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HYGIÈNE MORALE ET INTELLECTUELLE

dition qu'ils ne soient pas poussés à une exaltation maladive, sont encore un excellent dérivatif; l'amour de l'humanité, la philanthropie, l'amour et la recherche du beau, du bien et du juste, sont nécessaires à l'équilibre mental. Une religion, quelle qu'elle soit, qui porte l'âme à s'élever à des hauteurs qu'elle ne saurait atteindre spontanément, est encore une chose excellente pour entretenir et développer la partie affective de notre être psychique.

En d'autres termes, une bonne hygiène morale est le complément nécessaire d'une bonne hygiène intellectuelle; l'une ne peut jms aller sans l'autre, elles se renforcent mutuellement, et quand ainsi la partie affective et la partie intellectuelle marchent de pair, se développent ensemble à mesure que l'homme avance dans la vie, le travail de l'esprit n'est jamais que salutaire, il peut être poussé à des limites étendues, sans nuire à l'intégrité mentale.

Hygiène mtdlectiœlle. — Le travail considéré comme élémen t de conservation. — Le travail intellectuel dans ces conditions est le meilleur préservatif de la folie et de la démence sénile.

Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder autour de soi. Quels sont, en effet, les vieillards qui gardent jusqu'à la mort la lucidité de leur esprit, leur finesse d'observation, leur sûreté de jugement? Quels sont ceux, en un mot, qui sont le moins affectés de cette décrépitude, de cette rétrogradation dont le terme extrême est la démence sénile?

Ce sont précisément ceux qui ont beaucoup travaillé intellectuellement, à la condition qu'ils aient eu en même temps une bonne hygiène morale, et qu'ils aient concurremment donné de l'exercice à leur activité corporelle.

Le travail intellectuel ainsi entendu est une condition de longévité, il est éminemment conservateur, et jamais il n'a fait échouer quelqu'un dans les asiles d'ahénés. Qu'on lise toutes les observations de Calmeil dans son travail sur les maladies de l'encéphale, observations dans lesquelles il est tenu scrupuleusement compte des antécédents des malades, de leur genre de vie, de leurs occupations, etc. On verra que beaucoup des malades cités ont eu, à la vérité, une grande activité intellectuelle, une intelligence qui était souvent au-dessus de la moyenne; mais presque toujours ils avaient en même temps une vie déréglée, tourmentée. Ils man-

quaient, en un mot, de ce contre-poids nécessaire que nous avons étudié sous le nom d'hygiène morale.

Il est une autre condition indispensable pour que le travail intellectuel poussé à de certaines limites ne soit pas dangereux. Il faut, en effet, qu'il soit opéré par un organe absolument sain. S'il existe une prédisposition héréditaire manifeste, il faudra surveiller avec soin l'hygiène intellectuelle de l'enfant et surtout de l'adolescent, guider les instituteurs et les maîtres dans la manière dont ils devront s'y prendre pour développer l'intelligence du jeune homme sans la fatiguer.

Plusieurs jeunes élèves, remplis d'ardeur pour l'étude, demanderont à être retenus plutôt que stimulés, car leur élan tient parfois déjà à un excès de surexcitation cérébrale. De même pour le choix d'une carrière, le médecin devra intervenir à propos.

Si le cerveau a déjà subi quelques atteintes congestives, quelque légères qu'elles aient pu être, le travail intellectuel devient dangereux.

Il y a là un fait qu'on peut comparer avec ce qu'on observe, par exemple, dans le rhumatisme articulaire. Le rhumatisme n'est jamais produit par le travail musculaire, à moins que la fatigue n'ait été poussée à un degré excessif.

Bien au contraire, l'exercice musculaire paraît être un préservatif contre le rhumatisme; cependant il serait absurde de prescrire la gymnastique à un homme qui viendrait d'avoir une attaque de rhumatisme et qui aurait encore les articulations tuméfiées et douloureuses. De même, lorsque le cerveau paraît être, par le fait d'influences quelconques, menacé de poussées congestives, et surtout lorsqu'il a été une première fois atteint, il faudrait bien se garder de conseiller l'exercice de l'organe; ce qui convient alors, c'est le repos d'esprit le plus absolu, comme dans le rhumatisme, l'immobilisation.

Il faut interdire au sujet menacé toute espèce de travail intellectuel, en même temps qu'on s'efforcera de lutter par la thérapeutique contre les tendances congestives, et c'est seulement longtemps après la disparition de tous les signes d'imminence morbide qu'on pourra permettre le travail intellectuel dans une mesure très-modérée.

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