‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 113 sur 137 · MÉDICATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

MÉDICATIONS DIVERSES

A plus forte raison la prudence est-elle de rigueur quand le cerveau a déjà subi manifestement une première atteinte; à cet égard, nous ne saurions trop protester contre la tendance à rendre à la vie active et à leurs occupations antérieures, dans un court délai, les malades qui ont été éprouvés par une première poussée congestive, soit à marche aiguë, soit à évolution chronique. Dans presque toutes les observations, on peut voir que les malades, lorsqu'ils sont depuis un certain temps dans un état de rémission ou de guérison réelle, sont rendus à leurs occupations antérieures. Cette conduite est éminemment imprudente. Il ftiut au contraire laisser longtemps, c'est-à-dire six mois à un an, le cerveau en repos, alors qu'il a été effleuré une première fois; il faut surtout éviter de rendre le convalescent à sa vie antérieure; car la plupart du temps les conditions de sa vie antérieure n'ont pas été étrangères à sa maladie cérébrale, et remettre le malade dans ces mêmes conditions, c'est l'exposer de nouveau au danger, et cela d'une façon d'autant plus pernicieuse que la première atteinte constitue une prédisposition redoutable pour les atteintes ultérieures. Ce n'est pas que nous prétendions qu'il soit nécessaire, sous le fallacieux prétexte de faire suivre un traitement moral, de garder indéfiniment dans des asiles d'aliénés ou dans des maisons de santé, les malheureux qui ont dû y être séquestrés, il faut, au contraire, les rendre à leurs familles sitôt que leur état le comporte, mais en recommandant soigneusement de ne pas remettre les convalescents et les guéris dans les conditions qu'ils avaient antérieurement.

2° Médications diverses. — C'est ici le lieu d'indiquer les moyens proposés pour le traitement de la paralysie générale. Cette étude se divisera naturellement suivant que ces moyens sont ou ne sont pas efficaces. Nous passerons rapidement sur tous ceux qui ne font qu'encombrer la thérapeutique, et quant à ceux qui sont vraiment utiles, nous les passerons ultérieurement en revue, en précisant les cas dans lesquels leur emploi est plus spécialement indiqué.

a. Médicaments nuisibles.

Parmi les moyens mdsibles ou inefficaces qu'on a employés dans le traitement de la folie paralytique, il nous faut citer en première ligne l'opium et la morphine. Le Dictionnaire de

Dechambre, contient pourtant un article de Potain qui soutient une opinion diamétralement opposée à la nôtre. « Chez les ma- » lades atteints de périencéphalites diffuses et de congestions » cérébrales fréquentes, l'opium ou les sels de morphine employés » avec persistance et à assez haute dose pour calmer le délire » amènent de la façon la plus évidente une diminution progres- » sive des phénomènes congestifs (i). »

« L'opium, dit encore Jaccoud (2), est ordonné par un grand nombre de médecins en raison de la propriété qu'on lui attribue de congestionner les vaisseaux de l'encéphale. » Je ne puism'associer ni à cette opinion qui est une erreur physiologique, ni à cette exclusion qui est une faute de pratique. J'ai dit déjà, en étudiant la congestion cérébrale, que les effets de l'ingestion de l'opium à hautes doses consistent en une anémie du cerveau; conséquemment, bien loin qu'elle soit contre-indiquée, cette substance et ses alcaloïdes peuvent rendre d'importants services dans le traitement des phases initiales de la périencéphalite ; je l'ai constaté plusieurs fois, et dans ce moment encore j'ai donné des soins à un malade qui souvent déjà a triomphé, grâce à la morphine, d'attaques congestives extrêmement graves.

Le docteur Reiner de Sacksenberg préconise aussi (3) l'usage delà morphine, mais à doses modérées, dans les accès d'agitation des paralytiques, parce que, d'après lui, la morphine agit en augmentant la tonicité des artères. « La contraction artérielle, » dit-il, peut aller jusqu'à la complète occlusion, jusqu'à l'anémie » partielle du cerveau. » Pour être conséquent avec sa manière d'interpréter l'action de la morphine, le docteur Reiner devrait l'employer comme base de traitement de la folie paralytique, puisque inconstestablement l'élément congestif existe chez tous les aliénés paralytiques. Il ne le fait pas pourtant; quant à nous, nous rejetons absolument cette manière devoir; l'expérience nous a démontré de la façon la plus claire que la morphine doit être proscrite dans tous les cas où existe de l'hyperhémie cérébrale. Cette expérience, nous l'avons acquise par suite de quelques erreurs de diagnostic qui, sans avoir été très -préjudiciables aux

(1) Polain, Dict. encijclop. de Dechambre, art. Hyperhémie.

(2) Jaccoud, Palhol. interne. Paris, 1877, t. I, p. 40.

(3) Allgemeine Zeitschrift, fur Psychiatrie, 1873.

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