‹ Traité de la paralysie générale des aliénés [electronic resource]Chapitre 119 sur 137 · APPLICATION DE LA GLACE · texte numérisé non relu

APPLICATION DE LA GLACE

soit laissé en place beaucoup trop longtemps, le plus souvent c'est parce qu'il est oublié , d'autres lois, parce que des personnes inexpérimentées voyant qu'il ne produit pas la rubéfaction habituelle, croient devoir en laisser prolonger l'action. Dans ce cas les sinapismes peuvent en effet rester une heure en place sans amener de rubéfaction; mais le lendemain on s'aperçoit que le derme est profondément atteint, et que les malades sont porteurs de larges vésicatoires dont la guérison est parfois difficile. Il a été amené récemment dans mon service une femme dont les jambes portent deux ulcères profonds causés par des sinapismes. L'action des sinapismes Rigollot doit aussi être scrupuleusement surveillée ; il ne faut jamais laisser ces sinapismes plus de dix minutes en place. Les bains de pieds très-chauds et très-courts ont le même mode d'action que les sinapismes, et sont recommandés aux personnes prédisposées aux maladies inflammatoires de l'encéphale.

Les personnes menacées de paralysie générale ont le plus souvent la tête chaude, et elles supportent difficilement les coiffures capables d'entretenir la chaleur à la tête; de même elles aiment à se laver la tête à l'eau froide. Il faut tenir compte de ces usages et les encourager. Dans les cas où il y a de la céphalalgie congestive, il est d'usage d'appliquer sur le front des compresses imbibées d'eau fraîche ou d'une solution de cyanure de potassium au cinquantième (Trousseau), ou d'eau sédative; ce sont des palliatifs qu'il y a lieu de conserver. On peut aussi le recommander dans les cas d'attaques apoplectiformes , dans les cas de congestion cérébrale avec délire maniaque, ou de paralysie générale aiguë, ce moyen demande à être manié par des personnes expérimentées, car si on laisse trop longtemps la glace sur la tête, on s'expose à amener du collapsus, si on ne la laisse pas assez longtemps, la réaction qui en suit l'emploi ne fait qu'augmenter l'état de congestion. Lorsqu'on croit devoir l'employer, il faut mettre la glace dans une vessie de caoutchouc autant que possible, et avoir soin de placer entre la vessie et le cuir chevelu une compresse mouillée, et suspendre la vessie au-dessus de la tête du malade au moyen d'un ajustage très-simple adapté à son lit.

Les vésicafoitrs sur le cuir chevelu ont une action bien autrement importante et sont d'un emploi bien plus facile que la glace, car : i° on en trouve partout ; 2" on peut les maintenir bien plus facilement en place ; 3° ils ont une action bien plus efficace et sont moins dangereux. L'un des principaux inconvénients qu'on leur reproche, c'est d'être douloureux et de mettre dans la nécessité de raser préalablement la tète; cette petite opération répugne extrêmement aux familles, elle est d'ailleurs assez délicate, on doit autant que possible la faire faire par des coitïeurs de profession. Malgré ces inconvénients, dans les cas graves, lorsqu'il existe du délire maniaque avec agitation, hallucinations, idées de grandeur, il ne faut pas hésiter à faire appliquer sur toute l'étendue du cuir chevelu, et du front à la nuque, un vésicatoire qu'on laissera deux jours en place, et qu'on renouvellera sitôt que le vésicatoire sera sec, dans les cas où l'état à combattre n'aurait pas cédé. Dans les cas moins graves, on se contentera de mettre les vésicatoires de la nuque à l'occiput préalablement rasé.

Les vésicatoires appliqués sur la tête agissent comme dérivatifs. Si l'on voulait être fidèle aux doctrines de l'école de Montpellier il ne faudrait les appliquer ainsi que lorsque les moyens révulsifs (purgatifs, sinapismes, sangsues à l'anus) auraient produit leur effet. Le vésicatoire appliqué loco dolenti amaït alors pour effet d'achever de déplacer le mouvement fluxionnaire déjà antérieurement gêné dans son installation par les révulsifs appliqués au début. Cette pratique ne nous semble pas être d'une rigoureuse nécessité, et nous nous trouvons bien d'appliquer simultanément le vésicatoire à la nuque et les révulsifs cutanés et intestinaux. Chez une malade morte par suite d'une attaque apoplectiforme, nous avons pu nous rendre compte de l'effet d'un vésicatoire laissé en place pendant quarante-huit heures et appliqué à la partie postérieure de la tête. A l'autopsie, nous avons trouvé que la partie de la boîte crânienne couverte par le vésicatoire était manifestement congestionnée, sa coloration faisait contraste avec la coloration du reste du diploé ; il y avait eu par le fait du vésicatoire un appel de sang tout à fait local qui pourrait avoir une action dérivative puissante. Dans les cas aigus, les vésicatoires doivent être appliqués jusqu'à cessation des phénomènes morbides, ou jusqu'à ce que l'incurabilité soit certaine.

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