire un peu d'ordre au moyen d'une classification. Mais cette classification artificielle basée uniquement sur la symptomatologie est absolument insuffisante; tous les jours, en etïet, à mesure qu'on observe de nouvelles manifestations, on est forcé démultiplier les variétés de formes mentales : chaque auteur a sa classification à lui; il en résulte, au point de vue du diagnostic, des difficultés parfois inextricables.
Il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, que la thérapeutique des maladies mentales soit encore incertaine; mais estce une raison pour en nier les progrès futurs et pour affirmer l'incurabilité? Non, certainement; du jour où les médecins voudront bien abandonner cette classification basée uniquement sur les symptômes psychiques et rechercher minutieusement les troubles somatiques chez les aliénés, les modifications delà circulation cérébrale, le chemin sera ouvert aux sérieuses investigations thérapeutiques. Lorsque chacun sera bien convaincu, par exemple, que le délire hypochondriaque peut être dû, soit à un état névropathique avec anémie générale et anémie du cerveau, soit, au contraire, à un état congestif de l'encéphale; qu'il peut encore être sympathique d'une lésion viscérale; lorsque, en un mot, on saura reconnaître la cause d'un délire hypochondriaque, il est bien évident qu'on sera sur la voie d'une thérapeutique rationnelle. Si le délire est en rapport avec l'anémie, on se contentera de donner des toniques, du fer, du quinquina, d'employer l'hydrothérapie, etc. Si l'on suppose que le délire est sympathique d'une lésion viscérale, la thérapeutique portera ses effets sur la cause présumée, et il arrivera souvent que le médecin fera disparaître la vésanie en enlevant, par exemple, un petit polype fibreux de l'utérus, en guérissant une métrite chronique. Si, enfin, on est fondé à croire que l'hypochondrie est en rapport avec un état inflammatoire de l'encéphale, on se hâtera de dé-
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ployer toutes les ressources du traitement antiphlogistique, et on parviendra, dans certains cas, à enrayer, ou du moins à ralentir la marche d'une affection le plus souvent extrêmement grave et à évolution rapide; nous voulons parler de la paralysie générale aiguë à l'orme hypochondriaque, que nous avons décrite dans le cours de cet ouvrage.
On pourrait en dire autant pour toutes les autres formes de délire. Ces diagnostics, dans l'état actuel de la science, sont excessivement difficiles, nous n'en disconvenons pas. Pour les poser, il faut non-seulement connaître la pathologie mentale, mais encore, et à fond, le reste de la pathologie.
Que ceux qui voudront aborder cette science l'abordent donc en connaissance de cause; ils entreprendront une tâche difficile, mais au fur et à mesure qu'ils creuseront le sujet, ils trouveront des vérités qui les consoleront de leurs peines. Quant aux personnes qui n'oseront pas aborder cette étude ainsi comprise, quant à celles qui voudront rester dans les anciens errements, qu'elles s'abstiennent du moins de jeter le discrédit, et qu'elles se contentent de rester dans une prudente réserve.
Ainsi donc, tant que l'étude de la pathologie mentale ne sera pas plus avancée qu'elle ne l'est actuellement, personne ne sera en droit d'affirmer l'incurabilité de la folie. Pour ce qui est de la folie paralytique en particulier, c'est une affection qui est bien mieux connue que toutes les autres formes d'aliénation mentale, liîais elle ne l'est pas encore assez. — En effet, la majorité des médecins ne connaissent pas assez bien les symptômes du début ; ils ne sont donc pas à même d'opposer à la maladie un traitement qui à cette période pourrait être extrêmement utile. Lorsque la maladie est arrivée à sa seconde ou à sa troisième période, la plupart des médecins ont l'habitude de ne plus rien faire et se contentent d'attendre patiemment la mort des sujets. Il est certain que, dans la plupart des cas, l'affection arrivée à la fin de la seconde période est au-dessus des ressources de l'art; mais ne faut-il donc rien chercher? Ne serait-ce que pour prolonger de quelques mois ou de quelques années l'existence des malades, si l'on peut arriver par des moyens qui n'imposent pas aux patients des souffrances inutiles ?
L'incurabilité en matière de paralysie générale est, pour ainsi
CURAlîlLlTÉ UE LA PARALYSIE GÉiNÉHAl.E. ill
dire, passée en article de foi. C'est telleiiieiit vrai, que de très-bons esprits arrivent à douter de leur diagnostic dans les cas les mieux contirinés de Iblie paralytique, si par hasard la maladie ai-rive à guérison. Baillarger lui-même n'a pas échappé j à cette erreur de raisonnement, puisqu'il a cru devoir donner une dénomination spéciale aux cas de folie paralytique terminés par la guérison ; il les a englobés dans son groupe mal défini des folies congestives, ce qui, par parenthèse, introduit dans l'étude de la folie congestive des difficultés inextricables.
