MOYENS ANTIPHLOGISTIQUES
d'ordre congestif; un simple bain de pieds Lrès-chaud, très-court, un simple sinapisme, ne font-ils pas disparaître souvent la céphalalgie congestive; une saignée faite à temps dissipe toute trace de congestion cérébrale. Ainsi tel malade qui était dans le coma, privé de sensibilité et de mouvement, àla suite, par exemple, d'une insolation, revient h lui immédiatement après une large saignée, et au bout de deux jours il ne reste plus rien de cet état si grave qui a mis ses jours et sa raison en danger. Le traitement révulsif, dérivatif, antiphlogistique, a une action incontestable contre les états congcstifs, lorsqu'ils sont pris à leur début; le nier, c'est fermer les yeux à l'évidence. Ainsi donc la paralysie générale prise au début doit pouvoir être assez facilement enrayée. Le tout est de savoir la diagnostiquer dès son apparition. Et même lorsqu'elle est dans le cours de son évolution, l'observation démontre que cette maladie ne doit pas être tout à fait inaccessible aux moyens thérapeutiques. Que sont, en effet, ces rémissions spontanées, ces temps d'arrêt que nous avons étudiés à propos de la marche de l'affection? Ces rémissions supposent une régression spontanée. Ces temps d'arrêt supposent un état de statit quo de la lésion encéphalique. C'est là un fait qu'on ne peut pas démontrer, mais qui est infiniment probable. Eh bien, puisque la lésion est susceptible de régresser spontanément, pourquoi ne serait-elle pas capable de régresser sous l'inlluence de moyens thérapeutiques? Enfin, l'observation prouve encore qu'il y a des cas de guérison radicale de la folie paralytique. Ces cas, pour être rares, n'en sont pas moins authentiques. Les guérisons ainsi connues sont survenues quelquefois spontanément; d'autres fois, sous l'influence de certains phénomènes qu'on peut considérer comme critiques; d'autres fois, sous l'influence d'une violente révulsion, soit provoquée, soit accidentelle. Ils prouvent que l'affection n'est pas toujours et nécessairement mortelle, et ils doivent encore donner confiance et engager dans la voie des recherches thérapeutiques.
Tous ces arguments, que nous pourrions longuement développer, suffisent, à notre avis, pour ruiner l'objection que nous combattons. Et nous pouvons affirmer que la gravité des lésions encéphaliques dans la paralysie générale n'est pas telle qu'il faille de parti pris renoncer à toute intervention.
Il en reste une autre que les partisans de la non-intervention
ne manqueront pas de nous adresser. On a tout essayé, disent-ils, contre cette terrible affection, chacun s'est ingénié à imaginer quelque remède, et comme tout a échoué jusqu'ici, il est inutile de faire de nouvelles tentatives contre cet inexorable processus; nous connaissons très-bien tous les remèdes qui ont été proposés ou essayés, et nous avouons que beaucoup d'entre eux sont pour le moins inefficaces ; mais, par contre, nous en savons de vraiment utiles.
Il arrive quelquefois que l'inflammation sévit avec une intensité exceptionnelle ; il en résulte, en l'espace de quelques jours, un ramollissement très-étendu de la substance corticale. Les malades sont plongés dans un collapsus, avec fièvre et délire hypochondriaque le plus souvent ; si l'on n'intervient pas, et d'une manière très-active, la mort arrive, et d'une façon presque constante, en l'espace de quelques jours ; si au contraire on intervient à temps un arrive quelquefois à éviter cette issue funeste ; mais il faut, en face de ces cas, de l'énergie et de la persévérance dans l'emploi des moyens thérapeutiques; ces cas de paralysie générale galopante sont heureusement fort rares.
Entre cette forme et la forme chronique ou classique, existent un certain nombre de degrés; suivant chaque cas, le praticien aura à employer des moyens plus ou moins énergiques, et il le fera avec plus ou moins de chances de succès. Lorsque le processus inflammatoire a définitivement pris domicile, c'est-à-dire dans la paralysie générale chronique à la première période, un ensemble de moyens thérapeutiques, sagement combinés, peut encore en enrayer les progrès et même le faire rétrocéder, sinon disparaître ; on parvient à provoquer des rémissions prolongées; et si le malade est soumis à une hygiène sévère dont l'action continue contrebalance la fâchéuse tendance qu'a le sang à affluer vers l'encéphale, ces rémissions pourront être indéfiniment prolongées ; on pourra même obtenir des guérisons complètes et durables.
Lorsque, dans le cours d'une paralysie générale confirmée, on sera à môme de soupçonner l'invasion prochaine d'une de ces terribles complications qui mettent si souvent la vie des malades en danger, telles qu'attaques apoplectiformes ou convulsives, il faudra se hâter d'opposer un traitement capable de détourner la poussée congestive; nous savons en outre que, lorsque l'on iiiter-
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vient à temps, on l'empêche facilementde se produire; c'est surtout dans ce cas qu'une thérapeutique éclairée peut rendre des services éminents. Lorsque, prévenu trop tard, le médecin n'a pas pus'opposer à une complication telle qu'une attaque apoplectiforme, il ne doit pas rester inactif, car il parvient le plus souvent à empêcher la mort immédiate ; mais son rôle est moins brillant dans ce cas que dans le précédent.
Au fur et à mesure que la maladie est plus avancée, la thérapeutique donne des résultats de moins en moins satisfaisants. C'est qu'alors ce n'est plus seulement le processus inflammatoire qui en est cause; il faut encore compter avec les lésions secondaires; cependant nous croyons que le médecin peut encore rendre des services aux malades qui sont dans la deuxième période et même à la troisième; il peut, entre autres choses, leur éviter les eschares, diminuer l'ataxie, et surtout prolonger l'existence, ce qui est toujours un but qu'il ne faut pas perdre de vue. C'est encore en luttant contre le processus inflammatoire qu'on obtiendra ces résultats souhaitables.
L'existence de phénomènes indiquant des lésions médullaires ne contre-indique en rien le traitement dont nous parlons; car nous avons dit que les lésions de la moelle sont absolument de même ordre que les lésions cérébrales ; d'ailleurs l'observation nous permet de dire qu'on peut lutter avec succès contre les phénomènes médullaires, et par le même ensemble de moyens qui doivent être employés contre les lésions encéphaliques.
On voit par ce qui précède que nous considérons comme étroitement unis les uns aux autres tous ces états si variés et en apparence si différents, dont le premier terme est la congestion cérébrale à durée temporaire, et dont le dernier terme est la cachexie avec démence et profondes lésions cérébro-spinales. C'est qu'en effet tous ces états appartiennent à un même groupe, et si l'on veut s'en faire une idée bien nette, il faut les embrasser par un coup d'oeil d'ensemble; la précision des connaissances n'a rien à perdre à cette étude synthétique.
On se rappellera que tous ces états peuvent, chez le même individu, se succéder les uns aux autres, que les diverses variétés de folie paralytique que nous avons distinguées pour en faciliter l'étude peuvent se transformer les unes dans les autres, et que
d'ailleurs il existe entre chacune des transitions insensibles. Eh bien ! cette parenté que l'observation démontre légitime l'emploi de moyens thérapeutiques analogues dans tous les cas; et l'observation des résultats obtenus ne l'ait qu'ajouter un lien à ce faisceau constitué par les mtdadies inflammatoires diffuses de l'axe cérébro-rachidien, auquel il ne manque qu'un nom pour le consacrer. Etudions donc les moyens auxquels on peut recourir pour lutter d'une façon rationnelle contre le processus inflammatoire, soit qu'il attaque l'encéphale, comme c'est le cas le plus fréquent, soit qu'il atteigne la moelle, ou simultanément l'encéphale et la moelle.
Nous passerons en revue chacun des moyens à employer, sans chercher à savoir s'il fait partie des agents de telle ou telle médication. Nous voulons absolument rester sur le terrain de la pratique, et ^d'ailleurs un môme moyen peut appartenir à plusieurs médications à la fois; le cautère, par exemple, appartient autant à la médication transpositive qu'à la médication spoliative; le bain froid appartient non-seulement à la médication antiphlogistique, mais aussi à la médication reconstituante et à la médication révulsive; nous voulons nous engager le luoins possible dans la voie des hypothèses, surtout sur le terrain de la thérapeutique; et nous nous contenterons d'étudier, au point de vue de la pratique, chacun des moyens dont nous avons reconnu l'efficacité, en précisantles cas auxquels ils s'appliquent plus spécialement. Nous constituerons ainsi une sorte de table à laquelle le praticien se reportera, choisissant tel ou tel moyen suivant les cas plus ou moins graves ou plus ou moins aigus; proportionnant l'énergie des agents à l'intensité des symptômes, et le nombre des agents au résultat qu'il s'agit d'obtenir.
La saignée générale est parfois extrêmement utile au début de la folie paralytique, surtout lorsque la maladie commence par une attaque apoplectique en rapport avec une violente poussée congcstive encéphalique. Dans ce cas, elle sera d'autant plus indi- (juée que le sujet sera plus sanguin et plus robuste; il ne faut pas hésiter alors à retirer 500 ou 600 grammes de sang; sous l'influence de cette bienfaisante déplétion, on voit souvent les malades sortir du coma dans lequel ils étaient plongés, coma qui aurait pu se prolonger et aboutir à la folie paralytique, et revenir