Eh bien non, la paralysie générale même bien confirmée n'est pas une affection absolument inexorable : c'est ce point qui nous reste à étudier. C'est k tort qu'on prétendrait que la paralysie générale est absolument incurable.
Il est permis de penser que la folie paralytique n'est pas nécessairement fatale, lorsqu'on étudie avec quelque soin l'anatomie pathologique de cette affection. Il résulte en effet de tout ce que nous avons démontré que la folie paralytique est toujours en rapport avec un état inflammatoire de l'encéphale. Il est bien possible que ce processus inflammatoire à marche lente ou rapide soit la conséquence d'un trouble dynamique; qu'en d'autres termes, la folie paralytique, avant de devenir une maladie organique, passe par une phase qu'on pourrait appeler psychique; il se peut encore que le processus inflammatoire soit primitif, et qu'il amène consécutivement des troubles psychiques; qu'en d'autres termes, la folie soit la conséquence de la lésion cérébrale. Cette dernière opinion est le plus généralement adoptée par les médecins.
Dans les deux hypothèses, il est rationnel de combattre ce processus inflammatoire, quelle que soit la théorie qu'on adopte sur sa genèse; car en admettant qu'il soit la cause essentielle du trouble psychique, il est absolument indiqué de le combattre énergiquement. Si l'on admet qu'il est plutôt l'effet du trouble fonctionnel initial, il faut encore lutter contre lui, parce que la pathologie nous montre à chaque instant que ce qui était un effet peut devenir une cause, et souvent une cause puissante de persistance et même d'aggravation des maladies. Le raisonnement le plus élémentaire, d'ailleurs, indique qu'il faut porter ses efforts contre la lésion organique, parce que, même en admettant qu'elle soit l'effet
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du trouble dynaïuique, il est évident que lantqu'ellc persistera, le fonctionnement régulier sera entravé ; nous voulons bien admettre dans une certaine mesure que la fonction fait l'organe; mais les psycliologues les plus spiritualistes ne pourront nous contester ce fait, à savoir que pour avoir un fonctionnement régulier et harmonieux, il faut de toute nécessité un substratum organique parfaitement sain. Les indications à remplir sont donc absolument les mêmes, quelle que soit la théorie qu'on adopte sur la genèse de la lésion organique. En effet, ceux qui admettent que la lésion est consécutive à un trouble dynamique, seront conduits tout d'abord à modifier le dynamisme au moyen de Thygiène morale, sur laquelle nous avons insisté à l'article pathogènie; mais en même temps ils auront à employer toutes les ressources du traitement antiphlogistique pour lutter contre la lésion organique, au moment où ils estimeront que cette lésion a déjà élu domicile.
La question, va-t-on dire, est de savoir à quel moment s'installe la lésionorganique. Voilà, par exemple, unmalade qui présente des troublespsychiques.Dequel droit va-t-on supposerqueson cerveau est déjà altéré, et qu'il a de l'inllammation encéphalique? De quel droit, par conséquent, ira-t-on de prime abord employer les moyens antiphlogistiques? A ceci nous répondons en renvoyant le lecteur àla fin de notre chapitre consacré à l'étude de la période intermédiaire de la folie paralytique. Nous pensons qu'il y a tout lieu de considérer les lésions organiques comme existant dès cette période , et comme étant sinon antérieures à l'apparition de troubles fonctionnels, du moins comme étant contemporaines; si nous sommes dans le vrai, ce que l'avenir démontrera, il faut conclure de la façon suivante : Le traitement rationnel de la paralysie générale consiste : i° à modifier le fonctionnement cérébral au moyen d'une hygiène appropriée; 2° à lutter contre les lésions encéphaliques, et dès le début, sans perdre de temps, au moyen d'un traitement antiphlogistique convenable. C'est le traitement antiphlogistique (}ui convient, parce que l'anatomie pathologique et la symptomalologie nous ont toujours démontré la nature inflammatoire des lésions encéphaliques.
Quant aux médecins qui inclineront à regarder la lésion encéphalique comme primitive, c'est-à-dire comme étant la cause du trouble fonctioiniel, ils devront avoir une conduite absolument